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	<title>Revue Que Faire ?</title>
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	<description>Site web de la revue &#034;Que Faire ?&#034;. Revue marxiste &#233;labor&#233;e par des militant-e-s du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) et visant &#224; &#234;tre un outil pour contribuer &#224; &#233;laborer une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire et &#224; unir des militant-e-s du NPA autour de cette &#233;laboration.</description>
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		<title>Revue Que Faire ?</title>
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		<title>Les fondements historiques et id&#233;ologiques du racisme &#171; respectable &#187; de la &#171; gauche &#187; fran&#231;aise </title>
		<link>https://lcr.quefaire.lautre.net/Les-fondements-historiques-et</link>
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		<dc:date>2012-09-08T16:00:33Z</dc:date>
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		<dc:creator>Sa&#239;d Bouamama</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Prise de position en faveur d'une loi sur le foulard &#224; l'&#233;cole en 2004, soutien plus ou moins assum&#233; et plus ou moins net aux interventions imp&#233;rialistes en Afghanistan, en Irak, en Lybie, th&#233;matique de l'int&#233;gration pour penser les questions li&#233;es &#224; l'immigration, approche dogmatique de la la&#239;cit&#233; d&#233;coupl&#233;e des enjeux sociaux, etc. &lt;br class='autobr' /&gt; Ces quelques exemples contemporains de positions d'organisations et de partis se r&#233;clamant de la &#171; gauche &#187; et m&#234;me de &#171; l'extr&#234;me gauche &#187;, font &#233;cho &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/que-faire-no09-avril-mai-2012" rel="directory"&gt;Que Faire ? - n&#176;09 - Avril/Mai 2012&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/encemoment" rel="tag"&gt;encemoment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Racisme" rel="tag"&gt;Racisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Colonialisme" rel="tag"&gt;Colonialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Classes" rel="tag"&gt;Classes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/PCF" rel="tag"&gt;PCF&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L121xH150/arton308-a45a1.jpg?1347112841' class='spip_logo spip_logo_right' width='121' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Prise de position en faveur d'une loi sur le foulard &#224; l'&#233;cole en 2004, soutien plus ou moins assum&#233; et plus ou moins net aux interventions imp&#233;rialistes en Afghanistan, en Irak, en Lybie, th&#233;matique de l'int&#233;gration pour penser les questions li&#233;es &#224; l'immigration, approche dogmatique de la la&#239;cit&#233; d&#233;coupl&#233;e des enjeux sociaux, etc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ces quelques exemples contemporains de positions d'organisations et de partis se r&#233;clamant de la &#171; gauche &#187; et m&#234;me de &#171; l'extr&#234;me gauche &#187;, font &#233;cho &#224; d'autres plus lointains : absence ou d&#233;nonciation ambigu&#235; de la colonisation, absence ou ambig&#252;it&#233; du soutien aux luttes de lib&#233;rations nationales dans la d&#233;cennie 50, silence assourdissant pendant des d&#233;cennies sur les massacres coloniaux de la conqu&#234;te au 17 octobre 1961 en passant par les crimes de Madagascar (1947), du Cameroun (1955-1960), etc. Les constantes sont telles entre hier et aujourd'hui, qu'il nous semble n&#233;cessaire d'en rechercher les causes id&#233;ologiques et mat&#233;rielles. Il existe des h&#233;ritages encombrants qu'il convient de rendre visible, faute de quoi les reproductions des m&#234;mes pi&#232;ges id&#233;ologiques se d&#233;ploient et aboutissent aux m&#234;mes c&#233;cit&#233;s et aux m&#234;mes impasses politiques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une h&#233;g&#233;monie culturelle assise depuis le 19&#232;me si&#232;cle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'h&#233;g&#233;monie culturelle est un concept propos&#233; par Antonio Gramsci pour d&#233;crire la domination culturelle des classes dominantes. Le concept s'inscrit dans l'analyse des causes du non d&#233;veloppement des r&#233;volutions annonc&#233;es par Marx pour les pays industrialis&#233;s d'Europe en d&#233;pit de la v&#233;rification des conclusions &#233;conomiques de Marx (crise cycliques, paup&#233;risation de la classe ouvri&#232;re, etc.). L'hypoth&#232;se de Gramsci est que cet &#171; &#233;chec &#187; des r&#233;volutions ouvri&#232;res est explicable par l'emprise de la culture de la classe dominante sur la classe ouvri&#232;re et ses organisations. La classe dominante domine certes par la force mais aussi par un consentement des domin&#233;s culturellement produit. L'h&#233;g&#233;monie culturelle de la classe dominante agit par le biais de l'&#201;tat et de ses outils culturels h&#233;g&#233;moniques (&#233;coles, m&#233;dias, etc.) pour produire une adoption par la classe domin&#233;e des int&#233;r&#234;ts de la classe dominante. L'h&#233;g&#233;monie culturelle d&#233;crit donc l'ensemble des processus de production du consensus en faveur des classes dominantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La radicalit&#233; des luttes de classes dans l'histoire fran&#231;aise (R&#233;volution antif&#233;odale radicale en 1789-1793, Insurrection de juillet 1830, R&#233;volution de f&#233;vrier 1848, et enfin et surtout la Commune de Paris) a amen&#233; la classe dominante &#224; comprendre tr&#232;s t&#244;t que son pouvoir ne pouvait pas &#234;tre assur&#233; uniquement par la force des armes et de la r&#233;pression (ce que Gramsci appelle la domination directe). Le processus de construction d'un &#171; roman national &#187; fut mis en &#339;uvre afin d'assurer l'h&#233;g&#233;monie culturelle de la classe dominante (domination indirecte). Les ingr&#233;dients de ce roman national sont essentiellement la diffusion de &#171; l&#233;gendes nationales &#187; : pens&#233;e des Lumi&#232;res, R&#233;volution fran&#231;aise et D&#233;claration des droits de l'homme, &#233;cole r&#233;publicaine et la&#239;cit&#233;, etc. &#192; la diff&#233;rence du mythe, la l&#233;gende s'appuie sur quelques faits historiques identifiables qui sont absolutis&#233;s. La mise en l&#233;gende se r&#233;alise par occultation des contradictions et enjeux sociaux, n&#233;gation de l'histoire et transformation de r&#233;sultats historiques (avec leurs contradictions, leurs limites, etc.) en caract&#233;ristiques permanentes et sp&#233;cifiques de la &#171; francit&#233; &#187;, du &#171; g&#233;nie fran&#231;ais &#187;, de la &#171; sp&#233;cificit&#233; fran&#231;aise &#187;, du &#171; mod&#232;le fran&#231;ais &#187;, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;exergue&#034;&gt;Le processus de construction d'un &#171; roman national &#187; fut mis en &#339;uvre afin d'assurer l'h&#233;g&#233;monie culturelle de la classe dominante&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'objectif de l'h&#233;g&#233;monie culturelle &#233;tant de produire du consensus en faveur des classes dominantes, c'est bien entendu &#224; l'intention des classes domin&#233;es et de leurs organisations que sont produites et diffus&#233;es les l&#233;gendes nationales (mod&#232;le fran&#231;ais de la&#239;cit&#233;, mod&#232;le fran&#231;ais d'int&#233;gration, pens&#233;e des Lumi&#232;res comme caract&#233;ristique typiquement &#171; fran&#231;aise &#187;, abrogation de l'esclavage comme volont&#233; de l'&#233;tat fran&#231;ais et non comme r&#233;sultat de la lutte des esclaves, colonisation fran&#231;aise pos&#233;e comme diff&#233;rente des autres dans ses aspects &#171; humanitaires &#187; et &#171; civilisateurs &#187;, etc.). La question n'est donc pas celle du jugement des faits, des hommes et des opinions de la pens&#233;e des lumi&#232;res ou de la R&#233;volution fran&#231;aise par exemple. Ces &#233;v&#233;nements et ses pens&#233;es sont inscrits dans l'histoire et les hommes de ces p&#233;riodes ne pouvaient penser le monde qu'avec les donn&#233;es de leurs &#233;poques. En revanche le maintien d'une approche non critique, non historicis&#233;e, essentialis&#233;e, etc. de ces processus historiques est &#224; interroger dans ses causes et dans ses effets d&#233;sastreux contemporains. Sans cette approche critique, les l&#233;gendes de la classe dominante s'inscrivent comme donn&#233;es d'&#233;vidence dans les lectures de la r&#233;alit&#233; contemporaine, deviennent des repr&#233;sentations sociales qui d&#233;forment la r&#233;alit&#233;, produisent des logiques de pens&#233;es qui emp&#234;chent de saisir les enjeux sociaux et les contradictions sociales. Sans &#234;tre exhaustif abordons deux des l&#233;gendes de l'h&#233;g&#233;monie culturelle construite au 19&#232;me si&#232;cle et qui ont fortement impr&#233;gn&#233;es les organisations de &#171; gauche &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'absolutisation de la pens&#233;e des Lumi&#232;res et de la R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les Lumi&#232;res d&#233;signent un courant d'id&#233;es philosophiques en Europe qui a connu son apog&#233;e au dix-huiti&#232;me si&#232;cle. Ce courant se caract&#233;rise par un appel &#224; la rationalit&#233; et le combat contre l'obscurantisme. En lib&#233;rant l'homme de l'ignorance et de la superstition, il s'agit de le faire penser par lui-m&#234;me et ainsi de le faire devenir adulte. Ces dimensions communes aux diff&#233;rents philosophes des Lumi&#232;res n'emp&#234;chent pas son h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233;. La philosophie des Lumi&#232;res est parcourue de &#171; courants &#187; correspondant aux int&#233;r&#234;ts sociaux divers de l'&#233;poque. L'absolutisation de la pens&#233;e des Lumi&#232;res commencent ainsi par l'homog&#233;n&#233;isation d'une pens&#233;e contradictoire. Mais la philosophie des Lumi&#232;res est &#233;galement born&#233;e historiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle se d&#233;ploie, non pas comme logique pure, mais comme logique de pens&#233;e inscrite dans une &#233;poque pr&#233;cise. C'est d'ailleurs la premi&#232;re critique qui lui est faite par Marx et Engels qui veillent &#224; la mettre en correspondance avec les int&#233;r&#234;ts sociaux qui la suscitent et la portent : &#171; &lt;i&gt;Les philosophes fran&#231;ais du XVIIIe si&#232;cle, eux qui pr&#233;paraient la R&#233;volution, en appelaient &#224; la raison comme juge unique de tout ce qui existait. On devait instituer un &#201;tat raisonnable, une soci&#233;t&#233; raisonnable ; tout ce qui contredisait la raison &#233;ternelle devait &#234;tre &#233;limin&#233; sans piti&#233;. Nous avons vu &#233;galement que cette raison &#233;ternelle n'&#233;tait en r&#233;alit&#233; rien d'autre que l'entendement id&#233;alis&#233; du citoyen de la classe moyenne, dont son &#233;volution faisait justement alors un bourgeois. Or, lorsque la R&#233;volution fran&#231;aise eut r&#233;alis&#233; cette soci&#233;t&#233; de raison et cet &#201;tat de raison, les nouvelles institutions, si rationnelles qu'elles fussent par rapport aux conditions ant&#233;rieures, n'apparurent pas du tout comme absolument raisonnables. L'&#201;tat de raison avait fait compl&#232;te faillite&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Friedrich Engels, Socialisme utopique et Socialisme scientifique, &#201;ditions (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les droits de l'Homme pour leur part sont caract&#233;ris&#233;s comme les droits d'un homme abstrait, d'un homme bourgeois, d'un homme &#233;go&#239;ste : &#171; &lt;i&gt;L'homme r&#233;el n'est reconnu que sous l'aspect de l'individu &#233;go&#239;ste et l'homme vrai que sous l'aspect du citoyen abstrait&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abdelmalek Sayad, &#171; Le mode de g&#233;n&#233;ration des g&#233;n&#233;rations immigr&#233;es &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_435 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;350&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L477xH652/chantiersdelajeunesse-francetoujours-1941ou1942-9987c.jpg?1347112841' width='477' height='652' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Affiche de propagande pour les chantiers de la jeunesse, r&#233;gime de Vichy, 1941-1942.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Le mythe du &#171; Gaulois &#187; mis en sc&#232;ne ici est &#233;galement mis en avant durant la R&#233;volution fran&#231;aise et la Troisi&#232;me r&#233;publique. Il symbolise l'union des populations en d&#233;pit de leurs diff&#233;rentes cultures et langues pour faire face &#224; l'envahisseur romain.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis cette premi&#232;re critique de l'universalisme des Lumi&#232;res, d'autres sont venues la compl&#233;ter : la critique f&#233;ministe a soulign&#233; &#171; &lt;i&gt;les pr&#233;suppos&#233;s androcentriques, racistes, &#233;conomiques et anthropologiques de la philosophie europ&#233;enne du si&#232;cle des Lumi&#232;res&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jennifer Chan-Tiberghien, &#171; La participation f&#233;ministe au mouvement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; le caract&#232;re ethnocentrique de la pens&#233;e des Lumi&#232;res a &#233;galement &#233;t&#233; d&#233;nonc&#233; en soulignant que &#171; &lt;i&gt;l&#224; o&#249; nous lisons &#171; homme &#187;, &#171; humanit&#233; &#187;, &#171; citoyennet&#233; &#187;, c'est de l'humanit&#233; blanche et europ&#233;enne que nous parlent les Lumi&#232;res. Certes, dans les Lumi&#232;res pourtant les premi&#232;res lueurs de nos valeurs. &#192; condition d'ignorer la traite, la n&#233;gritude, l'esclavage&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Sala-Molins, &#171; Le Code Noir, Les Lumi&#232;res et Nous &#187;, dans Val&#233;rie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. L'universalisme des lumi&#232;res appara&#238;t ainsi tr&#232;s peu universel que ce soit &#224; l'interne (universalisme masculin du droit de vote jusqu'&#224; l'apr&#232;s seconde guerre mondiale, universalisme excluant les ouvriers du droit de vote jusqu'en 1848) et &#224; l'externe (code noir, code de l'indig&#233;nat, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au travers de l'absolutisation de la pens&#233;e des Lumi&#232;res et de la R&#233;volution fran&#231;aise, la classe dominante vise &#224; pr&#233;senter l'histoire fran&#231;aise comme n'&#233;tant pas le r&#233;sultat des affrontements sociaux mais comme r&#233;sultat du d&#233;ploiement d'un &#171; g&#233;nie &#187; et/ou d'une &#171; sp&#233;cificit&#233; &#187; fran&#231;aise transversal aux diff&#233;rentes classes sociales. Il y aurait ainsi des caract&#233;ristiques proprement fran&#231;aises qui situeraient cette nation au dessus des autres, en avance sur les autres, en avant-garde de l'&#233;mancipation et de la civilisation. Bref il s'agit de produire un complexe chauvin pour canaliser les luttes sociales &#224; un moment o&#249; se d&#233;ployait la colonisation violente du monde. L'offensive id&#233;ologique visant &#224; ancrer l'id&#233;e d'une exceptionnalit&#233;/sup&#233;riorit&#233; fran&#231;aise est tout azimut et a malheureusement en grande partie r&#233;ussie. Voici comment par exemple Karl Marx raille la pr&#233;tention de la &#171; gauche fran&#231;aise &#187; &#224; l'exceptionnalit&#233; linguistique et r&#233;publicaine :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les repr&#233;sentants (non ouvriers) de la &#171; Jeune France &#187; soutenaient que toutes les nationalit&#233;s et les nations &#233;taient des &#171; pr&#233;jug&#233;s surann&#233;s &#187;. Stirn&#233;rianisme proudhonis&#233; : on r&#233;partit tout en petits &#171; groupes &#187; ou &#171; communes &#187; qui forment ensuite une &#171; association &#187; et non pas un &#233;tat. Et tandis que se produit cette individualisation de l'humanit&#233; et que se d&#233;veloppe le &#171; mutualisme &#187; ad&#233;quat, l'histoire des autres pays doit suspendre son cours et le monde entier attendra que les Fran&#231;ais soient m&#251;rs pour faire une r&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors ils effectueront sous nos yeux cette exp&#233;rience, et le reste du monde, subjugu&#233; par la force de l'exemple, fera de m&#234;me. (...) Les Anglais ont bien ri quand j'ai commenc&#233; mon discours en disant que notre ami Lafargue et ceux qui avec lui supprimaient les nationalit&#233;s, s'adressaient &#224; nous en fran&#231;ais, c'est-&#224;-dire une langue que les 9/10e de l'assistance ne comprenaient pas. Ensuite, j'ai signal&#233; que Lafargue, sans s'en rendre compte, entendait apparemment par n&#233;gation des nationalit&#233;s leur absorption par la nation fran&#231;aise mod&#232;le &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Karl Marx, &#171; Lettre &#224; Friedrich Engels du 20 juin 1866 &#187;, Correspondances, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;div class='spip_document_436 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH262/sans_titre-3b3a2.jpg?1347112841' width='500' height='262' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div id=&#034;exergue&#034;&gt;L'universalisme des Lumi&#232;res appara&#238;t ainsi tr&#232;s peu universel que ce soit &#224; l'interne : universalisme masculin du droit de vote, etc. [ou] &#224; l'externe : le code noir, le code de l'indig&#233;nat, etc.