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	<title>Revue Que Faire ?</title>
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	<description>Site web de la revue &#034;Que Faire ?&#034;. Revue marxiste &#233;labor&#233;e par des militant-e-s du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et visant &#224; &#234;tre un outil pour contribuer &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et &#224; unir des militant-e-s du NPA autour de cette &#233;laboration.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Revue Que Faire ?</title>
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		<title>Fractures et r&#233;sistances au Moyen-orient arabe</title>
		<link>https://lcr.quefaire.lautre.net/Fractures-et-resistances-au-Moyen</link>
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		<dc:date>2009-09-16T11:45:23Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Qualander</dc:creator>


		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Moyen-Orient</dc:subject>

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&lt;p&gt;Au lieu d'asservir le pr&#233;sent au pass&#233;, n'y aurait-il pas lieu, sans renier ce dernier, de l'amener &#224; partager avec le pr&#233;sent le coefficient de r&#233;alit&#233; qu'il ne cesse de lui ravir ? La mort saisit le vif, aimait &#224; r&#233;p&#233;ter Karl Marx. L'id&#233;e de mettre les morts au service des vivants est &#8211; je ne le sais que trop &#8211; la plus utopique des utopies. Elle est aussi la plus l&#233;gitime. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ahmad Beydoun &lt;br class='autobr' /&gt;
La nouvelle conjoncture r&#233;gionale &lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no04-juillet" rel="directory"&gt;Que Faire ? - LCR - n&#176;04 &#8211; Juillet/septembre 2006&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Imperialisme" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Moyen-Orient" rel="tag"&gt;Moyen-Orient&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'asservir le pr&#233;sent au pass&#233;, n'y aurait-il pas lieu, sans renier ce dernier, de l'amener &#224; partager avec le pr&#233;sent le coefficient de r&#233;alit&#233; qu'il ne cesse de lui ravir ? La mort saisit le vif, aimait &#224; r&#233;p&#233;ter Karl Marx. L'id&#233;e de mettre les morts au service des vivants est &#8211; je ne le sais que trop &#8211; la plus utopique des utopies. Elle est aussi la plus l&#233;gitime.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ahmad Beydoun, Le Liban. Itin&#233;raires dans une guerre incivile. Editions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ahmad Beydoun&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La nouvelle conjoncture r&#233;gionale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Moyen-Orient arabe est devenu le point central du red&#233;ploiement imp&#233;rial, qui se traduit tant par un soutien affirm&#233; des Etats-unis &#224; la politique isra&#233;lienne, que par une pr&#233;sence militaire directe en Irak occup&#233;e. Les aspects &#233;conomiques, g&#233;o-politiques et id&#233;ologiques se croisent et se nourrissent les uns les autres : s'il s'agit effectivement de contr&#244;ler les ressources p&#233;trolif&#232;res de la r&#233;gion, le dessein n'en est pas moins plus vaste, l'offensive imp&#233;riale ayant &#233;galement comme double fonction, d'une part d'assurer aux Etats-unis le r&#244;le de premi&#232;re puissance g&#233;o-politique mondiale, et de contester &#224; la Chine, &#224; la Russie et &#224; l'Union europ&#233;enne toute vell&#233;it&#233; d'h&#233;g&#233;monie politique, et d'autre part de r&#233;inventer un messianisme imp&#233;rial am&#233;ricain de l'apr&#232;s guerre froide. Le projet de Grand Moyen-Orient, visant &#224; &#171; d&#233;mocratiser &#187; les r&#233;gimes arabes en place, voudrait en r&#233;alit&#233; l&#233;gitimer la soumission et la subalternisation des pays arabes par les Etats-unis par des oripeaux de r&#233;forme et de d&#233;mocratie parlementaire. Le soutien inconditionnel &#224; la politique coloniale isra&#233;lienne, et l'intervention militaire en Irak de 2003, permettent en parall&#232;le de donner corps &#224; une r&#233;actualisation des mythes fondateurs de la nation am&#233;ricaine, qui entrent en corr&#233;lation avec ceux du sionisme originel : Isra&#235;l et les Etats-Unis ont sans doute ceci en commun qu'ils se con&#231;oivent tous deux comme des nations jeunes, dont l'essence fondamentale serait d'avoir une mission historique et quasi-religieuse. En ce sens, les politiques coloniales et imp&#233;riales consistent toutes deux dans une perp&#233;tuelle r&#233;invention de la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette m&#234;me offensive imp&#233;riale et coloniale fait face &#224; un r&#233;el qui lui r&#233;siste. Depuis un an, un renversement de cycle politique s'est ouvert : les processus &#233;lectoraux, en Egypte comme en Palestine, ont vu une mont&#233;e spectaculaire de courants politiques islamistes, qui r&#233;inscrivent leur id&#233;ologie pan-islamique dans un discours nationaliste et anti-imp&#233;rialiste, renouant en partie, ironie de l'histoire, avec certains pans du nass&#233;risme ou du nationalisme arabe, ou, pour la Palestine, avec le programme originel de l'OLP. Comme l'&#233;crit le chercheur Olivier