&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La construction du consensus colonialiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'offensive id&#233;ologique de la classe dominante a cr&#233;&#233; l'espace mental qui a permis la colonisation. L'image des autres cultures et civilisations diffus&#233;e par la pens&#233;e des Lumi&#232;res et amplifi&#233;e par la Troisi&#232;me R&#233;publique, de m&#234;me que l'id&#233;e d'&#234;tre l'avant-garde de l'humanit&#233; ont pr&#233;par&#233; les esprits &#224; la conqu&#234;te : &#171; &lt;i&gt;il existe un espace mental qui, d'une certaine fa&#231;on, pr&#233;existe &#224; l'instauration de l'ordre colonial, espace essentiellement compos&#233; de sch&#232;mes de pens&#233;es &#224; travers lesquels est reconstruite la coupure entre les occidentaux et les Autres &#8211; les sch&#232;mes Pur/Impur, Bien/Mal, Savoir/Ignorance, Don d'Amour/Besoin d'Amour. La perception de l'Autre comme un &#234;tre dans l'enfance de l'humanit&#233;, confin&#233; aux t&#233;n&#232;bres de l'ignorance comme l'incapacit&#233; &#224; contenir ses pulsions informe la pens&#233;e coloniale et la connaissance anthropologique&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Eric Savar&#232;se, L'ordre colonial et sa l&#233;gitimation en France m&#233;tropolitaine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait l'opposition aux guerres de conqu&#234;tes coloniales fut &#224; la fois faible et tardive. Les quelques voix anticoloniales comme celles de Georges Cl&#233;menceau et de Camille Pelletan restent isol&#233;es et marginales. L'impr&#233;gnation coloniale est profonde comme en t&#233;moigne le rapport adopt&#233; &#224; l'unanimit&#233; au congr&#232;s interf&#233;d&#233;ral d'Afrique du Nord du parti communiste en septembre 1922 : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;mancipation des indig&#232;nes d'Alg&#233;rie ne pourra &#234;tre que la cons&#233;quence de la r&#233;volution en France (&#8230;). La propagande communiste directe aupr&#232;s des indig&#232;nes alg&#233;riens est actuellement inutile et dangereuse. Elle est inutile parce que les indig&#232;nes n'ont pas atteint encore un niveau intellectuel et moral qui leur permette d'acc&#233;der aux conceptions communistes. (&#8230;). Elle est dangereuse (&#8230;) parce qu'elle provoquerait la d&#233;mission de nos groupements&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans Ren&#233; Galissot, &#171; Sur les d&#233;buts du communisme en Alg&#233;rie et en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes ces positions furent condamn&#233;es par la direction du PCF et peu apr&#232;s les militants communistes donnaient un exemple d'internationalisme dans l'opposition &#224; la guerre du Rif en 1925, mais leur simple existence t&#233;moigne de l'impr&#233;gnation de l'imaginaire colonial jusque dans la gauche la plus radicale de l'&#233;poque. Le reste est connu : abandon du mot d'ordre d'ind&#233;pendance nationale &#224; partir du Front populaire, promotion de l'Union fran&#231;aise apr&#232;s 1945, vote des pouvoirs sp&#233;ciaux en 1956. En d&#233;pit de ces positions, le PCF a &#233;t&#233; le seul &#224; avoir eu des p&#233;riodes anticolonialistes cons&#233;quentes. La S.F.I.O. pour sa part est ouvertement colonialiste : &#171; &lt;i&gt;&#224; l'exception de quelques individualit&#233;s &#171; anticolonialistes &#187;, la majorit&#233; du parti socialiste s'est ralli&#233;e &#224; l'id&#233;e d'une colonisation &#171; humaine, juste et fraternelle &#187; et refuse de soutenir les nationalismes coloniaux qui attisent la haine des peuples, favorisent les f&#233;odaux ou la bourgeoisie indig&#232;ne&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Dewitte, Les mouvements n&#232;gres en France, 1919-1939, L'Harmattan, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des h&#233;ritages encombrants toujours agissants&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au c&#339;ur de la pens&#233;e des Lumi&#232;res puis du discours colonial se trouve une approche culturaliste clivant le monde en civilisations hi&#233;rarchis&#233;es, expliquant l'histoire et ses conflits en &#233;liminant les facteurs &#233;conomiques et justifiant les interventions militaires &#171; pour le bien &#187; des peuples ainsi agress&#233;s. Il s'agit ainsi d'&#233;manciper l'autre malgr&#233; lui et si n&#233;cessaire par la violence. C'est ce que nous avons appel&#233;s dans d'autres &#233;crits le &#171; racisme respectable &#187; c'est-&#224;-dire un racisme ne se justifiant pas &#171; contre &#187; le racis&#233; mais s'argumentant de grandes valeurs cens&#233;es l'&#233;manciper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Force est de constater que cette logique de raisonnement est loin d'avoir disparu dans la &#171; gauche &#187; fran&#231;aise. Elle a m&#234;me &#233;t&#233; &#233;tendue en dehors des questions internationales puisqu'elle agit &#233;galement en direction des questions li&#233;es aux fran&#231;ais issus de la colonisation. Donnons quelques exemples. Le premier est celui de la logique int&#233;grationniste encore pr&#233;sente fortement &#224; &#171; gauche &#187;. Cette logique rel&#232;ve enti&#232;rement du culturalisme binaire port&#233;e par la pens&#233;e des lumi&#232;res. Les difficult&#233;s subies par les citoyens issues de la colonisation, qu'ils soient fran&#231;ais ou &#233;trangers, ne sont pas expliqu&#233;es dans l'int&#233;grationnisme par les in&#233;galit&#233;s qu'ils subissent ou leurs conditions mat&#233;rielles d'existence. Ce sont au contraire des facteurs culturels qui sont mis en avant : obstacles culturels &#224; l'int&#233;gration, int&#233;gration insuffisante, islam comme contradictoire avec la r&#233;publique et la la&#239;cit&#233;, inadaptation culturelle, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;exergue&#034;&gt;Il s'agit ainsi d'&#233;manciper l'autre malgr&#233; lui et si n&#233;cessaire par la violence. C'est le &#171; racisme respectable &#187;, ne se justifiant pas &#171; contre &#187; le racis&#233; mais s'argumentant de grandes valeurs cens&#233;es l'&#233;manciper&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors les objectifs de l'action ne sont pas l'&#233;radication des in&#233;galit&#233;s mais la transformation des personnes c'est-&#224;-dire qu'il s'agit de les civiliser en les assimilant. Ce n'est pas un hasard si le terme d'int&#233;gration est vomi dans les quartiers populaires et per&#231;u comme une agression. C'est ce qu'Abelmalek Sayad appelle le &#171; chauvinisme de l'universel &#187; comme l'a &#233;t&#233; celui des Lumi&#232;res : &#171; [Les enfants de parents immigr&#233;s seraient] &lt;i&gt;alors, selon une repr&#233;sentation commode, sans pass&#233;, sans m&#233;moire, sans histoire (&#8230;), et par la m&#234;me vierge de tout, facilement modelables, acquis d'avance &#224; toutes les entreprises assimilationnistes, m&#234;me les plus &#233;cul&#233;es, les plus archa&#239;ques, les plus r&#233;trogrades ou, dans le meilleur des cas, les mieux intentionn&#233;es, mues par une esp&#232;ce de &#171; chauvinisme de l'universel &#187;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abdelmalek Sayad, &#171; Le mode de g&#233;n&#233;ration des g&#233;n&#233;rations immigr&#233;es &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la droite est globalement dans ce que Sayad nomme les entreprises &#171; &#233;cul&#233;e &#187;, la &#171; gauche &#187; est encore fortement dans de qu'il nomme le &#171; chauvinisme de l'universel &#187;. Ces deux approches recoupent celles entre &#171; colonisation violente &#187; et &#171; colonisation humanitaire &#187; de l'&#233;poque coloniale. Elles sont bas&#233;es sur une coupure binaire entre deux entit&#233;s homog&#233;n&#233;is&#233;es (un &#171; Nous &#187; homog&#232;ne face &#224; un &#171; Eux &#187; homog&#232;ne) qui est une autre des caract&#233;ristiques de l'ethnocentrisme des Lumi&#232;res puis du discours colonial et qui ne cesse de s'entendre aujourd'hui dans les discours sur le communautarisme ou le &#171; repli communautaire &#187;. &#201;coutons encore Sayad sur le processus d'homog&#233;n&#233;isation : &#171; &lt;i&gt;Au fond ne s'autorise-t-on pas du pr&#233;jug&#233; identifiant les uns aux autres tous les immigr&#233;s d'une m&#234;me nationalit&#233;, d'une m&#234;me ethnie, ou d'un groupe de nationalit&#233; (les Maghr&#233;bines, les Africains noirs, etc.), pour faire passer dans la r&#233;alit&#233; et pour mettre en &#339;uvre dans la pratique, en toute l&#233;gitimit&#233; et en toute libert&#233;, l'illusion communautaire ? Ainsi la perception na&#239;ve et tr&#232;s ethnocentrique qu'on a des immigr&#233;s comme &#233;tant tous semblables, se trouve au principe de cette communaut&#233; illusoire&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abdelmalek Sayad, &#171; Le foyer des sans-familles &#187;, dans L'immigration et les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sayad parle ici des immigr&#233;s mais la logique est en &#339;uvre pour les fran&#231;ais issus de la colonisation. De m&#234;me l'homog&#233;n&#233;isation s'est &#233;tendue aux &#171; musulmans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque les membres du &#171; Eux &#187; ne per&#231;oivent pas leurs int&#233;r&#234;ts, il convient de les &#233;manciper malgr&#233; eux. Cette logique a justifi&#233; autant les guerres coloniales hier, les agressions imp&#233;rialistes contemporaines comme celle d'Afghanistan par exemple au plan externe et la loi d'interdiction du foulard &#224; l'&#233;cole en 2004 au plan interne. Hier comme aujourd'hui elle est pr&#233;sente, bien sur &#224; droite, mais &#233;galement &#224; &#171; gauche &#187;. C'est pour &#233;manciper qu'il fallait coloniser, c'est pour lib&#233;rer les femmes afghane qu'il fallait intervenir militairement en Afghanistan, c'est la lib&#233;ration de la femme qu'il fallait pour instaurer une police des habits. L'h&#233;ritage est pesant et agissant. Il forme un obstacle &#233;pist&#233;mologique &#224; la compr&#233;hension des enjeux &#233;conomiques et politiques du monde contemporain et des luttes sociales qui le caract&#233;rise.&lt;/p&gt;
&lt;div id=&#034;exergue&#034;&gt;Les difficult&#233;s subies par les citoyens issues de la colonisation ne sont pas expliqu&#233;es dans l'int&#233;grationnisme par les in&#233;galit&#233;s qu'ils subissent. ce sont au contraire des facteurs culturels qui sont mis en avant&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Prenons un dernier exemple dans les r&#233;volutions qui ont secou&#233; la Tunisie et l'&#201;gypte. Elles ont massivement &#233;t&#233; salu&#233;es comme signe positif par l'ensemble de la gauche. Il restait &#224; les caract&#233;riser et de mani&#232;re significative ont fleurit des expressions les comparant &#224; 1789 : &#171; le 1789 du monde arabe &#187;. De nouveau l'&#233;talon reste la France comme le raillait d&#233;j&#224; Marx il y a plus d'un si&#232;cle. L'historien Pierre Serna commente : &#171; &lt;i&gt;Non la Tunisie n'est pas en 1789 ! Par piti&#233; que l'on cesse d'instrumentaliser l'Histoire en mesurant l'histoire du monde &#224; l'aune de l'histoire de France. La posture consciente ou non de Jean Tulard, dans&lt;/i&gt; Le Monde &lt;i&gt;du 18 janvier, qui consiste &#224; consid&#233;rer les Tunisiens en face de leur 1789, rel&#232;ve d'une lecture post-colonialiste insultante au pire, condescendante au mieux. Les tunisiens auraient 220 ans de retard sur l'histoire de France et d&#233;couvriraient enfin les vertus de la libert&#233; conquise. Eh bien non ! La libert&#233; n'est acquise pour nul peuple, et &#224; leur fa&#231;on les fran&#231;ais doivent lutter pied &#224; pied pour leurs anciennes conqu&#234;tes en ces temps de recul syst&#233;matique du pacte r&#233;publicain. C'est nous qui devons apprendre des Tunisiens et non le contraire. Nous sommes rest&#233;s dans un 1789 mental, mythifi&#233; et fig&#233;. Les Tunisiens eux sont bien en 2011&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Serna, Les tunisiens ne sont pas en 1789 ! ou impossible n'est pas (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_438 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;87&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lcr.quefaire.lautre.net/IMG/jpg/affichepc1930couleur.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH723/affichepc1930couleur-29df7.jpg?1793552251' width='500' height='723' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Affiche du PCF de 1930 pour d&#233;noncer les 100 ans de dominations fran&#231;aise en Alg&#233;rie.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'insulte ou la condescendance, le paternalisme, le maternalisme ou le fraternalisme d'une part et la condamnation indign&#233;e d'autre part, la diabolisation ou l'infantilisation, etc. sont des attitudes politiques extr&#234;mement fr&#233;quentes &#224; &#171; gauche &#187; et m&#234;me &#224; &#171; l'extr&#234;me-gauche &#187; dans les analyses sur les quartiers populaires et leurs habitants. Elles ont &#233;t&#233; pr&#233;sentes au moment des d&#233;bats sur la loi d'interdiction du foulard &#224; l'&#233;cole, lors des r&#233;voltes des quartiers populaires en novembre 2005, au cours des multiples d&#233;bats sur la revendication d'une r&#233;gularisation de tous les sans-papiers, etc. Elles sont pr&#233;sentes &#233;galement dans les commentaires des r&#233;sultats &#233;lectoraux en Tunisie et en &#201;gypte comme elles l'&#233;taient au moment des agressions contre l'Irak, l'Afghanistan ou la Libye.