Roy, &#171; &lt;i&gt;l'anti-imp&#233;rialisme est aujourd'hui au Moyen-Orient la chose la mieux partag&#233;e. Mais loin d'&#234;tre l'expression de l'h&#233;g&#233;monie islamiste, c'est le signe d'un v&#233;ritable ph&#233;nom&#232;ne politique : la renaissance du nationalisme arabe ou plut&#244;t des nationalismes arabes. Partout, le ressentiment &#224; l'&#233;gard des Etats-Unis, l'hostilit&#233; &#224; Isra&#235;l, le d&#233;sir de contr&#244;ler la richesse p&#233;troli&#232;re et la qu&#234;te d'authenticit&#233; culturelle font vibrer la population et les intellectuels arabes. Une situation qui rappelle le climat post-colonial des ann&#233;es 50 et 60. Comme si l'apr&#232;s 11 septembre et l'intervention am&#233;ricaine en Irak avaient raviv&#233; ces vieilles blessures, l'anti-imp&#233;rialisme est de retour au coeur des mobilisations politiques de la r&#233;gion. Et il estompe les fronti&#232;res entre les la&#239;cs et les religieux.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Roy, &#034;L'islamisme, nouveau panarabisme&#034;, in &#171; les Enjeux 2006 &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Liban, la r&#233;solution 1559, conjointement r&#233;dig&#233;e par la France et les Etats-Unis, appelant au retrait total des troupes syriennes et au d&#233;sarmement de toutes les milices libanaises, se trouve mise &#224; mal par le nouveau renversement d'alliance op&#233;r&#233; par le Hezbollah, qui, s'il reste toujours alli&#233; &#224; la Syrie, n'en a pas moins conclu un accord politique avec le courant chr&#233;tien du g&#233;n&#233;ral Michel Aoun, anti-syrien notoire, mais oppos&#233; &#224; toute ing&#233;rence &#233;trang&#232;re qu'elle quelle soit, affaiblissant ainsi l'unit&#233; apparente qui avait soudain vu s'allier les partis politiques druzes, chr&#233;tiens et sunnites autour de la r&#233;solution onusienne. En Iran, l'&#233;lection de Ahmadinejad, et la double &#233;viction des r&#233;formateurs et des conservateurs proches de Rafsandjani, pr&#234;ts &#224; collaborer avec l'occident, ont r&#233;activ&#233; en partie le discours originel de la r&#233;volution iranienne, m&#233;lange h&#233;t&#233;roclite de tiers-mondisme, de conservatisme religieux et de nationalisme iranien. Enfin, la situation en Irak a en partie &#233;chapp&#233; &#224; ceux l&#224;-m&#234;me qui l'avait con&#231;ue : premi&#232;rement, une r&#233;sistance populaire s'est faite jour autour du mouvement de Muqtada as-Sadr, m&#234;me si sa structuration interne reste pour le moment purement chiite. Il existe &#233;galement des poches de r&#233;sistance sunnites, m&#234;me si elles restent tr&#232;s &#233;clat&#233;es, politiquement et id&#233;ologiquement. A l'inverse, et au nombre des points n&#233;gatifs, si les Etats-Unis plaidaient effectivement pour une partition f&#233;d&#233;rale entre kurdes, sunnites et chiites, l'op&#233;ration semble avoir tellement r&#233;ussi qu'elle a cr&#233;&#233; une situation de guerre civile larv&#233;e entre des communaut&#233;s : premi&#232;re en Irak, qui, au temps de l'occupation britannique dans les ann&#233;es 1930, avait su &#233;chapper &#224; la division ethnico-religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conjoncture politique actuelle est donc profond&#233;ment contradictoire et mouvante, car elle associe plusieurs dynamiques. Les occupations et les ing&#233;rences &#233;trang&#232;res, soutenues localement par des r&#233;gimes corrompus et autoritaires, ne produisent pas que de la r&#233;sistance : elles d&#233;truisent des soci&#233;t&#233;s enti&#232;res, assassinent l'espace quotidien, modifient des paysages sociaux et politiques, provoquant d&#233;placements de population, pauvret&#233; end&#233;mique, encourageant ainsi les ph&#233;nom&#232;nes de corruption et de violences internes au sein de soci&#233;t&#233;s bris&#233;es. Cette d&#233;structuration sociale et humaine, caract&#233;ristique du ph&#233;nom&#232;ne colonial, participe de la difficult&#233; &#224; construire de la r&#233;sistance et &#224; d&#233;velopper une strat&#233;gie politique de lib&#233;ration sur le long terme : en Palestine, le morcellement du territoire et les bouclages syst&#233;matiques limitent la capacit&#233; des Palestiniens &#224; construire un programme national de r&#233;sistance, et encouragent le renfermement sur le local &#8211; le quartier, le village, le camps. C'est dans cette conjoncture qu'il faut penser la r&#233;sistance &#224; l'offensive imp&#233;riale dans la r&#233;gion : les rythmes de recompositions politiques sont ralentis, en un sens, par la nature m&#234;me d'un colonialisme destructeur, et, en m&#234;me temps, on assiste &#224; une s&#233;rie d'essais de r&#233;sistance politique et de &#171; sabotage &#187; de l'imp&#233;rialisme, plus ou moins efficaces, dans des conditions particuli&#232;rement difficiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision politique du monde arabe en occident reste ainsi d&#233;cal&#233;e, et abstraite : certains s'affolent de la mont&#233;e des courants islamistes, nonobstant les d&#233;chirures et les fractures id&#233;ologiques, politiques, strat&#233;giques, &#224; ce camp. Les m&#234;mes s'attristent de ne plus voir en Palestine ou au Liban l'image rassurante du pass&#233;, o&#249; il existait bel et bien une gauche s&#233;culi&#232;re dans laquelle ils pouvaient se