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans notre approche mat&#233;rialiste, les penseurs des Lumi&#232;res sont le r&#233;sultat de leur &#233;poque, de son &#233;tat des savoirs et de ses limites historiques. Le regard non critique et dogmatique sur la pens&#233;e des Lumi&#232;res est depuis bien longtemps une arme des classes dominantes et un h&#233;ritage encombrant pour les domin&#233;s. &#9632;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Friedrich Engels, &lt;i&gt;Socialisme utopique et Socialisme scientifique&lt;/i&gt;, &#201;ditions sociales, Paris, 1950, p. 35.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abdelmalek Sayad, &#171; Le mode de g&#233;n&#233;ration des g&#233;n&#233;rations immigr&#233;es &#187;, &lt;i&gt;Migrants-formation&lt;/i&gt;, n&#176; 98, septembre 1994, p. 14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jennifer Chan-Tiberghien, &#171; La participation f&#233;ministe au mouvement altermondialiste : Une critique de l'Organisation Mondiale du Commerce &#187;, &lt;i&gt;Recherches F&#233;ministes&lt;/i&gt;, volume 17, n&#176; 2, 2004, p. 199.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Louis Sala-Molins, &#171; Le Code Noir, Les Lumi&#232;res et Nous &#187;, dans Val&#233;rie Lange-Eyre (dir), &lt;i&gt;M&#233;moire et droits humains : Enjeux et perspectives pour les peuples d'Afrique&lt;/i&gt;, &#201;ditions d'En Bas, Lausanne, 2009, p. 38.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Karl Marx, &#171; Lettre &#224; Friedrich Engels du 20 juin 1866 &#187;, &lt;i&gt;Correspondances&lt;/i&gt;, tome VIII, &#201;ditions sociales, Paris, 1981.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Eric Savar&#232;se, &lt;i&gt;L'ordre colonial et sa l&#233;gitimation en France m&#233;tropolitaine : oublier l'autre&lt;/i&gt;, L'Harmattan, Paris, 1998, p. 134.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Cit&#233; dans Ren&#233; Galissot, &#171; Sur les d&#233;buts du communisme en Alg&#233;rie et en Tunisie : socialisme colonial et rupture r&#233;volutionnaire &#187;, dans &lt;i&gt;Collectif, M&#233;langes d'histoire sociale offerts &#224; Jean Maitron&lt;/i&gt;, &#201;ditions ouvri&#232;res, Paris, 1976, p. 101.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Philippe Dewitte, &lt;i&gt;Les mouvements n&#232;gres en France&lt;/i&gt;, 1919-1939, L'Harmattan, Paris, 1985, p. 62.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abdelmalek Sayad, &#171; Le mode de g&#233;n&#233;ration des g&#233;n&#233;rations immigr&#233;es &#187;, &lt;i&gt;Migrants-formation&lt;/i&gt;, n&#176; 98, septembre 1994, p.14.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Abdelmalek Sayad, &#171; Le foyer des sans-familles &#187;, dans &lt;i&gt;L'immigration et les paradoxes de l'alt&#233;rit&#233;&lt;/i&gt;, De Boeck Universit&#233;, Paris-Bruxelles, 1991, pp. 91-92&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pierre Serna, &lt;i&gt;Les tunisiens ne sont pas en 1789 ! ou impossible n'est pas tunisien&lt;/i&gt;, Institut d'histoire de la r&#233;volution fran&#231;aise, Universit&#233; Panth&#233;on-Sorbonne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le r&#233;formisme, des organisations avant tout ?</title>
		<link>https://lcr.quefaire.lautre.net/Le-reformisme-des-organisations</link>
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		<dc:date>2010-11-22T19:42:41Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sylvestre Jaffard</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;formisme</dc:subject>
		<dc:subject>PCF</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Souvent, parmi les militants r&#233;volutionnaires, les grandes organisations r&#233;formistes (PS, PC, les directions syndicales, etc.) sont accus&#233;es de former autant d'obstacles sur le chemin de la transformation de la soci&#233;t&#233;. Il y a pour cela d'excellentes raisons : les partis sociaux-d&#233;mocrates ont trahi &#224; r&#233;p&#233;tition la confiance des travailleurs, depuis le soutien &#224; la guerre de 1914-18 jusqu'&#224; l'&#233;volution &#171; sociale-lib&#233;rale &#187; des derni&#232;res d&#233;cennies. Les partis communistes ont soutenu des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/que-faire-no04-aout-septembre-2010" rel="directory"&gt;Que Faire ? - n&#176;04 - Ao&#251;t/Septembre 2010&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Reformisme" rel="tag"&gt;R&#233;formisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/PCF" rel="tag"&gt;PCF&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L150xH99/arton244-7062b.jpg?1296139024' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='99' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Souvent, parmi les militants r&#233;volutionnaires, les grandes organisations r&#233;formistes (PS, PC, les directions syndicales, etc.) sont accus&#233;es de former autant d'obstacles sur le chemin de la transformation de la soci&#233;t&#233;. Il y a pour cela d'excellentes raisons : les partis sociaux-d&#233;mocrates ont trahi &#224; r&#233;p&#233;tition la confiance des travailleurs, depuis le soutien &#224; la guerre de 1914-18 jusqu'&#224; l'&#233;volution &#171; sociale-lib&#233;rale &#187; des derni&#232;res d&#233;cennies. Les partis communistes ont soutenu des r&#233;gimes in&#233;galitaires et dictatoriaux en Russie et dans d'autres pays, entrav&#233; le d&#233;veloppement de processus r&#233;volutionnaires en Espagne, en France ou au Portugal, et ont particip&#233; &#224; des gouvernements sociaux-lib&#233;raux, comme le PCF entre 1997 et 2002.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;volutions en cours ces derni&#232;res ann&#233;es &#8211; droitisation du PS, affaiblissement du PCF &#8211; ont du coup permis &#224; un espoir de na&#238;tre : si ces organisations soit disparaissent peu &#224; peu, soit quittent le terrain de la lutte pour des r&#233;formes qui b&#233;n&#233;ficient aux travailleurs, les marxistes r&#233;volutionnaires vont pouvoir s'employer &#224; occuper cet espace laiss&#233; vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a l&#224; une erreur de perspective : elle consiste &#224; penser que le r&#233;formisme na&#238;t avant tout des directions bureaucratiques, de leurs mensonges ou de leurs erreurs. Il est vrai que ces derni&#232;res jouent un r&#244;le, et qu'&#224; certains moments elles peuvent jouer un r&#244;le d&#233;cisif. Mais la plupart du temps c'est la base mat&#233;rielle, sociale du r&#233;formisme qui &#224; l'inverse suscite l'adh&#233;sion aux organisations r&#233;formistes ou, si elles n'existent pas, leur cr&#233;ation. C'est que la conscience r&#233;formiste correspond &#224; la situation sociale de la classe ouvri&#232;re sous le capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#233;formisme est spontan&#233;&lt;/h2&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'histoire de toute soci&#233;t&#233; jusqu'&#224; nos jours n'a &#233;t&#233; que l'histoire des luttes de classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les id&#233;es dominantes d'une &#233;poque n'ont jamais &#233;t&#233; que les id&#233;es de la classe dominante. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;On ne mesure pas toujours &#224; sa juste valeur la contradiction entre ces deux phrases tir&#233;es du Manifeste du parti communiste de Marx et Engels. Si les id&#233;es dominantes sont celles de la classe dominante, alors comment les opprim&#233;s peuvent-ils remettre leur domination en question ? Comment pourrait-il alors y avoir lutte des classes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant les deux affirmations sont correctes, car cette contradiction existe dans la r&#233;alit&#233; : les id&#233;es dominantes sont celles de la classe dominante, mais ce ne sont pas les seules id&#233;es qui existent dans la t&#234;te des opprim&#233;s. Elles y coexistent avec d'autres id&#233;es, n&#233;es de leur exp&#233;rience quotidienne, et parfois aussi de traditions acquises par leur classe, transmises par des voies informelles ou organis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut dire que quand un exploit&#233;, par exemple un travailleur salari&#233; dans la soci&#233;t&#233; capitaliste, remet en cause la place qui lui est faite dans la soci&#233;t&#233;, il ne le fait g&#233;n&#233;ralement pas en bloc, en remettant en cause du m&#234;me coup l'exploitation capitaliste, la division du monde en &#233;tats, le r&#244;le de la police et de l'arm&#233;e, etc. Il aura plut&#244;t tendance &#224; dire &#171; Des patrons il en faut, mais le mien exag&#232;re ! &#187; ou bien &#171; Evidemment que sans la police on ne serait pas en s&#233;curit&#233;. Mais ce n'est pas une raison pour les laisser faire n'importe quoi ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conscience r&#233;formiste ne se limite pas &#224; une certaine vision strat&#233;gique de la transformation sociale : l'utilisation des &#233;lections dans les institutions existantes. Elle peut se manifester sous des formes tr&#232;s vari&#233;es, par exemple le nationalisme dans un pays domin&#233; par l'imp&#233;rialisme, qui se traduit par &#171; Le capitalisme est bien s&#251;r n&#233;cessaire, mais nous sommes domin&#233;s par la France, (les &#233;tats-Unis, la Russie...) et si nous ne nous d&#233;barrassons pas de cette domination, les probl&#232;mes de toutes les classes de notre pays ne pourront pas &#234;tre r&#233;solus &#187;. Il arrive souvent que des mouvements tr&#232;s radicaux de par leur mode d'action (lutte arm&#233;e par exemple) soient en m&#234;me temps r&#233;formistes dans leurs objectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute conscience est en mouvement, et nous sommes tous amen&#233;s de par notre vie quotidienne, notre &#233;ducation, etc., &#224; accepter au moins certaines id&#233;es dominantes, au moins pendant une partie de la journ&#233;e. Suivant notre confiance dans l'action collective, notre exp&#233;rience, notre contact avec des id&#233;es qui remettent en cause le syst&#232;me, nos id&#233;es peuvent &#233;voluer dans un sens r&#233;volutionnaire ou dans un sens r&#233;actionnaire. Pour faire en sorte que les id&#233;es les plus avanc&#233;es l'emportent, il est important que celles et ceux qui ont une compr&#233;hension globale du syst&#232;me se regroupent, et s'organisent pour pouvoir convaincre le reste de la classe &#8211; mais tout groupe, m&#234;me le plus r&#233;volutionnaire, est sujet aux pressions de l'id&#233;ologie dominante. M&#234;me les organisations les plus solides th&#233;oriquement et d'un point de vue militant sont sujettes &#224; des h&#233;sitations, acceptent au moins pour une partie, et au moins &#224; certains moments, une partie de l'id&#233;ologie dominante, et il ne peut pas en &#234;tre autrement. Ceci ne doit pas &#234;tre un motif de d&#233;couragement, mais au contraire nous montre d'une part que le combat contre les id&#233;es dominantes se livre aussi &#224; l'int&#233;rieur des organisations anticapitalistes et r&#233;volutionnaires, d'autre part qu'il est possible de s'appuyer sur tout ce qui est progressiste dans les id&#233;es des travailleurs r&#233;formistes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_183 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lcr.quefaire.lautre.net/IMG/jpg/maintenant-j039y-vais-le-ps-lance-une-grande-campagne-nationale-d039adhesion-18172.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH666/maintenant-j039y-vais-le-ps-lance-une-grande-campagne-nationale-d039adhesion-18172-54c57.jpg?1793542394' width='500' height='666' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dialectique dirigeants-base&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toute organisation contient, f&#251;t-ce de fa&#231;on informelle, des &#171; dirigeants &#187;, c'est-&#224;-dire des individus qui formulent l'orientation de l'organisation, et une &#171; base &#187; qui suit cette orientation. Mais la relation entre les deux n'est jamais unidirectionnelle. Plus une organisation est d&#233;mocratique plus le travail de formulation par les dirigeants s'apparente &#224; une synth&#232;se de ce qui a &#233;t&#233; formul&#233; par la base, de sorte que ce sont alors aussi les dirigeants qui suivent la base ! M&#234;me dans une organisation extr&#234;mement peu d&#233;mocratique, par exemple un &#233;tat fasciste, o&#249; l'ob&#233;issance de la population est assur&#233;e au quotidien par un appareil de r&#233;pression, les dirigeants ne peuvent pas purement et simplement ignorer les mouvements de m&#233;contentement dans la population, et doivent trouver des moyens de les apaiser, de les contenir, ou de les divertir.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir par exemple Tim Mason, La classe ouvri&#232;re sous le troisi&#232;me reich, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis r&#233;formistes ne sont pas des &#233;tats fascistes, ils sont loin de poss&#233;der un appareil de r&#233;pression qui d&#233;passe le niveau artisanal.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est &#233;videmment particuli&#232;rement vrai tant que les partis r&#233;formistes ne se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais parce qu'ils sont dirig&#233;s strat&#233;giquement vers l'&#233;lection d'individus dans les institutions, et parce qu'ils ne remettent pas fondamentalement en cause la division du travail entre dirigeants et dirig&#233;s dans la soci&#233;t&#233; et dans leur fonctionnement, ils sont amen&#233;s &#224; d&#233;velopper des traits autoritaires. Pour autant m&#234;me quand ceux-ci sont tr&#232;s marqu&#233;s (par exemple dans les partis staliniens), leurs dirigeants doivent garder une attention soutenue aux critiques qui leur sont port&#233;es par leur base, sans quoi celle-ci risque de s'abstenir de toute activit&#233; politique ou syndicale, ou encore de rejoindre des organisation qui correspondent mieux &#224; ses aspirations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est par cons&#233;quent particuli&#232;rement important de ne pas se contenter du sch&#233;ma simpliste : &#171; les travailleurs r&#233;formistes sont sinc&#232;res, mais ils sont tromp&#233;s par des dirigeants carri&#233;ristes et menteurs &#187;. Il est plus utile de concevoir les dirigeants r&#233;formistes comme des cr&#233;ations de la conscience r&#233;formiste spontan&#233;e des travailleurs, m&#234;me si &#224; certains moments sp&#233;cifiques leur r&#244;le individuel peut jouer un r&#244;le d&#233;terminant. Autre cons&#233;quence : il ne sert g&#233;n&#233;ralement &#224; rien pour les r&#233;volutionnaires de concentrer ses feux sur tel ou tel dirigeant r&#233;formiste en tant qu'individu, de l'accuser d'hypocrisie, de calcul personnel ou de carri&#233;risme. Toutes ces accusations peuvent &#234;tre vraies, ou fausses, mais le r&#233;sultat pour le travailleur r&#233;formiste &#224; qui on aura d&#233;montr&#233; que son dirigeant est menteur ou criminel ne sera jamais que de l'inciter &#224; se chercher un nouveau dirigeant tout aussi r&#233;formiste, mais sinc&#232;re et honn&#234;te. De plus, il est globalement impossible de faire la diff&#233;rence entre un r&#233;formiste carri&#233;riste qui d&#233;clare vouloir d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des travailleurs pour &#234;tre &#233;lu, et un r&#233;formiste sinc&#232;re qui cherche &#224; &#234;tre &#233;lu pour d&#233;fendre les int&#233;r&#234;ts des travailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_184 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lcr.quefaire.lautre.net/IMG/jpg/ref.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH277/ref-e3e9e.jpg?1793542395' width='500' height='277' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pourquoi c'est important pour le NPA&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un dirigeant de la LCR &#233;crivait en 2008, dans un article sur ce qui n'&#233;tait encore que le projet de Nouveau Parti Anticapitaliste :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; La transformation du r&#233;formisme en &#171; r&#233;formisme sans r&#233;formes &#187; nous donne une responsabilit&#233; historique majeure, celle de conduire la lutte pour les r&#233;formes&#8230;jusqu'&#224; la rupture avec le syst&#232;me capitaliste, jusqu'&#224; la transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois Sabado, Pour un Nouveau Parti Anticapitaliste,&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce passage est correct en cela qu'il indique qu'il n'existe pas d'opposition entre la lutte pour les r&#233;formes et la transformation r&#233;volutionnaire de la soci&#233;t&#233;, mais plut&#244;t une continuit&#233; qui am&#232;ne &#224; des sauts, des ruptures. Mais est-ce vraiment la transformation du r&#233;formisme en r&#233;formisme sans r&#233;formes qui nous donne cette responsabilit&#233; ? Du moment qu'on admet que les strat&#233;gies r&#233;formistes m&#232;nent d'une mani&#232;re ou d'une autre &#224; l'impasse, on est forc&#233; de reconna&#238;tre que c'est plut&#244;t l&#224; une t&#226;che historique des r&#233;volutionnaires, qui n'est pas li&#233;e &#224; une p&#233;riode sp&#233;cifique. D&#232;s lors appara&#238;t le c&#244;t&#233; n&#233;gatif de cette analyse : si c'est la p&#233;riode pr&#233;cise de dissolution du r&#233;formisme classique qui nous donne ces t&#226;ches, alors cela veut dire que sa r&#233;apparition (sous la forme du Front de Gauche par exemple) les retirerait de l'ordre du jour ? La tentation serait forte alors de se retirer dans un genre de tour d'ivoire o&#249; attendre des jours meilleurs, ou bien de concentrer nos feux sur ces nouvelles formations pour chercher &#224; les d&#233;truire tant qu'il en est temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les marxistes r&#233;volutionnaires ont d&#233;velopp&#233; une autre strat&#233;gie pour &#224; la fois s'appuyer sur tout ce qui est positif dans les organisations r&#233;formistes et lutter contre leurs limites : la strat&#233;gie du front unique. Elle a &#233;t&#233; r&#233;sum&#233;e par Trotsky par la formule &#171; &lt;i&gt;Avec les masses &#8211; toujours ; avec les dirigeants vacillants &#8211; parfois, mais seulement aussi longtemps qu'ils sont &#224; la t&#234;te des masses &lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;4. L. Trotsky, Writings on Britain, vol 2 (Londres, 1974), p. 191. Sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. C'est en luttant ensemble avec les travailleurs qui continuent d'accepter certains aspects de la soci&#233;t&#233; capitaliste que nous pouvons les convaincre de les remettre en cause. Il nous faut constamment veiller &#224; ne pas laisser Thibault, M&#233;lenchon, Buffet ou Aubry capter notre attention, mais toujours voir les millions de travailleurs qui les suivent, m&#234;me temporairement, pour lutter pour leurs droits et pour l'am&#233;lioration de leurs conditions de vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir par exemple Tim Mason, &lt;i&gt;La classe ouvri&#232;re sous le troisi&#232;me reich&lt;/i&gt;, notamment sur les r&#233;actions au d&#233;cret du 4 septembre 1939. &lt;a href=&#034;http://www.mondialisme.org/spip.php?article1003&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.mondialisme.org/spip.php?article1003&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est &#233;videmment particuli&#232;rement vrai tant que les partis r&#233;formistes ne se sont pas empar&#233;s du pouvoir d'&#233;tat. Mais m&#234;me alors, m&#234;me dans des cas aussi extr&#234;mes que la r&#233;volution allemande de 1918-1923, alors que le parti social-d&#233;mocrate SPD l&#226;chait les corps militaires r&#233;actionnaires sur les travailleurs gr&#233;vistes et r&#233;volutionnaires, il se trouvait lui aussi menac&#233; par ces m&#234;mes corps, et contraints de recourir &#224; la force de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pour &#233;chapper &#224; ses coups (1920, &#171; Putsch de Kapp &#187;). Le r&#233;sultat fut d'ailleurs une migration en masse de ses militants vers les partis &#224; sa gauche. &#224; moins de changer de nature et de devenir lui-m&#234;me classe dominante (comme dans les pays d'Europe de l'Est apr&#232;s 1945), le parti r&#233;formiste ne peut donc pas exercer le m&#234;me niveau de contrainte qu'un parti fasciste, ou m&#234;me bourgeois classique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fran&#231;ois Sabado, &lt;i&gt;Pour un Nouveau Parti Anticapitaliste&lt;/i&gt;, &lt;a href=&#034;http://www.mouvements.info/Pour-un-Nouveau-Parti.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://www.mouvements.info/Pour-un-Nouveau-Parti.html&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;4. L. Trotsky, &lt;i&gt;Writings on Britain, vol 2&lt;/i&gt; (Londres, 1974), p. 191. Sur le front unique, voir Nicolas Verdon, dans &lt;i&gt;Que faire ?&lt;/i&gt;, premi&#232;re s&#233;rie, n&#176; 6, &lt;a href=&#034;http://quefaire.lautre.net/que-faire/que-faire-lcr-no06-septembre/article/front-unique-et-regroupement&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://quefaire.lautre.net/que-faire/que-faire-lcr-no06-septembre/article/front-unique-et-regroupement&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Pourquoi se souvenir de 68 ?</title>
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		<dc:creator>Daniel Bensa&#239;d</dc:creator>


		<dc:subject>PCF</dc:subject>

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&lt;p&gt;Intellectuel militant, parmi les fondateurs de la Jeunesse Communiste R&#233;volutionnaire (1966), puis de la Ligue Communiste (1969) devenue Ligue Communiste R&#233;volutionnaire en 1973, Daniel Bensa&#239;d (1946-2010) a &#233;t&#233; un passeur pr&#233;cieux de la m&#233;moire collective de l'extr&#234;me-gauche fran&#231;aise. Professeur de philosophie &#224; l'universit&#233; de Paris VIII, il a oeuvr&#233;, &#224; contre-courant durant les ann&#233;es 1980, &#224; d&#233;fendre un marxisme vivant, nourri des luttes sociales. R&#233;cemment, inspir&#233; par les vagues de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/que-faire-no03-mars-avril-2010" rel="directory"&gt;Que Faire ? - n&#176;03 - Mars/Avril 2010&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/PCF" rel="tag"&gt;PCF&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L101xH150/arton194-b9e44.jpg?1793542158' class='spip_logo spip_logo_right' width='101' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Intellectuel militant, parmi les fondateurs de la Jeunesse Communiste R&#233;volutionnaire (1966), puis de la Ligue Communiste (1969) devenue Ligue Communiste R&#233;volutionnaire en 1973, Daniel Bensa&#239;d (1946-2010) a &#233;t&#233; un passeur pr&#233;cieux de la m&#233;moire collective de l'extr&#234;me-gauche fran&#231;aise. Professeur de philosophie &#224; l'universit&#233; de Paris VIII, il a oeuvr&#233;, &#224; contre-courant durant les ann&#233;es 1980, &#224; d&#233;fendre un marxisme vivant, nourri des luttes sociales. R&#233;cemment, inspir&#233; par les vagues de luttes en France, il avait &#233;t&#233; moteur pour reconstruire une gauche radicale ouverte. Nous avons &#233;t&#233; tr&#232;s nombreux &#224; &#234;tre inspir&#233;s par lui au cours du processus de cr&#233;ation du Nouveau Parti Anticapitaliste. Dans cette intervention publique, Bensa&#239;d revient sur sa propre exp&#233;rience des mouvements de 1968, avec le souci de lui donner sens pour les g&#233;n&#233;rations militantes actuelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous sommes rentr&#233;s dans le printemps des c&#233;l&#233;brations, des comm&#233;morations et, si l'on regarde ce qui est la tonalit&#233; dominante de la part des v&#233;t&#233;rans fourbus de 68, c'est de r&#233;p&#233;ter &#171; &lt;i&gt;68 c'est fini&lt;/i&gt; &#187;. Bien s&#251;r, 68 c'est fini et depuis longtemps. Mais le probl&#232;me en histoire c'est que le dernier mot n'est jamais dit, il y a toujours une suite. Insister sur le fait que 68 est fini, c'est la manifestation d'une crainte que &#231;a puisse recommencer. C'est une mani&#232;re de conjurer le souvenir et le spectre de 68. Le vrai probl&#232;me est de savoir pourquoi on parle encore de cette vieillerie qui a plus de 40 ans, c'est &#224; dire qui est beaucoup plus loin dans le pass&#233; pour vous que ne l'&#233;tait pour nous le Front Populaire ou la lib&#233;ration et la r&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des dynamiques d&#233;ploy&#233;es &#224; &#233;chelle mondiale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais d'abord insister sur les raisons pour lesquelles c'est un &#233;v&#233;nement qui nous parle et en m&#234;me temps mesurer la distance et la diff&#233;rence qui nous en s&#233;pare. D'abord si on parle de 68 on ne peut pas rester braqu&#233;s dans le petit univers de l'hexagone fran&#231;ais. Si 68 a un &#233;cho, c'est que 68 pr&#233;cis&#233;ment est un &#233;v&#233;nement international. On &#233;tait dans une s&#233;quence, les ann&#233;es soixante et le d&#233;but des ann&#233;es soixante-dix, o&#249; beaucoup de gens voulaient changer le monde, d'abord parmi les peuples qui avaient &#233;t&#233; domin&#233;s, &#233;cras&#233;s, m&#233;pris&#233;s pendant la colonisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On &#233;tait dans la grande vague des luttes d'ind&#233;pendance et de lib&#233;ration : l'Alg&#233;rie, Cuba, l'Indochine... En f&#233;vrier 68 ce qu'on a appel&#233; l'offensive du T&#234;t a failli renverser l'occupation am&#233;ricaine et le r&#233;gime fantoche de Saigon. Il a fallu sept ans de plus pour qu'il tombe pour de bon. 68 c'&#233;tait un an apr&#232;s le coup d'arr&#234;t &#224; la r&#233;volution culturelle en Chine et la commune de Shanghai, quelques mois apr&#232;s l'assassinat de Guevara en Bolivie et c'&#233;tait l'ann&#233;e o&#249; &#231;a bougeait aussi &#224; l'est, o&#249; il y avait des mouvements &#233;tudiants en Pologne. Et surtout, c'&#233;tait le printemps de Prague qui avait commenc&#233; au d&#233;but de l'ann&#233;e 68. Enfin en Europe occidentale, apr&#232;s des ann&#233;es cinquante qui avaient &#233;t&#233; des ann&#233;es de creux du point de vue du mouvement et des luttes ouvri&#232;res, on voyait une renaissance se d&#233;velopper &#224; partir des gr&#232;ves belges de 61, de la gr&#232;ve des mineurs en France de 63 et surtout en 66-67 une jeune classe ouvri&#232;re souvent d'origine rurale qui commen&#231;ait &#224; faire valoir ses droits avec de v&#233;ritables gr&#232;ves et &#233;meutes pratiquement urbaines &#224; Besan&#231;on, &#224; Caen, au Mans, &#224; Redon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris ces trois exemples, les luttes de lib&#233;ration nationale, les luttes en Europe de l'est, la reprise des gr&#232;ves ouvri&#232;res en Europe occidentale pour dire que sur trois fronts, pratiquement dans le monde entier, quelque chose bougeait et quelque chose qui se trouvait des points communs. On manifestait pour le Vietnam, pour la Pologne et on consid&#233;rait que les &#233;tudiants de Berlin, les &#233;tudiants de Prague ou les &#233;tudiants de Mexico, c'&#233;tait finalement nos compagnons, nos camarades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me trait caract&#233;ristique a &#233;t&#233; un soul&#232;vement plan&#233;taire de la jeunesse, qui allait depuis le grand mouvement &#233;tudiant de Mexico de l'&#233;t&#233; 68, des luttes de toute l'ann&#233;e 68-69 au Br&#233;sil, mais &#233;galement au Pakistan et dans certains pays d'Asie. Ce soul&#232;vement de la jeunesse traduisait un changement radical, m&#234;me dans les pays issus de la colonisation, de la fonction des universit&#233;s, du besoin d'&#233;largir le public promis &#224; une certaine qualification pour un travail intellectuel, le d&#233;veloppement des services. Ce n'&#233;tait pas encore les 50 &#224; 60% de bacheliers, mais c'&#233;tait d&#233;j&#224; un &#233;largissement avec l'arriv&#233;e &#224; l'universit&#233;, et c'&#233;tait notre cas, d'&#233;tudiants d'origine plus modeste. Les universit&#233;s n'&#233;taient plus seulement des universit&#233;s d'&#233;lites. Il y avait des revendications sur la mixit&#233; de la cit&#233; universitaire, il y avait d&#233;j&#224; des revendications contre les r&#233;formes universitaires qui nous &#233;taient impos&#233;es, et il y avait aussi une tr&#232;s forte critique des cours et surtout l'id&#233;e, en sciences humaines, de ne pas devenir les chiens de garde de la paix sociale. Un des &#233;l&#233;ments cl&#233;, qui a pr&#233;par&#233; l'explosion &#224; Nanterre, c'&#233;tait la critique des cours, le refus d'&#234;tre les pacificateurs de l'ordre bourgeois et de la soci&#233;t&#233; de consommation qui commen&#231;ait &#224; se dessiner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me &#233;l&#233;ment qu'il faut comprendre sur 1968, c'est &#233;videmment la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale la plus longue et la plus massive de l'histoire. &#199;a ne va pas vous dire grand chose mais on a chiffr&#233; le nombre de journ&#233;es de gr&#232;ve en France en 68 &#224; 150 millions, c'est quelque chose d'in&#233;gal&#233;. On nous demande parfois si ce n'&#233;tait pas le dernier soubresaut du mouvement ouvrier du XIXe et XXe si&#232;cle. En partie pour ce qui est de la sid&#233;rurgie par exemple mais c'&#233;tait surtout l'annonce des gr&#232;ves du XXe si&#232;cle, dans les services, &#224; l'ORTF, m&#234;me dans certaines &#233;quipes de foot ! C'est effectivement une gr&#232;ve charni&#232;re entre deux types de mouvement sociaux, il y a la culture de l'ancien mais qui pose d&#233;j&#224; les jalons de ce qui allait commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, c'est ce sur quoi on insiste le plus dans les c&#233;l&#233;brations officielles, c'est le c&#244;t&#233; culturel, la r&#233;volution sexuelle, musicale, qui traduisait une aspiration de l'individu &#224; exister, aspirant &#224; davantage de libert&#233;s dans sa vie amoureuse. Mais &#224; l'&#233;poque, cette explosion d'aspiration ne s'opposait pas aux solidarit&#233;s. Je dirais que c'&#233;tait l'av&#232;nement et la naissance de l'individu solidaire et non pas d'un individu solitaire, m&#233;fiant ou &#233;go&#239;ste que promet aujourd'hui l'individualisme concurrentiel et lib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_67 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lcr.quefaire.lautre.net/IMG/jpg/mai_68_mai_2008.