retrouver et se reconna&#238;tre. C'est l&#224; un d&#233;bat et des consid&#233;rations qui n'ont strictement aucun sens, politiquement parlant, &#224; moins de vouloir penser le politique au Moyen-Orient sur le mode d'une nostalgie m&#233;lancolique et romantique. Ce qu'il s'agit de penser, c'est justement cette conjoncture politique complexe : une conjoncture o&#249; le monde arabe est soumis &#224; une offensive imp&#233;riale telle que c'est parfois la capacit&#233; m&#234;me de faire de la politique dans un espace donn&#233; qui est remise en cause. Une conjoncture o&#249; le politique se trouve &#224; un tournant, car maintenant se ressentent avec d'autant plus de violence et d'acuit&#233; les &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s de la gauche, du nationalisme arabe, mais aussi de l'islamisme politique. Chacun de ces courants, constitutifs de l'histoire politique du vingti&#232;me si&#232;cle, se trouvent aujourd'hui aux carrefours de changements majeurs : car le sentiment d'&#233;chec est patent. Le nationalisme arabe est mort plusieurs fois, en 1967 comme en 1973, avec Sadate et la fin du r&#234;ve nass&#233;rien, avec la &#171; privatisation &#187; du nationalisme arabe par des groupes sociaux, familiaux et claniques &#8211; les alaouites en Syrie, les sunnites tikritis en Irak. La gauche arabe a v&#233;cu, elle aussi, ses morts multiples, avec l'effondrement des partis communistes acc&#233;l&#233;r&#233; par la chute de l'URSS, l'alignement de certains sur les positions am&#233;ricaines, comme en Irak avec le PCI, et enfin avec la disparition des principaux mouvements de gu&#233;rillas en Arabie du sud. Quand &#224; l'islamisme, l'essoufflement de la r&#233;volution iranienne au cours des ann&#233;es 1980 et 1990, et, l&#224; aussi, sa privatisation au profit d'un nationalisme iranien dans le cadre de la guerre Iran-Irak, ont provoqu&#233; des changements d'ampleur, l'islamisme se divisant et se fragmentant aujourd'hui entre des groupes transnationaux et d&#233;territorialis&#233;s de type al-Qaeda d'une part, et des partis islamo-nationalistes d'autre part, sur le mod&#232;le du Hezbollah libanais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois &#233;l&#233;ments sont alors indissociables, pour qui veut comprendre cette politique de la r&#233;sistance au Moyen-Orient, encore incertaine : un espace politique et social destructur&#233;, une volont&#233; de r&#233;sistance &#224; l'imp&#233;rialisme n&#233;anmoins persistante, qui se manifeste chaque jour au sein de la rue arabe, m&#234;me de mani&#232;re informelle, et enfin une recomposition politique longue et complexe, qui cherche encore sa strat&#233;gie, ses mots pour la dire, ses gestes pour la faire. La compr&#233;hension de ces r&#233;sistances exige malgr&#233; tout de saisir les rythmes particuliers du politique au Moyen-Orient, qui ne peuvent &#234;tre calqu&#233;s sur ceux qui constituent notre paysage quotidien, ceux de la France ou de l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contre la lecture europ&#233;o-centr&#233;e du politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La persistance d'un orientalisme r&#233;ducteur se manifeste aujourd'hui en France d'une mani&#232;re caricaturale. Le probl&#232;me &#233;tant qu'elle ne se contente pas de toucher quelques officines m&#233;diatiques ou politiques conservatrices, mais bien qu'elle fait flor&#232;s dans les rangs m&#234;me de la gauche radicale, et ce en-dehors de toute pr&#233;occupation scientifique ou empirique la plus &#233;l&#233;mentaire. Sous les couverts de la lutte contre la religion, les ph&#233;nom&#232;nes politiques au Moyen-Orient arabe sont lus avec les seuls yeux d'une histoire politique particuli&#232;re, plut&#244;t de type hexagonal, dans laquelle, invariablement, il y aurait une gauche la&#239;que &#224; la fran&#231;aise, des nationalistes bourgeois, et des islamistes forc&#233;ment &#224; droite. Mais la question religieuse et islamique n'est nouvelle et d&#233;routante que pour l'apprenti : elle s'est toujours pos&#233;e dans le monde arabe, et ce d&#232;s les ann&#233;es 1920, avec la fondation des Fr&#232;res musulmans &#233;gyptiens, qui restera pour pr&#232;s d'un quart de si&#232;cle la matrice politique des mouvements nationalistes, et les ann&#233;es 1930, avec la lutte anti-britannique en Irak initi&#233;e par les oul&#233;mas chiites irakiens. Les fondateurs du Fatah, tout comme les jeunes cadres nass&#233;riens qui prirent le pouvoir en 1952, furent pour la plupart issus des rangs des Fr&#232;res. C'est dire combien il y eut historiquement une intrication et des passages syst&#233;matiques entre l'islamisme, le nationalisme et la gauche. Une gauche issue elle-m&#234;me, pour une bonne part, du mouvement nationaliste nass&#233;rien, ou de radicalisations du mouvement baathiste. Car la gauche arabe, contrairement &#224; une id&#233;e bien r&#233;pandue en occident, ne s'est pas r&#233;clam&#233;e d'un ath&#233;isme id&#233;ologique : elle a gard&#233; avec la question religieuse un rapport ambigu, la mobilisant &#224; certains moment strat&#233;gique, l'ignorant &#224; d'autres. Parlant des mouvements de gu&#233;rilla marxistes au sud de la p&#233;ninsule arabique lors des ann&#233;es 60 et 70, ainsi que de la toute jeune R&#233;publique populaire du Y&#233;men du sud, le sociologue Olivier Carr&#233; note que &#171; &lt;i&gt;le travail f&#233;minin est honor&#233;, principalement dans les rangs de la gu&#233;rilla. (&#8230;). Ici, il s'agit d'une guerre r&#233;volutionnaire, non pas anti-islamique certes, mais avec la caution d'un islam revendiqu&#233; comme un principe de r&#233;volution sociale permanente : la guerre r&#233;volutionnaire du peuple est vue comme un message et une mission islamique pourvu que le Coran soit lu par les classes laborieuses et par les femmes en lutte pour leurs droits.