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH748/mai_68_mai_2008-496af.jpg?1296303456' width='500' height='748' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La signification de l'exp&#233;rience fran&#231;aise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Alors la question qui vient est quel a &#233;t&#233; le moment et la possibilit&#233; de 68 ? Est-ce que c'&#233;tait une r&#233;volution ? Est-ce que tout, comme nous l'avons dit, &#233;tait possible ? Tout, peut-&#234;tre pas. Si on compare nos m&#233;moires collectives, on se souvient des acquis du Front Populaire &#8211; les cong&#233;s pay&#233;s &#8211; de la lib&#233;ration &#8211; la s&#233;curit&#233; sociale &#8211; etc. Et 1968, la plus grosse gr&#232;ve, &#231;a a donn&#233; quoi ? Pas rien, on a eu des augmentations jusqu'&#224; 30 voire 50% dans certains endroits, il y a eu des droits syndicaux de la section syndicale d'entreprise, mais rien d'aussi fort symboliquement, rien d'aussi marquant pour la m&#233;moire collective que l'avaient &#233;t&#233; les gains de 1936 ou de 1945. Autrement dit, c'est vrai que dans une p&#233;riode qui &#233;tait une longue p&#233;riode de croissance, il y avait un c&#244;t&#233; &#171; rattraper le retard &#187;, mieux partager ce qu'ils appelaient, les dirigeants, les fruits de la croissance. &#199;a explique qu'avec un r&#233;sultat modeste, par rapport &#224; ce qui aurait &#233;t&#233; possible, finalement le retour au travail, organis&#233; principalement &#224; l'&#233;poque par le Parti communiste et la CGT, s'est fait sans trop de casse et sans trop de rupture. Il n'y a eu qu'un dirigeant CGT d&#233;missionnaire, un dirigeant du comit&#233; central du PC d&#233;missionnaire, mais il n'y a m&#234;me pas eu par exemple de ruptures significatives, comparables &#224; ce qui s'&#233;tait pass&#233; en 1947, apr&#232;s les gr&#232;ves de Renault Billancourt. Donc peu de fractures parce que finalement ce rattrapage avait eu lieu. Maintenant on peut comprendre que c'&#233;tait une aspiration largement partag&#233;e. Alors tout n'&#233;tait peut-&#234;tre pas possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Waldeck Rochet, qui &#233;tait &#224; l'&#233;poque le dirigeant du Parti communiste, disait que le choix c'&#233;tait soit faire aboutir &#224; des revendications modestes mais importantes, soit l'insurrection et la guerre civile. Il ne s'agissait pas de &#231;a, mais il y a eu une p&#233;riode de crise, une p&#233;riode de trois jours. Et &#231;a ce n'est pas que de l'histoire, c'est important d'y r&#233;fl&#233;chir pour l'avenir. Une p&#233;riode de trois jours o&#249; effectivement ceux d'en haut ont paniqu&#233;. Quand De Gaulle a disparu &#224; Baden Baden, il y a eu un moment de vide. Et celui qui l'a compris c'&#233;tait un politicien bourgeois de l'&#233;poque. C'&#233;tait Fran&#231;ois Mitterrand. Il ne faut pas laisser le vide et il a propos&#233; un &#171; &lt;i&gt;gouvernement populaire sans n&#233;gociations ni dosages&lt;/i&gt; &#187;. Mitterrand n'&#233;tait pas le secr&#233;taire du PS. Il pr&#233;sidait un petit groupe, je dirais de centre gauche, qui n'avait pas de base sociale, un groupuscule d'une certaine mani&#232;re, mais il avait &#233;t&#233; institu&#233; en 1965 par l'&#233;lection pr&#233;sidentielle comme l'incarnation de la gauche, ce qui lui donnait un r&#244;le disproportionn&#233;, d&#233;mesur&#233;, sans troupes, et il a servi d'alibi &#224; la passivit&#233; du PC. Le gouvernement populaire &#171; &lt;i&gt;sans dosages ni n&#233;gociations&lt;/i&gt; &#187;, &#231;a voulait dire qu'il mettrait, et il le dit explicitement, un ou deux ministres communistes. Non seulement &#231;a n'effrayera personne mais &#231;a sera plut&#244;t rassurant car ce sont des gens qui ont le sens de l'ordre. Il annon&#231;ait le programme qu'il accomplirait treize ans plus tard quand il arriva au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors tout n'&#233;tait pas possible. Mais par exemple Daniel Cohn Bendit dit que l'erreur de 68 avait &#233;t&#233; de penser qu'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale aurait pu &#234;tre suivie d'une prise de pouvoir. Pour lui, le v&#233;ritable acquis de 68, ce sont les n&#233;gociations de Grenelle. Celles-l&#224; m&#234;mes qui ont &#233;t&#233; rejet&#233;es massivement par les travailleurs &#224; l'assembl&#233;e de Renault, vous verrez &#231;a dans les films documentaires : comment Segui, secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT, se fait huer par une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale d'ouvriers &#224; Renault. &#199;a c'&#233;tait un &#233;v&#233;nement effectivement. Alors le Grenelle, qui pour nous &#224; l'&#233;poque, y compris Cohn Bendit, &#233;tait exactement ce qui allait casser la gr&#232;ve, devient aujourd'hui le mod&#232;le des acquis de 68. En revanche c'&#233;tait une erreur juv&#233;nile de penser qu'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale pouvait &#234;tre suivie d'une prise de pouvoir. Une prise de pouvoir peut &#234;tre pas mais ce qui &#233;tait vraiment possible c'&#233;tait de renverser le pouvoir gaulliste par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_68 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lcr.quefaire.lautre.net/IMG/jpg/briardounnet.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH309/briardounnet-a41b6.jpg?1793542159' width='500' height='309' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#244;le des r&#233;volutionnaires en 1968&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;tions &#224; l'&#233;poque un vrai groupuscule, et il n'&#233;tait pas question d'installer les soviets partout, les quelques cas d'auto-organisation, de conseils de coordination, &#224; Nantes, &#224; Ch&#226;telet, on en a d'autant plus parl&#233; qu'ils &#233;taient exceptionnels. C'&#233;tait pas la g&#233;n&#233;ralit&#233;, dans la plupart des cas les directions syndicales ont parfaitement gard&#233; le contr&#244;le de la situation, il y eut peu d'assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales, il y eut peu de d&#233;l&#233;gu&#233;s utiles ; en gros les appareils ont fonctionn&#233;. En revanche &#224; ce moment-l&#224;, o&#249; le pouvoir vacillait, renverser le pouvoir gaulliste par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, m&#234;me s'il en &#233;tait sorti un gouvernement Mitterrand ou Mend&#232;s France, &#231;a changeait beaucoup de choses pour la suite, non seulement pour ce qui s'en serait suivi en France mais y compris pour la dynamique des luttes de la d&#233;cade des ann&#233;es soixante-dix en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or c'est &#231;a pour nous qui est important, c'est de dire qu'il y a eu trois jours, et c'est pr&#233;cis&#233;ment ce qui se pr&#233;sente dans l'histoire, des moments rares, exceptionnels o&#249; il faut savoir se d&#233;cider o&#249; il faut savoir oser. Bien s&#251;r on n'est jamais s&#251;r de gagner, &#231;a serait trop simple si l'histoire &#233;tait &#233;crite d'avance, mais il y a des moments o&#249; le rapport de force permet d'oser. Par ailleurs m&#234;me les fameuses barricades dont on va parler maintenant avec lyrisme, celles du 10 mai 68, franchement je sais pas si, avec ce qu'on a appris depuis, on les aurait faites. D'ailleurs personne n'en avait d&#233;cid&#233;, tout d'un coup on l'a entendu voil&#224; on construit des barricades, personne n'a d&#233;cid&#233; la prise de la Bastille en 1789, personne n'a d&#233;cid&#233; de monter des barricades. Dans un mouvement, &#224; un moment donn&#233; &#231;a surgit, la responsabilit&#233; c'est ce qu'on fait par rapport &#224; &#231;a. Est-ce qu'on va se coucher comme ont fait certains ? Ou est-ce qu'on se dit que quelque chose est en train de se passer, que personne ne contr&#244;le, mais qui va cr&#233;er un &#233;v&#233;nement, qui va changer quelque chose du rapport de force, et prendre ses responsabilit&#233;s dans ces situations-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_69 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L345xH519/retour_morale-6858f.jpg?1296303456' width='345' height='519' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les avanc&#233;es de 1968 : qu'en reste t-il ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque on marchait main dans la main avec les anarchistes &#224; Nanterre, mais il est dit dans ce texte du Nouvel observateur que c'est culturellement qu'on a gagn&#233;. Nom de Dieu ! Quand on est en 2008, avec la soci&#233;t&#233; dans laquelle on vit, de dire cela ! Mais qui a gagn&#233; ? Qui sont les gagnants et les perdants de cette histoire de quarante ann&#233;es ? Et culturellement on a gagn&#233;, mais socialement a-t-on gagn&#233;, avec 3 millions de ch&#244;meurs aujourd'hui, 7 millions de travailleurs pauvres dans ce pays, avec les Restos du c&#339;ur qui font chaque ann&#233;e plus de repas que l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente ? C'est vraiment un sentiment de satisfaction d'une toute petite couche qui sont les b&#233;n&#233;ficiaires et les gagnants de 68. Ce qui nous int&#233;resse nous c'est ceux qui ont perdu pendant ces quarante ann&#233;es-l&#224;. Donc qu'est-ce qui a chang&#233; depuis, en France ? Il y avait hier &#224; la t&#233;l&#233;vision un petit sujet sur Henin Baumont, o&#249; des salari&#233;s d'une entreprise &#224; qui on propose ou le licenciement ou d'aller travailler au Br&#233;sil pour 200 euros par mois. On leur demande donc maintenant de s'exporter, on d&#233;localise les travailleurs pour leur imposer les conditions d'exploitation des travailleurs br&#233;siliens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas par hasard, m&#234;me s'il faut prendre les sondages avec des pincettes, que pour la premi&#232;re fois, plus de 50% de la population de ce pays d&#233;clare que les g&#233;n&#233;rations futures vivront plus mal que les g&#233;n&#233;rations pass&#233;es. En plus, 50% des sond&#233;s disent qu'ils n'excluent pas de pouvoir se retrouver un jour ou l'autre dans une situation de SDF. Le mouvement &#233;tudiant de 68, c'&#233;tait contre une soci&#233;t&#233; moraliste. Ce n'est pas le contexte du CPE. Le lien entre les &#233;tudiants et les salari&#233;s, c'est la lutte commune contre la pr&#233;carit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Et les choses vont pas mieux non plus dans le monde, on sait tr&#232;s bien ce que sont les fl&#233;aux des ann&#233;es &#224; venir : la flamb&#233;e des prix des mati&#232;res premi&#232;res, les crises alimentaires en &#201;gypte, au Mali, au S&#233;n&#233;gal. Un quart de l'humanit&#233; est ou va &#234;tre priv&#233; d'eau potable, ce qui a des cons&#233;quences sur l'hygi&#232;ne, sur l'alimentation, sur la sant&#233;. Mike Davis, a publi&#233; &lt;i&gt;Le pire des mondes possibles&lt;/i&gt;, sur le ph&#233;nom&#232;ne des bidonvilles sur la plan&#232;te. Il pr&#233;voit que d'ici trente ans, 1,8 &#224; 2 milliard d'individus, entre un quart et un tiers de la population mondiale vivront dans des bidonvilles. Ils ont d&#233;clar&#233; la guerre aux pauvres, pas seulement la guerre en Irak, mais &#233;galement le d&#233;mant&#232;lement m&#233;thodique de tout ce qui avait pu &#234;tre gagn&#233; en termes de protection, de droits sociaux, de code du travail, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_70 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://lcr.quefaire.lautre.net/IMG/jpg/flics.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH659/flics-42055.jpg?1793542159' width='500' height='659' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;1968 : une m&#233;moire contradictoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte-l&#224;, une des raisons pour lesquelles tout d'un coup on s'est r&#233;veill&#233; sur 68, c'est Sarkozy appelant &#224; liquider 68. Il s'agit d'un exercice d'exorcisme, il faut trouver un bouc &#233;missaire. Apr&#232;s la d&#233;faite de 1940, le P&#233;tainisme a fait du Front Populaire le bouc &#233;missaire de la d&#233;faite, parce que la gauche n'avait pas pr&#233;par&#233; la guerre etc. Et l&#224; on a chez Sarkozy un discours de type versaillais, de revanche. Pour Sarkozy c'&#233;tait dire &#224; son &#233;lectorat que s'il y a des probl&#232;mes, le p&#233;ch&#233; originel c'est 68. Or il a rat&#233; son coup. Dans un sondage r&#233;cent du CSA dans le &lt;i&gt;Nouvel observateur&lt;/i&gt;, 75% des personnes interrog&#233;es pensent que 68 a &#233;t&#233; positif. Certains pensent que &#231;a a apport&#233; le droit &#224; l'avortement, m&#234;me si on aurait pu l'obtenir sans une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, comme &#231;a s'est pass&#233; aux &#201;tats-Unis, en Su&#232;de et dans bien d'autres pays. Mais il y a aussi les travailleurs dont les acquis de l'&#233;poque leur ont &#233;t&#233; retir&#233;s depuis. Et deuxi&#232;me question pos&#233;e dans le sondage : de quel c&#244;t&#233; auriez- vous &#233;t&#233; en 68 ? 77% r&#233;pondent du c&#244;t&#233; des &#233;tudiants et des gr&#233;vistes. Y compris dans des milieux ruraux, dans les petits commerces, etc. Je ne dis pas que &#231;a pr&#233;pare un nouveau 68, de toutes fa&#231;ons les choses ne se passent jamais comme on l'a imagin&#233;, et puis l'histoire ne se r&#233;p&#232;te pas tout &#224; fait ou alors elle se r&#233;p&#232;te en farce, nous on veut inventer une histoire nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut imaginer le bouleversement que signifie dans le monde, la disparition en quinze ans, de ce que l'on appelait &#224; l'&#233;poque le camp socialiste. On pouvait critiquer l'Union sovi&#233;tique, soutenir Cuba, etc. Mais on avait le sentiment qu'il y avait un camp socialiste. Finalement avec ses d&#233;fauts, &#231;a permettait des alliances et les pays issus de la d&#233;colonisation, pouvaient, en s'appuyant sur la concurrence entre l'Union sovi&#233;tique et les &#201;tats-Unis, y trouver un espace propre. Ca ne veut pas dire que c'&#233;tait mieux, mais il faut imaginer qu'&#224; l'&#233;poque, la CGT (qui a aujourd'hui, et avec les retrait&#233;s peut &#234;tre 700 000 ou 800 000 adh&#233;rents) envisageait de regrouper 3 millions d'adh&#233;rents. C'&#233;tait l'objectif. Le Parti communiste &#233;tait &#224; 20 ou 25% dans les &#233;lections ; pour aller diffuser un tract &#224; la porte des usines Renault ou dans une manif du 1er mai, il fallait se battre physiquement. Aujourd'hui &#231;a n'existe plus, et &#231;a n'a pas &#233;t&#233; remplac&#233;. Donc il y a un c&#244;t&#233; positif, on n'a pas &#224; affronter cette muraille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on a d&#233;barqu&#233; en manifestation, je crois que c'&#233;tait le 17 mai, de la Sorbonne &#224; pied, devant Renault Billancourt, on croyait fraterniser avec les ouvriers, mais la m&#233;fiance &#224; laquelle on pouvait se heurter &#233;tait r&#233;elle. Cette barri&#232;re-l&#224; elle n'existe plus, mais en revanche il existe beaucoup de ruines &#224; partir desquelles il faut reconstruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors par rapport &#224; &#231;a, &#224; l'&#233;poque on a os&#233;. Je crois que c'&#233;tait un pari improbable, la majorit&#233; des camarades qui ont cr&#233;&#233; la Ligue communiste r&#233;volutionnaire ont &#233;t&#233; exclus du Parti communiste ou des jeunesses communistes en 1965-66. On &#233;tait, au d&#233;but des &#171; &lt;i&gt;&#233;v&#233;nements&lt;/i&gt; &#187; , pas plus de trois cents. On a jou&#233; un r&#244;le, petit mais disproportionn&#233; justement par rapport &#224; notre nombre et notre r&#233;alit&#233;, mais disons qu'on a os&#233;. On nous disait qu'en dehors du Parti communiste il n'y a pas de salut, et pourtant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_71 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L345xH647/poing_leve-ab4aa.jpg?1296303457' width='345' height='647' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une nouvelle vague d'espoir : transformer l'essai&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Depuis, les vraies ann&#233;es difficiles, pour moi c'&#233;tait les ann&#233;es 1980. Depuis 95, avec l'apparition du mouvement zapatiste au Mexique, les forums sociaux, les gr&#232;ves de 95, le CPE, les gr&#232;ves de 2003, il y a quelque chose qui s'est remis en marche. Et maintenant il faut oser, et ce n'est pas un pari fou de dire qu'il faut un nouveau parti. C'est quelque chose d'urgent car Sarkozy veut mettre la France aux normes du lib&#233;ralisme europ&#233;en et mondial. Malgr&#233; tout, ce pays a encore r&#233;sist&#233; plus que tout autre aux reformes lib&#233;rales, parce qu'il y a eu les luttes de 95, de 2003, le &#171; non &#187; au r&#233;f&#233;rendum, parce qu'il y a eu le CPE. Mais aujourd'hui on nous dit qu'il faut aligner la gauche fran&#231;aise, en tout cas son parti majoritaire le parti socialiste, sur le Labour de Tony Blair en Angleterre, sur le nouveau centre en Allemagne, ou sur le nouveau Parti d&#233;mocrate italien. Et &#231;a c'est un d&#233;fi pour nous et pour vous parce que c'est l'avenir qui se joue l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je dis que maintenant il faut oser, c'est que la continuit&#233; d'une organisation minoritaire comme la n&#244;tre, &#231;a a &#233;t&#233; rare. Mais il faut franchir un palier, parce qu'avoir r&#233;sist&#233; comme &#231;a c'est bien, mais &#231;a rend fou aussi parfois : toutes les minorit&#233;s produisent aussi leurs pathologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a la possibilit&#233; et le devoir de franchir ce pas-l&#224;, on a gagn&#233; le droit de recommencer. Toujours dans le &lt;i&gt;Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, il y a un article tr&#232;s &#233;mouvant sur les &#233;lections municipales &#224; Quimperl&#233;, c'est exactement ce qu'on veut construire. Une personne en 2006, membre de la LCR, victime des licenciements de Nestl&#233;, s'est reconnue dans ce que nous faisons et a mont&#233; une liste aux municipales en deux ans qui fait 15% des votes et est maintenue au deuxi&#232;me tour. Le PS a perdu la municipalit&#233;, mais je crois qu'il faut assumer ce d&#233;fi et refuser les tractations avec un PS qui a m&#233;pris&#233; les gens qui se sont r&#233;volt&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_72 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L500xH336/otan-1be0e.jpg?1793542159' width='500' height='336' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est le d&#233;but d'un chemin qu'on va tracer avec la patience qu'il faut, pas la routine. L'histoire que nous avons port&#233;e, nous pourrons la transmettre. Et si jamais on n'y arrivait pas, ou que partiellement, au moins on se sera &#233;pargn&#233; la honte de ne m&#234;me pas avoir essay&#233;. Moi je suis plut&#244;t convaincu, vu le creux qu'on vient de passer, vu ce qui se pr&#233;pare et vu la g&#233;n&#233;ration qui vient, qu'aujourd'hui la transition se fait. Et il y a toutes chances qu'on arrive, peut-&#234;tre pas la r&#233;volution tout de suite mais en tout cas &#224; reconstruire un mouvement de r&#233;sistance, transformer les rebelles d'aujourd'hui en r&#233;volution- naires et on le fera ensemble.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le NPA est-il un article d'exportation ?</title>
		<link>https://lcr.quefaire.lautre.net/Le-NPA-est-il-un-article-d</link>
		<guid isPermaLink="true">https://lcr.quefaire.lautre.net/Le-NPA-est-il-un-article-d</guid>
		<dc:date>2009-10-18T18:56:42Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antoine Brand</dc:creator>


		<dc:subject>NPA</dc:subject>
		<dc:subject>Regroupement</dc:subject>
		<dc:subject>PCF</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lanc&#233;e sans partenaire constitu&#233;, port&#233;e de fa&#231;on volontariste et jouissant d'un certain succ&#232;s, la constitution du Nouveau parti anticapitaliste apporte un &#233;l&#233;ment nouveau dans le paysage changeant de la gauche anticapitaliste europ&#233;enne. D'autres formations connaissent ou ont connu des crises &#224; des niveaux plus ou moins graves. Le Parti de la Refondation Communiste, en Italie, s'est ralli&#233; &#224; un gouvernement social-lib&#233;ral et a connu une &#233;volution r&#233;formiste marqu&#233;e. Le Scottish Socialist (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no09-aout-octobre" rel="directory"&gt;Que Faire ? - LCR - n&#176;09 - Ao&#251;t / Octobre 2008&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/NPA" rel="tag"&gt;NPA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Regroupement" rel="tag"&gt;Regroupement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/PCF" rel="tag"&gt;PCF&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lanc&#233;e sans partenaire constitu&#233;, port&#233;e de fa&#231;on volontariste et jouissant d'un certain succ&#232;s, la constitution du Nouveau parti anticapitaliste apporte un &#233;l&#233;ment nouveau dans le paysage changeant de la gauche anticapitaliste europ&#233;enne. D'autres formations connaissent ou ont connu des crises &#224; des niveaux plus ou moins graves. Le Parti de la Refondation Communiste, en Italie, s'est ralli&#233; &#224; un gouvernement social-lib&#233;ral et a connu une &#233;volution r&#233;formiste marqu&#233;e. Le Scottish Socialist Party s'est scind&#233; en deux apr&#232;s avoir sabord&#233; son principal porte-parole. La coalition Respect en Angleterre et aux Pays de Galles s'est bris&#233;e en deux factions rivales apr&#232;s une r&#233;traction de ses effectifs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les modalit&#233;s de cr&#233;ation de ces regroupements, et la difficult&#233; d'intervention des r&#233;volutionnaires en leur sein ne sont pas les m&#234;mes selon le contexte national et les rapports de force et de nombre. Le NPA s'est principalement constitu&#233; autour de la LCR, selon les pr&#233;alables de radicalit&#233; et d'anticapitalisme pos&#233;s par elle. Alors que s'&#233;panouissent les cent fleurs des collectifs d'initiative, les d&#233;limitations qui se dessinent au fil des d&#233;bats s'orientent vers un profil plus ramass&#233;, caract&#233;ris&#233; en particulier par le refus de participer &#224; un gouvernement de collaboration de classe quel qu'il soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle dynamique peut sembler une bouff&#233;e d'oxyg&#232;ne pour les militants r&#233;volutionnaires europ&#233;ens d&#233;moralis&#233;s par les crises qu'ont connues les regroupements dans leurs pays, et c'est fort bien. Mais cela ne doit pas les conduire &#224; l&#226;cher la proie pour l'ombre, consid&#233;rant le NPA comme un mod&#232;le alternatif &#224; des regroupements plus larges, mais plus ambigus, tendant vers le r&#233;formisme et influenc&#233;s par la bureaucratie de leurs composantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part la mani&#232;re dont se construit le NPA se rapporte au contexte fran&#231;ais, d'autre part son profil n'offre pas plus qu'un autre de garanties contre une &#233;ventuelle crise.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des tendances communes, des processus sp&#233;cifiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En France, ce sont d'abord les collectifs pour des candidatures unitaires antilib&#233;rales qui ont tent&#233; de r&#233;pondre &#224; l'aspiration &#224; une alternative politique au social-lib&#233;ralisme. La tentative a &#233;chou&#233; en grande par-lie du fait de la d&#233;pendance des appareils et personnalit&#233;s de la gauche antilib&#233;rale, PCF compris, &#224; leurs alliances avec le PS. Mais elle a r&#233;v&#233;l&#233; des attentes auxquelles la LCR ne pouvait rester sourde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Forts de leurs succ&#232;s &#233;lectoraux et de la popularit&#233; de leur porte-parole, ce sont les r&#233;volutionnaires qui se sont retrouv&#233;s en capacit&#233; de prendre l'initiative d'un regroupement plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au plan europ&#233;en, le parti allemand Die Linke repr&#233;sente probablement la configuration la plus &#233;loign&#233;e du NPA o&#249; interviennent des militants r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte de cr&#233;ation de Die Linke pr&#233;sente des traits diff&#233;rents. L'extr&#234;me-gauche allemande est beaucoup plus faible, divis&#233;e et souvent marqu&#233;e par le poids du stalinisme. L'initiative est venue de cadres interm&#233;diaires des syndicats et d'&#233;l&#233;ments de gauche de la social-d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2003, le gouvernement Schr&#246;der, cens&#233;ment de gauche, mena une politique tr&#232;s dure sous l'intitul&#233; &#171; Agenda 2010 &#187;. Les ch&#244;meurs voient leurs indemnit&#233;s baisser tr&#232;s rapidement et certains se voient contraints d'accepter des emplois pay&#233;s un euro de l'heure, tandis que l'&#226;ge de la retraite est repouss&#233; &#224; 67 ans. Ces attaques s'accompagnent d'une politique manag&#233;riale tr&#232;s agressive dans les entreprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, les directions syndicales ont capitul&#233;. En 2003, le puissant syndicat IG-Metall a sign&#233; pour la premi&#232;re fois de son histoire la fin d'un gr&#232;ve massive sans obtenir la moindre contrepartie. Malgr&#233; cette d&#233;faite, la lutte contre les plans sc&#233;l&#233;rats de Schr&#246;der se poursuivit &#224; la base, avec des syndicalistes, des altermondialistes, des militants organis&#233;s et des individus isol&#233;s dans des manifestations hebdomadaires. Le 3 avril 2004, une manifestation mobilisa 500 000 personnes dans tout le pays. Les luttes sociales s'intensifi&#232;rent, combinant de longues gr&#232;ves d&#233;fensives dans les secteurs en crise et des luttes aux r&#233;sultats rapides dans les branches les plus dynamiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'une nouvelle force &#233;lectorale se r&#233;pandit dans l'ouest du pays, parmi des syndicalistes et des permanents de la m&#233;tallurgie et des services, ainsi que chez des militants ayant rompu avec le SPD. Ce projet prit corps en 2004 sous le nom de WASG, avec pr&#232;s de 6 000 membres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se posa rapidement d'une alliance avec le PDS, h&#233;ritier de l'ancien parti unique de RDA, au profil r&#233;formiste radical mais surtout implant&#233; en ex-Allemagne de l'Est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les adh&#233;rents affluent dans la nouvelle force. En d&#233;pit des allures de machine &#233;lectorale, l'aile gauche port&#233;e par la dynamique de la lutte de classe et par la radicalisation politique y contrebalance l'aile droite qui contr&#244;le l'appareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Die Linke est actuellement le troisi&#232;me parti d'Allemagne avec 70 000 membres et des intentions de vote sup&#233;rieures &#224; 10 %.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Stefan Bornost, Germany's political earthquake, International Socialism n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux dangers p&#232;sent sur l'&#233;volution politique de Die Linke : l'ambigu&#239;t&#233; de ses relations avec le SPD (Die Linke participe &#224; deux gouvernements locaux &#224; Berlin et en Mecklenbourg-Pom&#233;ranie), le poids des appareils et la politique r&#233;formiste de ses trois principales composantes (PDS, sociaux-d&#233;mocrates de gauche regroup&#233;s dans la WASG, permanents syndicaux en opposition avec la direction de la DGB). Mais il est pertinent pour les militants r&#233;volutionnaires allemands de participer &#224; ce regroupement et d'y intervenir politiquement tant il cristallise l'opposition aux politiques lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Die Linke est le principal B&#233;n&#233;ficiaire du m&#233;contentement &#224; rencontre du gouvernement de grande coalition (droite et sociaux-d&#233;mocrates). Seul parti &#224; soutenir la gr&#232;ve des conducteurs de trains, pourtant tr&#232;s populaire, Die Linke a ensuite grandement contribu&#233; &#224; populariser les gr&#232;ves sur le salaire minimum et &#224; mettre le gouvernement sur la d&#233;fensive sur cette question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux fondateurs de Die Linke &#233;tant issus des syndicats, y compris de nombreux permanents, les syndicalistes qui veulent s'affranchir de la ligne sociale-lib&#233;rale du SPD et de la direction de la DGB sont naturellement attir&#233;s par ce parti et en forment les gros bataillons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, Die Linke investit la rue, comme l'a montr&#233; son importante contribution &#224; la manifestation et aux blocages contre le G8 &#224; Rostock en juin 2007.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dirk Sp&#246;ri, Chaque pas en avant du mouvement r&#233;el, Que faire ? n&#176;6, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'inverse, toute intervention en-dehors de Die Linke ne pourrait aujourd'hui &#234;tre que propagandiste, vou&#233;e &#224; l'impuissance et &#224; l'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les r&#233;volutionnaires ne choisissent pas les conditions dans lesquelles ils interviennent, ils peuvent profiter des points d'appui qu'offre un regroupement tel que Die Linke. Ainsi, la convention de Cottbus, qui s'est tenue en mai dernier, a confirm&#233; les orientations du congr&#232;s de fondation de Die Linke, avec trois th&#232;mes principaux : le combat contre la casse des retraites, la revendication d'un salaire minimum et le retrait des troupes allemandes d'Afghanistan. Cependant, l'aile gauche s'est montr&#233;e sur la d&#233;fensive, les candidatures de syndicalistes combatifs &#224; des postes de direction ont recueilli de mauvais scores, et le parti manque globalement d'une orientation de classe. Dans ce contexte, les r&#233;volutionnaires intervenant dans Die Linke militent pour que les int&#233;r&#234;ts des salari&#233;s, retrait&#233;s et ch&#244;meurs restent au centre de la politique de Die Linke, et qu'en retour celle-ci s'ancre davantage dans les luttes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christine Bucho&#239;tz, Die Segel richtig setzen, Marx21, 3 juin 2008.