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Carr&#233;, L'Utopie islamique dans l'Orient arabe, Presses de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;. Les modes de recompositions politiques ont ainsi suivi des rythmes difficilement compr&#233;hensibles pour l'observateur occidental, tant les questions religieuses, nationales, pan-arabistes et sociales se sont peu &#224; peu entrem&#234;l&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce croisement entre question nationale, question sociale et question religieuse persiste aujourd'hui, et c'est le mouvement islamiste, majoritaire, qui en subit les effets directs. Cela a d'ailleurs pris une acuit&#233; toute particuli&#232;re avec l'&#233;lection de Hamas, qui se retrouve &#224; endosser paradoxalement les revendications historiques du mouvement nationaliste palestinien, tout comme le Hezbollah a &#233;t&#233; propuls&#233; en mouvement de lib&#233;ration nationale, au cours des ann&#233;es 1990, l'obligeant &#224; reconna&#238;tre publiquement l'impossibilit&#233; d'&#233;difier un Etat islamique au Liban. Depuis janvier 2006, Hamas ne s'est pas distingu&#233; par une implantation de la Charia, comme le pr&#233;disait avec une certaine n&#233;gligence empirique les plus savants commentateurs : sa premi&#232;re mesure politique d'ampleur a &#233;t&#233; de tenter de remettre entre les mains du gouvernement et du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur la direction des Services de s&#233;curit&#233;, normalement dans les mains de la pr&#233;sidence et du Fatah. Le dirigeant de ces nouveaux Services de s&#233;curit&#233; n'&#233;tait d'ailleurs m&#234;me pas un membre du Hamas, mais bien un ancien membre du Fatah, leader des Comit&#233;s de r&#233;sistance populaire, Jamal Samhadana. La discussion interne en Palestine est d'essence politique, et non religieuse, et le Hamas s'est pli&#233;, de fait, &#224; cette r&#232;gle. La nationalisation progressive du mouvement islamique a &#233;galement produit un renversement des coordonn&#233;es politiques : alors que ce courant s'opposait fermement &#224; la gauche et au mouvement nationaliste au cours des ann&#233;es 1980, dynamis&#233; alors par la R&#233;volution iranienne, les ann&#233;es 1990 et 2000 ont au contraire vu ces trois courants collaborer dans nombre de cadres d'actions. Au Liban, le Hezbollah s'attira peu &#224; peu le soutien du Parti communiste libanais et des forces de gauche palestinienne, notamment en faisant lib&#233;rer nombres de leur militants et dirigeants ; en Palestine, une coordination politique et militaire s'&#233;tablit d'embl&#233;e entre la gauche, le Fatah et les forces islamiques, et ce d&#232;s le d&#233;but de la Seconde Intifada. Elle se concr&#233;tisa par exemple par l'alliance entre le FPLP et le Hamas aux &#233;lections municipales de 2005. Au Y&#233;men r&#233;unifi&#233;, le Parti socialiste y&#233;m&#233;nite, le mouvement islamique Islah et l'Union nass&#233;rienne s'alli&#232;rent politiquement au sein du Joint Meeting Parties, dans le cadre de l'opposition d&#233;mocratique au r&#233;gime du pr&#233;sident Salah. Enfin, &#224; une &#233;chelle pan-arabe, la constitution de la Conf&#233;rence nationaliste et islamique (CNI), dont la premi&#232;re session s'est tenue &#224; Beyrouth en octobre 1994, a ouvert une dynamique de rencontres et de tentative de th&#233;orisation politique entre des courants aux histoires diff&#233;renci&#233;es mais aux int&#233;r&#234;ts convergents, notamment sur les questions pan-arabes, d&#233;mocratiques et anti-colonialistes. Cela ne signifie pas que le mouvement islamique soit &#171; progressiste &#187;, il est tr&#232;s loin de l'&#234;tre. Simplement, il est devenu, ou redevenu, si l'on inscrit la r&#233;flexion dans une histoire longue ouverte par les ann&#233;es 1920, la matrice du mouvement nationaliste. Cela signifie &#233;galement que l'interaction politique et les passages id&#233;ologiques et pratiques, entre le mouvement nationaliste, la gauche et l'islamisme modifient quelque peu la donne moyen-orientale. Ce sont ces faits qu'il s'agit de penser, &#224; moins de vouloir recr&#233;er a posteriori l'histoire politique du Moyen-Orient arabe. Les dynamiques politiques sont ainsi infiniment complexes : il y eut des radicalisations &#224; l'extr&#234;me-gauche du mouvement nationaliste, &#224; l'instar de la Katiba at-tullabiya, la brigade &#233;tudiante du Fatah dans les ann&#233;es 1970, ou du Mouvement nationaliste arabe, d'ob&#233;dience nass&#233;rienne, qui donna naissance &#224; la majorit&#233; des organisations d'extr&#234;me-gauche (FPLP). Il y eut des passages de la gauche nass&#233;rienne vers l'islam, comme le Parti du travail en Egypte. Il y eut des gauches islamiques, sur le mod&#232;le de l'Ayatollah iranien Taleghani, en 1979, et il y eut, enfin, une reprise des th&#233;matiques religieuses au sein d'organisations communistes, au Soudan et en Irak. Le champ politique arabe est extr&#234;mement mouvant, et la mobilisation des ressources nationales et culturelles est souvent la r&#232;gle. Faut-il le r&#233;p&#233;ter : il y eut historiquement des voies de circulations dynamiques entre le nationalisme, l'islam, et la gauche, car dans le contexte colonial et imp&#233;rial du monde arabe, les probl&#233;matiques nationales, culturelles et sociales ont toujours &#233;t&#233; &#233;troitement imbriqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les points centraux de la lutte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mars 2006 s'est tenue &#224; Beyrouth la quatri&#232;me Conf&#233;rence g&#233;n&#233;rale arabe de soutien &#224; la R&#233;sistance, tandis que la dix-septi&#232;me session de la Conf&#233;rence nationaliste arabe s'est d&#233;roul&#233;e au Maroc, deux mois plus tard. Ces deux &#233;v&#233;nements, initi&#233;s par le Centre d'&#233;tudes pour l'unit&#233; arabe (CEUA) de Khaireddine Hassib&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir : Conf&#233;rence g&#233;n&#233;rale arabe de soutien &#224; la R&#233;sistance, Beyrouth, 30 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, ont ceci d'int&#233;ressant qu'ils ont r&#233;uni un ensemble tr&#232;s vaste de participants et d'organisations politiques, qu'elles soient de gauche, nationalistes arabes ou islamiques &#8211; &#233;taient indistinctement pr&#233;sents le Comit&#233; des ul&#233;mas musulmans d'Irak, ainsi que le courant Muqtada as Sadr, des intellectuels communistes et nationalistes arabes ind&#233;pendants, les nass&#233;riens radicaux &#233;gyptiens de al-Karamah, le Hezbollah libanais, le Fatah, le Hamas et le FPLP palestiniens, le Parti socialiste y&#233;m&#233;nite et le mouvement islamique Islah, la gauche de Bahrein, les associations d'artistes arabes et les mouvements des droits de l'homme&#8230; Encore une fois, le clivage la&#239;cs/religieux n'est pas op&#233;rant pour comprendre les dynamiques politiques en cours, car il n'est pas structurel, au sens o&#249; ce n'est pas lui qui d&#233;termine les rapports de force et d'opposition au sein du champ politique arabe. Deuxi&#232;mement, l'ensemble des documents finaux des conf&#233;rences mentionn&#233;es refl&#232;tent bien les grands axes du politique dans le monde arabe : l'accent est mis sur l'intervention structurelle et imp&#233;riale de l'occident au Moyen-Orient, et sur la corr&#233;lation entre l'occupation des territoires palestiniens et l'intervention am&#233;ricaine en Irak. Cette intervention imp&#233;riale se d&#233;ploie maintenant sur d'autres espaces, mais cette fois dans le cadre d'une guerre de basse intensit&#233; : au Liban, au-travers de la r&#233;solution onusienne 1559, qui vise indirectement &#224; affaiblir la Syrie, et en Iran. Il y a donc un double consensus, qui structure aujourd'hui le champ politique arabe : un consensus autour de la question des ing&#233;rences &#233;trang&#232;res, et un consensus autour de la question d&#233;mocratique. Le premier se traduit par un soutien affirm&#233; aux r&#233;sistances, y compris arm&#233;es, et plus particuli&#232;rement &#224; celle qui a lieu au Liban, autour du Hezbollah, et en Palestine, autour de l'ensemble des organisations palestiniennes, quelles que soient leurs couleurs politiques. Dans le cas de l'Irak, le spectre de la division confessionnelle et politique est reconnu, et les conf&#233;renciers n'ont cess&#233; de soulign&#233; l'importance de &#171; l'unification des forces nationales et islamiques &#187;, et de &#171; la construction d'organisations d&#233;mocratiques &#187;. Le second consensus est plus complexe : les conf&#233;renciers se sont mis d'accord sur l'objectif de la r&#233;forme d&#233;mocratique, mais cette derni&#232;re ne saurait &#234;tre soumise au diktat am&#233;ricain, et &#224; sa traduction sous la forme du projet de Grand Moyen-Orient. La r&#233;forme d&#233;mocratique a comme base premi&#232;re, dans cette perspective, &#171; la fin de l'h&#233;g&#233;monie &#233;trang&#232;re &#187;, et, si elle vise effectivement la constitution d'un Etat fond&#233; sur la d&#233;mocratie, les droits de l'homme et la justice sociale, elle ne peut que se r&#233;aliser en puisant ses forces en interne, c'est-&#224;-dire en se fondant sur un &#171; h&#233;ritage culturel &#187;, et sur un &#171; projet de renaissance civilisationelle arabe &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Recompositions politiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une articulation centrale entre question coloniale, question d&#233;mocratique et question culturelle. La question coloniale et la question d&#233;mocratique ont un lien &#233;vident : les r&#233;gimes arabes pro-am&#233;ricains, que cela soit en Jordanie ou en Egypte, sont &#233;galement des r&#233;gimes autoritaires. La loi d'urgence de 1982, en Egypte, est toujours d'actualit&#233;. Il faut donc comprendre que derri&#232;re la contestation des structures institutionnelles du r&#233;gime, c'est toute une critique qui se met peu &#224; peu en place : critique du r&#233;gime, consid&#233;r&#233; comme r&#233;pressif, et, par-del&#224;, critique de sa politique externe, soumise &#224; des int&#233;r&#234;ts &#233;trangers. En Egypte, un certain nombre de mouvements se sont mis en place : la Lagna, comit&#233; populaire de soutien &#224; l'Intifada, ainsi que le mouvement Kifaya, regroupent l&#224; aussi indistinctement islamistes, marxistes, et nass&#233;riens. Si leur implantation populaire reste encore faible, notamment en ce qui concerne Kifaya, et si les Fr&#232;res musulmans ont r&#233;cup&#233;r&#233; les dividendes de la contestation lors des &#233;lections l&#233;gislatives de 2005, il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une sorte de r&#233;volution interne au champ politique. A la conf&#233;rence anti-guerre et anti-globalisation du Caire, en d&#233;cembre 2003, c'est le guide des Fr&#232;res musulmans, Ma'amoun al-Hodeibi, qui prononce l'allocation d'ouverture, alors que sont pr&#233;sents l'ancien fondateur du FLN alg&#233;rien, Ahmed ben Bella, l'&#233;crivain de gauche Sonallah Ibrahim, le militant nass&#233;rien Amir al-Iskandar : &#171; &lt;i&gt;l'alchimie entre le courant de gauche de la conf&#233;rence et l'aile islamiste a &#233;t&#233; une r&#233;v&#233;lation pour beaucoup. Faisant une apparition fort remarqu&#233;e parmi cette assembl&#233;e tr&#232;s orient&#233;e &#224; gauche, Ma'moun al-Hodeibi, le guide supr&#234;me des Fr&#232;res musulmans, interdits, est intervenu &#224; la session d'ouverture. D&#233;non&#231;ant l'imp&#233;rialisme autoritaire et le syst&#232;me capitaliste agressif, Hodeibi a c&#233;l&#233;br&#233; les vertus du nouveau mouvement anti-globalisation&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Amina Howeidy, A rickety bridge ?, al-Ahram weekly, 18-24 december 2003.&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;galement souligner le changement notable de paradigme politique dans la r&#233;gion pour les courants nationalistes arabes et islamistes : d&#233;sormais, l'acceptation de la d&#233;mocratie fait force de loi, et cela ne souffre plus d'ambigu&#239;t&#233;. Le cas typique est celui du Hezbollah libanais, qui a renonc&#233; de facto &#224; la perspective d'un &#201;tat islamique, et dont le discours s'articule autour de deux concepts cl&#233;s : ceux de r&#233;sistance et ceux de protection. Ali Rahnema, professeur de sciences &#233;conomiques &#224; l'Universit&#233; am&#233;ricaine de Paris, note ainsi qu'avec &#171; &lt;i&gt;l'ascension du Sheikh Hassan Nasrallah, l'un des cinq membres cl&#233;ricaux fondateurs du Hezbollah, successeur de Musawi, le Hezbollah a pris un voie diff&#233;rente. En parall&#232;le &#224; l'orientation sociale du Hezbollah, traduite par une large gamme de services sociaux dans la r&#233;gion, le nouveau leadership du Hezbollah a choisi de participer activement au processus politique libanais.(&#8230;)&lt;/i&gt; &#187;. En r&#233;ponse &#224; une question d'un journaliste sur sa vision d'un Etat islamique, Nasrallah a r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt;nous pensons que la condition pour la cr&#233;ation d'un Etat islamique requiert un large d&#233;sir populaire, et nous ne parlons pas de cinquante et un pour cent, mais bien d'une large majorit&#233;. Et cela n'est pas possible au Liban, et ne le sera probablement jamais.&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ali Rahnema, &#171; Contextualising the pioneers of Islamic Revival &#187;, in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; &#187; Le parti est ainsi con&#231;u comme un outil de r&#233;sistance &#224; l'h&#233;g&#233;monie &#233;trang&#232;re, et c'est sur cela qu'il b&#226;tit le consensus national autour de lui. Deuxi&#232;mement, il se con&#231;oit lui-m&#234;me comme un instrument vou&#233; &#224; la protection : protection des fronti&#232;res du sud, protection des r&#233;fugi&#233;s palestiniens, protection de la dimension arabe du Liban, et enfin : appel &#224; la protection sociale des citoyens, autour de la th&#233;matique des r&#233;formes social. Il n'est pas &#233;tonnant, dans ce contexte, que la manifestation autour de la protection des services publics, le 10 mai 2006, au Liban, ait &#233;t&#233; soutenue conjointement par le Hezbollah, le Parti communiste libanais, et le courant chr&#233;tien du g&#233;n&#233;ral Michel Aoun, et ce contre l'ensemble du panel politique libanais, d'orientation ultra-lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'articulation entre question nationale et question d&#233;mocratique, aux yeux de la gauche radicale occidentale, reste ainsi, somme toute, logique. Mais le succ&#232;s rencontr&#233; par le courant religieux, et la dimension r&#233;currente des probl&#233;matiques culturelles au sein des espaces colonis&#233;s, reste, elle difficilement probl&#233;matique. Hors, cette dimension religieuse/culturelle caract&#233;rise historiquement les espaces colonis&#233;s, et les traverse de part en part. La religion n'agit ni comme opium du peuple, ni comme panac&#233;e de lib&#233;ration universelle, mais bien comme une ressource culturelle, qui s'int&#232;gre naturellement &#224; la probl&#233;matique coloniale. C'est un r&#233;pertoire d'action, au sens o&#249; les acteurs et actrices politiques, quels qu'ils soient, puisent dans un h&#233;ritage culturel et historique des &#233;l&#233;ments propres &#224; se redonner une conscience politique pour le pr&#233;sent. La conscience de culture est typique des espaces subalternes, c'est-&#224;-dire des espaces o&#249; l'oppression n'est pas seulement de nature sociale, mais aussi de nature nationale et civilisationelle. L'interpr&#233;tation de la religion est un autre probl&#232;me, mais on ne peut ignorer que l'ensemble des courants politiques ont &#233;t&#233; travers&#233;s par cette probl&#233;matique douloureuse de la question religieuse. Car le colonialisme est compris lui-m&#234;me comme une offensive &#224; la fois &#233;conomique, militaire et culturelle, et l'occidentalisation des moeurs et des &#233;lites locales li&#233;es au pays colon accentuent cette c&#233;sure entre culture du colon/culture du colonis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas surprenant que dans le cadre de d&#233;structuration sociale et politique que repr&#233;sente l'offensive imp&#233;riale contemporaine, soit repos&#233; avec d'autant plus de force le probl&#232;me de l'articulation des discours et des strat&#233;gies nationales, culturelles et sociales.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Impasses et blocages conjoncturels&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne saurait cependant y avoir de d&#233;veloppement harmonieux d'une r&#233;sistance, qui plus est &#224; une &#233;chelle r&#233;gionale, comme le conna&#238;t le monde arabe. Si le concept de &#171; d&#233;veloppement in&#233;gal et combin&#233; &#187; sied bien &#224; cette situation, c'est qu'il existe un hiatus certain entre une culture de r&#233;sistance spontan&#233;e de la rue arabe, fondamentalement anti-imp&#233;rialiste et tiers-mondiste, soutenue par des r&#233;sistances structur&#233;es r&#233;elles, et, d'autre part, des s&#233;ries de blocages politiques qui freinent temporairement les processus de constitution de cette r&#233;sistance, comme en Palestine et en Irak. Si le spectre politique palestinien se divise aujourd'hui, ce n'est pas, encore une fois, sur une opposition entre les la&#239;cs et les religieux : c'est sur la nature de la strat&#233;gie de lib&#233;ration nationale. L'&#233;lection de Hamas voit ainsi se constituer une strat&#233;gie de coup d'&#233;tat rampant &#224; trois niveaux : celui de la communaut&#233; internationale, qui bloque les fonds financiers et assi&#232;ge &#233;conomiquement la Palestine ; celui d'Isra&#235;l, qui continue patiemment son travail de destruction de la continuit&#233; territoriale palestinienne, le tout aliment&#233; par des bombardements r&#233;currents dans la bande de Gaza ; et enfin celui d'une partie du Fatah, notamment autour de Mohammad Dahlan, qui tente de renverser par une s&#233;rie de coups de force militaro-politique un gouvernement &#233;lu. Ce premier blocage, et ses cons&#233;quences sur le long terme, &#224; savoir le risque d'&#233;clatement g&#233;n&#233;ral du tissu politique et social palestinien, repr&#233;sente actuellement le plus grand danger pour la conscience politique du monde arabe, eu &#233;gard &#224; la centralit&#233; de la question palestinienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde impasse conjoncturelle r&#233;side en Irak : si des formes de r&#233;sistance se sont effectivement d&#233;velopp&#233;es, notamment autour du mouvement islamo-nationaliste du jeune clerc chiite Muqtada as-Sadr, si nombre de jeunes sunnites se sont engag&#233;s, dans des groupes plus ou moins informels de r&#233;sistance, force est de reconna&#238;tre l'extr&#234;me division des forces de r&#233;sistance, qui peinent &#224; se constituer en mouvement de lib&#233;ration nationale unifi&#233;, et surtout la r&#233;elle polarisation confessionnelle irakienne. L'Irak voit se d&#233;velopper un sc&#233;nario &#224; l'alg&#233;rienne ou &#224; la libanaise : la dynamique de guerre inter-communautaire prend un visage autonome, et des massacres en s&#233;ries se d&#233;veloppent, sans que personne ne sache vraiment qui en est responsable, et pourquoi. Et, l&#224; aussi, le sc&#233;nario la&#239;cs contre religieux ne fonctionne pas : on trouve dans le camps de la r&#233;sistance et de l'unit&#233; nationale irakienne des courants religieux sunnites (comit&#233; des ul&#233;mas musulmans), chiites (as-Sadr), nass&#233;riens, communistes, nationalistes. Et on trouve dans les forces pro-gouvernementales des forces religieuses (SCIRI), s&#233;culi&#232;res (Le courant Allawi), communistes (le PCI), ex-baathistes. Le d&#233;veloppement des deaths squads du minist&#232;re de l'int&#233;rieur, &#224; majorit&#233; chiite, et responsable de nombre de massacres, tout comme le d&#233;veloppement de groupes djihadistes sunnites anti-chiites, viennent ajouter &#224; l'extr&#234;me confusion de la situation politique. Maintenir l'horizon d'une r&#233;sistance nationale unifi&#233;e tient, dans ses conditions, du coup de force politique, comme a tent&#233; de le faire par le pass&#233; As-Sadr, mais rien ne dit que l'&#233;quilibre unitaire fragile qu'il a tent&#233; de constituer avec le Comit&#233; des Ul&#233;mas musulmans ne tienne le choc en cas de guerre civile. Le propre de la guerre civile, c'est justement sa dynamique autonome, et l'effacement des rep&#232;res politiques et sociaux n&#233;cessaires &#224; une lutte contre l'occupation. La constitution d'une r&#233;sistance nationale unifi&#233;e n'est pas effac&#233;e en Irak, mais elle est, en l'occurrence, consid&#233;rablement retard&#233;e, alors qu'existe une profondeur strat&#233;gique pour une lutte de lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une lib&#233;ration sociale, culturelle, nationale ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La lib&#233;ration ne se pense pas sous le coup de l'analogie historique, mais de la conjoncture. La conjoncture actuelle associe une s&#233;rie d'&#233;l&#233;ments en interaction : une offensive imp&#233;riale, militaire, &#233;conomique, culturelle et id&#233;ologique ; des r&#233;sistances populaires spontan&#233;es, fortement attach&#233;es &#224; un anti-imp&#233;rialisme ancr&#233; dans l'histoire du si&#232;cle dernier ; des tentatives de coordination et de recompositions politiques, associant nationalistes arabes, islamistes et mouvements de gauche ; des r&#233;f&#233;rences constantes &#224; la question d&#233;mocratique, mais aussi &#224; un h&#233;ritage et &#224; un r&#233;pertoire culturel arabe ou islamique, qui servent de r&#233;f&#233;rences et de ressources politiques dans un cadre de d&#233;structuration coloniale des soci&#233;t&#233;s ; des situations temporaires d'&#233;clatement des espaces occup&#233;s, comme en Irak.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cela qu'il s'agit d'interroger aujourd'hui. La nationalisation du mouvement islamique aboutira probablement &#224; d'importantes ruptures en son sein, comme ce fut le cas historiquement, au cours des ann&#233;es 1920 et 1950, en Egypte notamment. La gauche et les nationalistes arabes se posent aujourd'hui un certain nombre de questions relatives &#224; leurs &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s. Le monde arabe, apr&#232;s la guerre du Liban, les deux guerres du Golfe, l'occupation continue de la Palestine et l'invasion de l'Irak, est un champ de bataille absolument d&#233;vast&#233;. Il est ouvert sur de multiples possibles : le politique et la gauche sont appel&#233;s &#224; s'y red&#233;finir peu &#224; peu, &#224; des rythmes diff&#233;rents et selon des modalit&#233;s qui ne sont pas, et ne seront pas, identiques &#224; celles que nous connaissons ici, en Europe. Dire tout cela n'est pas faire preuve de complaisance envers qui que ce soit : la solidarit&#233; critique exige parfois de quelque peu convertir le regard, et d'apprendre la complexit&#233; d'espaces qui nous restent encore irr&#233;ductibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la question culturelle/religieuse, aujourd'hui incarn&#233;e en apparence par le mouvement islamique, ressurgit sans cesse depuis un si&#232;cle, c'est qu'elle est li&#233;e de mani&#232;re organique &#224; la question nationale et &#224; la question sociale : &#234;tre colonis&#233;, c'est &#234;tre emprisonn&#233; dans le pr&#233;sent des autres. C'est l'un des d&#233;fis d'une gauche arabe : pour &#234;tre de gauche, il ne suffira pas de tenir un discours sur le social, mais bien sur la nation, sur la culture, sur qu'est-ce qu'&#234;tre arabe : question lancinante depuis un si&#232;cle, et qui est &#233;minemment strat&#233;gique. Tenir dans un saint m&#233;pris ces probl&#233;matiques, en Europe et en France, feindre de les ignorer, ne peut que contribuer &#224; isoler, un peu plus, un monde arabe en proie &#224; une solitude politique tragique, et &#224; d&#233;laisser les acteurs et actrices de la r&#233;sistance, enferr&#233;s dans le pr&#233;sent imp&#233;rial.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ahmad Beydoun, &lt;i&gt;Le Liban. Itin&#233;raires dans une guerre incivile&lt;/i&gt;. Editions Karthala, 1993, p.52.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Roy, &#034;&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article3690&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'islamisme, nouveau panarabisme&lt;/a&gt;&#034;, in &#171; les Enjeux 2006 &#187;, &lt;i&gt;Alternatives internationales&lt;/i&gt;, en partenariat avec le CERI, Hors-s&#233;rie, 3, d&#233;cembre 2006.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Olivier Carr&#233;, &lt;i&gt;L'Utopie islamique dans l'Orient arabe&lt;/i&gt;, Presses de la fondation nationale de sciences politiques, 1996, p.95.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir : Conf&#233;rence g&#233;n&#233;rale arabe de soutien &#224; la R&#233;sistance, Beyrouth, 30 mars 2006, et D&#233;claration &#224; la Oumma : dix-septi&#232;me session de la Conf&#233;rence nationaliste arabe, Maroc, 5 au 8 mai 2006. Documents disponibles en arabe sur le site du Centre d'&#233;tudes pour l'unit&#233; arabe : &lt;a href=&#034;http://www.caus.org.lb&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.caus.org.lb&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Amina Howeidy, &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://weekly.ahram.org.eg/2003/669/eg8.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;A rickety bridge ?&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, al-Ahram weekly, 18-24 december 2003.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ali Rahnema, &#171; Contextualising the pioneers of Islamic Revival &#187;, in &lt;i&gt;Pioneers of Islamic Revival&lt;/i&gt;, Edited by Ali Rahnema, new updated edition, Zed Books, London, 2005, p 73-74.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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