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ils argumentent &#233;galement contre les options r&#233;formistes et keyn&#233;siennes et pour une intervention accrue dans les syndicats. Ce faisant, ils gagnent une audience et des positions dans les milieux o&#249; ils interviennent comme organisateurs, notamment dans les universit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette tactique porte ses fruits en termes d'influence, mais elle doit &#234;tre appliqu&#233;e sans illusion. Les militants organis&#233;s autour de la revue Marx21 anticipent d'ores et d&#233;j&#224; la crise qui pourrait frapper Die Linke &#224; l'&#233;ch&#233;ance des prochaines &#233;lections. Ne pas compter sur la seule influence des luttes sociales dans Die Linke mais organiser un courant r&#233;volutionnaire structur&#233; peut permettre de sortir d'une telle crise avec une influence et une coh&#233;sion renforc&#233;e. Cela signifie mener &#224; la fois le combat sur les id&#233;es et mener une lutte politique dans le parti sur des positions pr&#233;cises. Cela peut s'av&#233;rer d'autant plus n&#233;cessaire lorsque le parti &#233;volue vers la droite et que les opposants, minoritaires, sont tent&#233;s de baisser les bras ou de partir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des regroupements diff&#233;rents, une m&#234;me strat&#233;gie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Die Linke constitue un exemple des regroupements qu'il est possible de constituer en Europe dans la p&#233;riode actuelle. Mais il ne constitue en aucun cas un mod&#232;le qu'il aurait &#233;t&#233; possible d'importer en France, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les regroupements de gauche radicale prennent leurs sources dans des tendances profondes qui sont communes aux pays europ&#233;ens. Mais ils se forment et &#233;voluent dans des conditions qui sont propres &#224; chacun d'entre eux. Il ne peut donc &#234;tre envisag&#233; de processus-types, abstraits, hors-sol, pour la cr&#233;ation de ces regroupements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;volutionnaires d'Europe qui militent dans Die Linke, construisent le NPA ou participent &#224; d'autres regroupements dans d'autres pays appliquent au fond la m&#234;me strat&#233;gie, mais dans des contextes diff&#233;rents. Participer &#224; ces regroupements permet non seulement de lutter pour y donner une direction mais aussi rencontrer, organiser et entra&#238;ner avec soi des gens qui agissent et se radicalisent. Les exp&#233;riences &#233;trang&#232;res montrent la n&#233;cessit&#233; d'un souci constant du lien avec les mouvements de masse et de la lucidit&#233; quant &#224; la pression exerc&#233;e par l'&#233;volution politique et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Etant donn&#233;e la radicalit&#233; initiale du NPA, les id&#233;es r&#233;volutionnaires y ont plus d'audience et le profil sera certainement plus combatif que celui des regroupements plus larges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, la multiplication des d&#233;limitations et des d&#233;clarations programmatiques ne saurait &#234;tre la seule garantie contre des crises, des tensions et des revirements futurs. L'homog&#233;n&#233;it&#233; d'une organisation ne se d&#233;cr&#232;te pas sur le papier mais s'acquiert au fil d'un processus de luttes, de discussions et &#233;galement de diff&#233;renciations et parfois de ruptures. Une exp&#233;rience aussi passionnante ne saurait &#234;tre un long fleuve tranquille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Stefan Bornost, &lt;a href=&#034;http://www.isj.org.uk/index.php4?id=366&amp;issue=116&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Germany's political earthquake&lt;/a&gt;, International Socialism n&#176; 116, septembre 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Dirk Sp&#246;ri, &lt;a href='https://lcr.quefaire.lautre.net/Chaque-pas-en-avant-du-mouvement' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Chaque pas en avant du mouvement r&#233;el&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Que faire ?&lt;/i&gt; n&#176;6, septembre-novembre 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Christine Bucho&#239;tz, &lt;a href=&#034;http://marx21.de/content/view/450/43/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Die Segel richtig setzen&lt;/a&gt;, Marx21, 3 juin 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Un &#233;trange bilan</title>
		<link>https://lcr.quefaire.lautre.net/Un-etrange-bilan</link>
		<guid isPermaLink="true">https://lcr.quefaire.lautre.net/Un-etrange-bilan</guid>
		<dc:date>2009-09-28T15:08:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Daniel Bensa&#239;d, Pierre Rousset</dc:creator>


		<dc:subject>Regroupement</dc:subject>
		<dc:subject>PCF</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;L'article d'Antoine Artous et Stathis Kouv&#233;lakis, publi&#233; dans Viento Sur, est consacr&#233; en fait, pour l'essentiel &#224; expliquer que la politique d&#233;cid&#233;e par la majorit&#233; de la LCR a non seulement g&#226;ch&#233; des potentialit&#233;s importantes, mais est de ce fait responsable de la victoire &#233;crasante de Sarkozy. Il est rare de lire une analyse aussi subjectiviste : comment une petite organisation comme la LCR pourrait-elle transformer un boulevard en ruelle ? Apr&#232;s les &#233;lections l&#233;gislatives, la gauche dans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no06-septembre" rel="directory"&gt;Que Faire ? - LCR - n&#176;06 - Septembre / Novembre 2007&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Regroupement" rel="tag"&gt;Regroupement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/PCF" rel="tag"&gt;PCF&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href='https://lcr.quefaire.lautre.net/France-2007-les-lecons-d-une' class=&#034;spip_in&#034;&gt;L'article d'Antoine Artous et Stathis Kouv&#233;lakis&lt;/a&gt;, publi&#233; dans &lt;i&gt;Viento Sur&lt;/i&gt;, est consacr&#233; en fait, pour l'essentiel &#224; expliquer que la politique d&#233;cid&#233;e par la majorit&#233; de la LCR a non seulement g&#226;ch&#233; des potentialit&#233;s importantes, mais est de ce fait responsable de la victoire &#233;crasante de Sarkozy. Il est rare de lire une analyse aussi subjectiviste : comment une petite organisation comme la LCR pourrait-elle transformer un boulevard en ruelle ? Apr&#232;s les &#233;lections l&#233;gislatives, la gauche dans son ensemble est &#224; un niveau historiquement bas, et une telle d&#233;b&#226;cle doit s'analyser avec autrement plus de s&#233;rieux. La raison pour laquelle nos camarades se sont laiss&#233;s aller &#224; des analyses aussi approximatives est tr&#232;s probablement li&#233;e &#224; ce qu'ils devraient sinon revenir sur la stup&#233;fiante surestimation des potentialit&#233;s apr&#232;s le succ&#232;s du non au r&#233;f&#233;rendum. Nul doute pourtant que, les faits &#233;tant t&#234;tus, un bilan plus lucide finira par s'imposer. Le pr&#233;sent texte a pour seul objectif de raccourcir ce d&#233;lai, et de contribuer &#224; clarifier les choses pour un public &#233;tranger.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est peut-&#234;tre lassant - d'autant qu'il y a bien d'autres urgences et priorit&#233;s - de revenir sur une discussion qui a d&#233;j&#224; fait l'objet d'innombrables textes, discussions, tribunes de presse, sans que les termes du d&#233;bat aient &#233;volu&#233; le moins du monde par la prise en compte du d&#233;roulement m&#234;me et des r&#233;sultats de la campagne&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous renvoyons &#224; ce propos aux multiples d&#233;clarations d'Olivier Besancenot (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais, comme l'article des camarades est appel&#233; &#224; circuler dans les r&#233;seaux du Projet K, il semble utile d'apporter &#224; nouveau quelques pr&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re partie de l'article ne pose pas, avec le peu de recul dont nous disposons, de probl&#232;mes majeurs :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1. &#171; &lt;i&gt;Les r&#233;sultats de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en France marquent un tournant politique majeur&#8230;&lt;/i&gt; &#187; qui &#171; &lt;i&gt;cl&#244;t le cycle politique antilib&#233;ral qui marquait la vie politique et sociale depuis 1994-1995&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet un tournant politique majeur &#224; plusieurs titres :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Nicolas Sarkozy est clairement mandat&#233; par le Medef pour appliquer le programme de &#171; &lt;i&gt;refondation sociale&lt;/i&gt; &#187; exig&#233; par Seilli&#232;res depuis 1999. Ce n'est pas une question proprement nationale, mais une exigence europ&#233;enne incluse dans l'agenda de Lisbonne, confirm&#233;e par le sommet de Barcelone, transcrite en mati&#232;re de politiques de formation et d'&#233;ducation par la r&#233;union de Bologne. Il suffit de lire la presse &#233;conomique pour comprendre que l'objectif d&#233;clar&#233; de la bourgeoisie industrielle et financi&#232;re est d'en finir avec les &#171; &lt;i&gt;rigidit&#233;s sociale&lt;/i&gt; &#187; qui font encore obstacle &#224; la concurrence non fauss&#233;e, notamment en Allemagne et en France. En Allemagne, le probl&#232;me est en passe d'&#234;tre r&#233;solu avec l'Agenda 2010 mis en route par Schr&#246;der et &#233;nergiquement appliqu&#233; par la coalition autour de Merkel. En France, les r&#233;sistances ont jusqu'&#224; pr&#233;sent entrav&#233; ou retard&#233; les r&#233;formes programm&#233;es. Ce n'est pas en raison de l'intransigeance, voire des nostalgies &#171; &lt;i&gt;lutte de classe&lt;/i&gt; &#187;, des dirigeants socialistes, comme le rab&#226;chent les modernisateurs en tous genres, mais du fait des r&#233;sistances sociales r&#233;p&#233;t&#233;es (1995, 1997, 2003, le Non au r&#233;f&#233;rendum, le soul&#232;vement contre le cpe). La nette victoire de Sarkozy ouvre la voie &#224; une acc&#233;l&#233;ration de ces r&#233;formes et &#224; un alignement de la situation fran&#231;aise sur les rapports de forces sociaux europ&#233;ens.&lt;br class='autobr' /&gt; Cette normalisation de la singularit&#233; (plut&#244;t que de &#171; &lt;i&gt;l'exception&lt;/i&gt; &#187; fran&#231;aise) concerne l'avenir de la gauche. Le Parti socialiste n'a plus de r&#233;serves &#233;lectorales ni d'alli&#233; de poids &#224; sa gauche. Une majorit&#233; de ses dirigeants (encourag&#233;s par leurs alli&#233;s europ&#233;ens, comme par une partie significative des m&#233;dias nationaux &#8211; Nouvel Obs, Marianne, Lib&#233;) se pr&#233;pare &#224; tirer pr&#233;texte de la d&#233;faite pour parachever sa mue blairiste et son alignement sur le social-lib&#233;ralisme de centre-gauche &#224; la Prodi. S'il se heurte encore &#224; des contradictions au sein de son prorpe appareil et &#224; des rivalit&#233;s de leadership, le processus semble d&#233;sormais d'autant plus in&#233;luctable que les forces de r&#233;sistance &#224; ce cours interne au PS sont faibles et sans v&#233;ritable projet r&#233;formistes alternatif (qui les obligerait, entre autre, &#224; remettre en cause le cadre actuel de construction de l'Union europ&#233;enne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le r&#233;sultat de l'&#233;lection l&#233;gislative et pr&#233;sidentielle confirme la logique des r&#233;formes institutionnelles (quinquennat et inversion du calendrier) auxquelles a activement collabor&#233; le gouvernement Jospin. Toute la vie politique s'organise plus que jamais autour de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle, avec pour effet le chantage permanent au vote utile, qui escamote le premier tour et la confrontation sur le fond programmatique. Avec &#224; la clef aussi une bipolarisation renforc&#233;e que va illustrer la pr&#233;sence de deux groupes parlementaires seulement (ou deux groupes et demi avec le nouveau centre) &#224; l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Ce qu'il est convenu d'appeler &#171; &lt;i&gt;la gauche antilib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187; (nous reviendrons sur les ambigu&#239;t&#233;s de cette appellation au singulier) voit aussi une page se tourner. Non du seul fait franco-fran&#231;ais de l'&#233;chec du projet de candidature unitaire, mais pour des raisons plus profondes et plus g&#233;n&#233;rales. Qu'il suffise de rappeler que deux des piliers fondateurs du &#171; &lt;i&gt;mouvement alter&lt;/i&gt; &#187; - le PT br&#233;silien et les mouvements qui lui sont organiquement associ&#233;s d'une part, Rifundazione comunista de l'autre &#8211; dirigent aujourd'hui ou participent activement a des gouvernements de centre gauche (dans le meilleur des cas), menant des politiques ouvertement social-lib&#233;rales. Cette &#233;volution en moins de six ans est lourde de cons&#233;quence. Le probl&#232;me ne se r&#233;duit pas &#224; la brutalit&#233; de ces conversions (particuli&#232;rement spectaculaire dans le cas de Refondation communiste). Le peu de r&#233;sistances qu'elles ont rencontr&#233; au sein de ces partis doit retenir l'attention et sur les limites des rh&#233;toriques anti-lib&#233;rales et sur la r&#233;signation profonde qu'elles masquaient en partie. Ajoutons, parmi les sympt&#244;mes de cette inflexion (c'est plus prudent que la &#171; &lt;i&gt; fin du cycle&lt;/i&gt; &#187; act&#233;e par AA et SK), la crise du SSP &#233;cossais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation restant instable, il y a aussi les bonnes nouvelles relatives comme la perc&#233;e du SP hollandais ou du Linkspartei lors des &#233;lections du Land de Br&#234;me. Mais il est bien trop t&#244;t pour en d&#233;duire une tendance g&#233;n&#233;rale, d'autant que l'&#233;mergence de diff&#233;rentes formations, de Respect en Angleterre au Bloc des gauches portugais, en passent par l'ODP de Turquie, traduit une crise g&#233;n&#233;rale de la gauche, chaque cas est marqu&#233; par de fortes sp&#233;cificit&#233;s nationales et l'ensemble du ph&#233;nom&#232;ne reste politiquement fort h&#233;t&#233;rog&#232;ne. S'il existe un &#171; &lt;i&gt;espace&lt;/i&gt; &#187; &#224; la gauche de la gauche traditionnelle, du fait de l'effondrement de la plupart des PC et de la conversion lib&#233;rale de la social-d&#233;mocratie, cet espace reste fragile et instable, soumis &#224; jeu de forces qui le d&#233;passent. Les difficult&#233;s et l'avenir incertain de la gauche anticapitaliste europ&#233;enne que nous nous sommes efforc&#233;s de mettre sur pied le montre bien avec les situations italienne et &#233;cossaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc exact de dire que les conditions sont d&#233;sormais r&#233;unies d'une offensive brutale de la droite sous la forme d'un pr&#233;sidentialisme autoritaire &#224; forte dimension populiste. Pr&#233;cisons toutefois que Sarkozy jouera, comme il l'a fait pendant la campagne, de la segmentation du march&#233; du travail et des contradictions entre les victimes de la politique lib&#233;rale : acc&#232;s s&#233;lectif &#224; la propri&#233;t&#233;, concurrence sur le march&#233; du travail, division entre ceux qui veulent travailler plus en croyant gagner plus et ceux qui r&#233;sistent (les Kronenbourg). Le &#171; &lt;i&gt;dialogue social&lt;/i&gt; &#187; annonc&#233; entend jouer sur ces diff&#233;renciations, et l'on peut imaginer que le gouvernement trouvera certains partenaires syndicaux ou de &#171; la soci&#233;t&#233; civile &#187; pour jouer ce jeu (y compris celui de l'&#233;volution vers un march&#233; de l'&#233;ducation sous pr&#233;texte d'autonomie des universit&#233;s). Souligner ces possibilit&#233;s au lieu de se contenter de brandir l'&#233;pouvantail Sarkozy et de miser sur la peur qu'il inspire est donc important. Une politique r&#233;duite au &#171; &lt;i&gt;Tout sauf Sarkozy&lt;/i&gt; &#187;, qui ferait &#233;cho au &#171; &lt;i&gt;Tout sauf Berlusconi&lt;/i&gt; &#187;, peut servir de bonne conscience minimale provisoire &#224; une gauche en d&#233;sarroi, mais elle ne d&#233;finit pas les &#233;l&#233;ments d'une v&#233;ritable politique de r&#233;sistance et d'alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2. &#171; &lt;i&gt;La rupture est donc importante. Pour autant peut-on dire comme on l'entend souvent, et pas seulement dans les m&#233;dias, que le succ&#232;s de Sarkozy est le simple reflet d'une droitisation de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ?&lt;/i&gt; &#187; Les camarades r&#233;pondent n&#233;gativement &#224; la question qu'ils posent.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien n'&#233;tant simple en ce bas monde, il ne s'agit pas en effet d'un simple reflet. La politique a ses raisons et son efficace propre. Comme le disent AA et SK, Sarkozy ne se contentera pas de traduire une droitisation pr&#233;existante, mais il est &#171; bien plac&#233; pour la faire advenir et l'inscrire durablement dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise &#187;. Autrement dit, des batailles d&#233;cisives seraient encore devant nous. Les camarades citent d'ailleurs le pr&#233;c&#233;dent de Thatcher, dont la victoire &#233;lectorale en 1979 a pr&#233;c&#233;d&#233; la grande d&#233;faite sociale de la gr&#232;ve des mineurs de 1985. Nous sommes d'accord sur un point : la l&#233;gitimit&#233; de Sarkozy est plus fragile que l'arithm&#233;tique &#233;lectorale ne le donne &#224; penser. Bien des probl&#232;mes cruciaux sont irr&#233;solus, et l'instabilit&#233; demeure : budg&#233;tairement son programme est incoh&#233;rent ; les r&#233;sistances sociales sont significatives (comme l'ont montr&#233; les luttes de ces derni&#232;res ann&#233;es y compris pendant la campagne &#233;lectorale) ; la crise europ&#233;enne est loin d'&#234;tre d&#233;nou&#233;e (car elle a des raisons bien plus profondes que le non r&#233;f&#233;rendaire fran&#231;ais ou hollandais) ; enfin, l'avanc&#233;e vers le pr&#233;sidentialisme et le bipartisme reste min&#233;e de contradictions. Il ne s'agit pas en effet d'un pr&#233;sidentialisme &#224; l'Am&#233;ricaine, mais d'une forme originale coul&#233;e dans la tradition bonapartiste fran&#231;aise, o&#249;, comme l'&#233;crivent justement les camarades, le pr&#233;sident entend jouer le r&#244;le d'un &#171; super premier ministre &#187;. A ses risques et p&#233;rils (voir &#224; ce sujet la r&#233;cente tribune de Paul Alli&#232;s dans &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc juste de dire que la victoire de Sarkozy n'est pas la fin de l'histoire, ou le point d'orgue d'une d&#233;faite d&#233;j&#224; consomm&#233;e. Elle n'en a pas moins &#233;t&#233; rendue possible par une accumulation de d&#233;faites au cours des 25 derni&#232;res ann&#233;es, que la victoire du Non au r&#233;f&#233;rendum et la victoire sur le CPE sont bien loin d'effacer ou de contrebalancer. Fran&#231;ois Duval en a bien r&#233;sum&#233; les effets dans sa contribution&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Fran&#231;ois Duval : Quelques remarques post 6 mai 2007.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; : les contre-r&#233;formes lib&#233;rales, l'individualisation des salaires et de la protection sociale, la flexibilit&#233;, le ch&#244;mage de longue dur&#233;e, la destruction m&#233;thodique des solidarit&#233;s, l'installation de la pr&#233;carit&#233; ont bel et bien atomis&#233; partiellement le salariat, affaibli les rapports de forces, &#233;rod&#233; la conscience de classe au profit de la concurrence de tous contre tous (et toutes). Le type de luttes et leurs maigres r&#233;sultats, le tr&#232;s faible niveau d'organisation syndicale (sans pr&#233;c&#233;dent depuis le d&#233;but des ann&#233;es 30), les effectifs et l'activit&#233; des partis en sont autant d'indicateurs qu'on ne saurait prendre &#224; la l&#233;g&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Sarkozy vient donc de loin et ne peut se ramener aux soubresauts d'une campagne. &#201;tait-elle pour autant in&#233;vitable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ! L'espace politique n'&#233;tait pas ferm&#233;. Le succ&#232;s inattendu de Bayrou en t&#233;moigne ! (m&#234;me si ce succ&#232;s fut, in&#233;vitablement, &#233;ph&#233;m&#232;re). La victoire de Sarkozy est le r&#233;sultat d'une bataille qu'il a gagn&#233; &#8212; et que le Parti socialiste a perdu. D&#233;but 2006, la droite &#233;tait profond&#233;ment divis&#233;e, l'&#233;lectorat semblait pr&#234;t &#224; sortir une nouvelle fois les sortants tant le rejet des politiques n&#233;olib&#233;rales &#233;tait (et d'ailleurs reste) profond, le PS croyait sa victoire acquise apr&#232;s ses succ&#232;s aux r&#233;gionales et aux europ&#233;ennes de 2004. Ce qui &#233;tait mal per&#231;u &#224; l'&#233;poque, c'&#233;tait l'ampleur que prendrait la participation &#233;lectorale et &#224; quel point ce taux tr&#232;s &#233;lev&#233; de participation allait &#171; &lt;i&gt;ouvrir&lt;/i&gt; &#187; la comp&#233;tition : il ne suffisait plus d'attendre que l'adversaire perde l'&#233;lection (en misant avant tout sur les votes de rejet), il fallait emporter l'adh&#233;sion de l'&#233;lectorat. A ce niveau &#8212; la victoire de la droite &#224; la pr&#233;sidentielle &#8212;, c'est la responsabilit&#233; du PS qui est engag&#233;e. La gauche radicale n'avait pas les moyens d'opposer &#224; Sarkozy une alternative &#233;lectoralement cr&#233;dible ; pas plus qu'elle ne peut faire le travail du Parti socialiste &#224; sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi le PS n'a t-il pas su faire &#224; gauche ce que Sarkozy a fait &#224; droite : incarner une alternative (ou du moins, sembler en incarner une) ; &#224; l'heure o&#249; il n'&#233;tait plus suffisant de pr&#233;senter une alternance ? la r&#233;ponse est qu'il ne l'a pas fait parce qu'il ne le peut plus depuis longtemps. Il ne s'agit en effet pas de &#171; &lt;i&gt;gauchir&lt;/i&gt; &#187; un discours le temps d'une &#233;lection. Pour redevenir cr&#233;dible &#233;lectoralement, une alternative de gauche doit s'&#233;prouver, se forger, des ann&#233;es durant dans les luttes sociales, soci&#233;tales, d&#233;mocratiques et politiques. Vu ce qu'il est devenu socialement, le PS en est incapable. En ce sens, il est beaucoup plus proche des autres composantes de la social-d&#233;mocratie (social-lib&#233;rale) europ&#233;enne que ne le pr&#233;tendent la plupart des &#171; &lt;i&gt;politologues&lt;/i&gt; &#187; en vogue. En ce sens aussi, la victoire de Sarkozy s'inscrit logiquement comme la cons&#233;quence pr&#233;sente des abandons historiques du PS. Mais non, le PS n'&#233;volue pas &#171; &lt;i&gt;malgr&#233; lui&lt;/i&gt; &#187;, par la faute de la gauche radicale et de ses divisions, vers le centre. Il n'est pas un parti irresponsable, navire sans ancre voguant au gr&#233; des vents contraires. M&#234;me avec une gauche radicale plus puissante et plus unie, il aurait &#233;t&#233; incapable d'incarner une alternative de gauche (et pas seulement une alternance &#224; gauche &#8212; ou plut&#244;t au centre gauche).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force de vouloir mettre en cause les &#171; &lt;i&gt;diviseurs&lt;/i&gt; &#187; &#224; la gauche de la gauche, les critiques de la LCR en oublient de rendre &#224; C&#233;sar ce qui est &#224; C&#233;sar et au PS ses responsabilit&#233;s. Ils restent aussi fort discrets sur le r&#244;le des principales directions syndicales en 2005-2006. Or, les rapports de forces de la pr&#233;sidentielle se sont aussi jou&#233;s sur le terrain des luttes sociales. La victoire du non au projet de Constitution europ&#233;enne avait ouvert une br&#232;che et donn&#233; une impulsion politique. Nous &#233;tions nombreux alors (c'&#233;tait notamment un leitmotiv de la LCR) &#224; savoir que la question qui se posait alors &#233;tait : est-ce que les mobilisations sociales vont prendre le relais et &#233;largir cette br&#232;che, renforcer cette dynamique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est venue &#224; l'automne 2005 : le relais n'a pas &#233;t&#233; saisi. La responsabilit&#233; des directions des grandes conf&#233;d&#233;rations est ici directement engag&#233;e : elles n'ont rien fait pour utiliser la dynamique du &#171; n&lt;i&gt;on de gauche&lt;/i&gt; &#187; pour reprendre l'initiative sociale. &#192; ce niveau, &#224; nouveau, ni de petites organisations politiques comme la LCR ni les syndicats &#171; &lt;i&gt;minoritaires&lt;/i&gt; &#187; ne pouvaient palier aux abandons des directions syndicales &#171; &lt;i&gt;majoritaires&lt;/i&gt; &#187;. Si l'on discute de ce qui aurait permis d'&#233;viter l'&#233;lection de Sarkozy, ce qui pouvait jouer dans la cr&#233;ation du meilleur rapport des forces possible, la mobilisation sociale &#233;tait un facteur cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est juste de combattre le d&#233;faitisme ou l'ultra-pessimisme en insistant sur les contradictions irr&#233;solues et les luttes qu'elles peuvent susciter. Mais on aurait tort de sous-estimer les d&#233;faites subies pour justifier les envol&#233;es lyriques sur &#171; &lt;i&gt;le score &#224; deux chiffres&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;la gagne possible&lt;/i&gt; &#187;, &#224; la seule condition que se produise une cristallisation politique autour d'une gauche anti-lib&#233;rale unitaire. Dans une r&#233;ponse &#224; Samy Johsua, Pierre Khalfa explicite et maintient cette invraisemblable logique en d&#233;pit des r&#233;sultats de la pr&#233;sidentielle (et des l&#233;gislatives !) : &#171; &lt;i&gt;Tout prouvait que nous pouvions &#234;tre dominants, pour commencer &#224; gauche, et peut-&#234;tre dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187; La formule pose bien des probl&#232;mes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Nous pouvions&#8230;&lt;/i&gt; &#187;. Nous, qui ? La gauche antilib&#233;rale ? C'est attribuer &#224; cette gauche une unit&#233; et une homog&#233;n&#233;it&#233; que rien ne permet de confirmer. Le non antilib&#233;ral au r&#233;f&#233;rendum se d&#233;compose en plusieurs orientations possibles : celle des socialistes du &#171; &lt;i&gt;non&lt;/i&gt; &#187; synth&#233;tisables dans le s&#233;gol&#233;nisme (de Fabius &#224; Montebourg en passant par Emmanuelli), celle du Parti communiste pour seule gauche rassembl&#233;e infl&#233;chie l&#233;g&#232;rement &#224; gauche, celle de la gauche des Verts qui souscrivent au pacte de Nicolas Hulot sur une &#233;cologie au-del&#224; des classes et du clivage gauche-droite. L'espace de la gauche de la gauche est bien un champ de forces en dispute. Il n'y a pas une mais des gauches anti-lib&#233;rales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;&#8230;&#234;tre dominants&lt;/i&gt; &#187;. Politiquement ? &#201;lectoralement ? Politiquement, dans la situation sociale et les rapports de forces mondiaux r&#233;ellement existants, c'est prendre ses d&#233;sirs pour la r&#233;alit&#233;, ou, plus probablement h&#233;las, la r&#233;alit&#233; pour ses d&#233;sirs. &#201;lectoralement, c'est une illusion &#171; &lt;i&gt;&#233;lectoraliste&lt;/i&gt; &#187; pure et simple. Ou bien les camarades qui ont d&#233;fendu (et d&#233;fendent encore) cette id&#233;e ont perdu la t&#234;te, ou bien ils ont voulu faire croire &#224; &#171; &lt;i&gt;la gagne&lt;/i&gt; &#187;, sans y croire eux-m&#234;mes, et c'est irresponsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;&#202;tre dominants &#224; gauche&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Sur quelle orientation politique ? Avec quelles alliances ? S'il en fallait confirmation, les indices se sont multipli&#233;s pendant la pr&#233;-campagne, et malgr&#233; l'impact du non de gauche, montrant qu'un antilib&#233;ralisme cons&#233;quent (jusqu'&#224; s'attaquer, au del&#224; de la r&#233;partition des richesses, au r&#233;gime de propri&#233;t&#233;, car l'un ne va pas sans l'autre) &#233;tait loin d'&#234;tre dominant : le congr&#232;s du Mans, l'intronisation triomphale de S&#233;gol&#232;ne, les municipales de Bordeaux, la crise d'Attac. Dans ces conditions, il est peu probable que les sociaux lib&#233;raux se rallient &#224; l'antilib&#233;ralisme, et infiniment plus probable qu'une partie des antilib&#233;raux se rallient au social lib&#233;ralisme. Les prochaines municipales ne manqueront pas de le v&#233;rifier en r&#233;p&#233;tant tr&#232;s probablement &#224; grande &#233;chelle le mod&#232;le Bordeaux. Autrement dit : si les dominants ne viennent pas &#224; eux, bien des antilib&#233;raux iront aux dominants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3. [Pour le PS] &#171; &lt;i&gt;une crise de refondation est en train de s'ouvrir dont il est trop t&#244;t pour d&#233;finir les contours pr&#233;cis. Toutefois, compte tenu du ph&#233;nom&#232;ne Bayrou et de l'affaissement des anciens partenaires de gauche (PCF, Verts), la tendance largement dominante de l'appareil sera celle d'un tournant vers le centre dans le sens d'une rencontre entre le social-lib&#233;ralisme et le lib&#233;ralisme social qui se d&#233;veloppe au niveau europ&#233;en&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien s&#251;r la tendance dominante. Sa principale difficult&#233; tient d&#233;sormais aux rivalit&#233;s internes et aux disputes de leadership au sein des &#233;quipes dirigeantes socialistes. Mais cette &#233;volution est en marche depuis de longues ann&#233;es (rappelons nous la deuxi&#232;me gauche, le big bang de Rocard, etc.), de m&#234;me que l'affaissement du PC. A lire les camarades, un des facteurs (sinon le principal) qui en pr&#233;cipite le d&#233;nouement probable, c'est &#171; &lt;i&gt;la marginalisation de la gauche antilib&#233;rale lors de ces &#233;lections qui donne naturellement de l'espace pour une telle orientation&lt;/i&gt; &#187;. Le facteur explicatif &#8211; la marginalisation de la gauche anti-lib&#233;rale &#8211; n'explique pourtant rien, s'il n'est lui m&#234;me expliqu&#233; politiquement et non pas ramen&#233; &#224; une &#233;nigmatique pulsion suicidaire (&#171; &lt;i&gt;autosuicidaire&lt;/i&gt; &#187;, rench&#233;rissent les camarades AA. et SK qui ne l&#233;sinent pas sur le pl&#233;onasme pour mieux souligner la gravit&#233; de l'acte).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si le rapport de causalit&#233; &#233;tait inverse : si le cumul des d&#233;faites sociales pass&#233;es, la synth&#232;se du PS autour de S&#233;gol&#232;ne, la d&#233;b&#226;cle du PC, avaient renforc&#233; la pression de la gauche social-lib&#233;rale sur les gauches antilib&#233;rales, comme l'ont illustr&#233; de mani&#232;re pr&#233;visible les tractations PC/PS sur les l&#233;gislatives, et, de mani&#232;re moins pr&#233;visible, la mission royale pr&#233;cipitamment accept&#233;e par Jos&#233; Bov&#233;, sans m&#234;me attendre le verdict du second tour ? Que la fragmentation de la &#171; &lt;i&gt;gauche de gauche&lt;/i&gt; &#187; l&#232;ve un obstacle de plus &#224; la refondation social-lib&#233;rale du PS, c'est un fait, mais un fait &#224; inscrire dans un jeu d'interactions et de r&#233;troactions qui ne commence pas avec l'&#233;pop&#233;e des collectifs unitaires. S'il s'agit de faire contrepoids &#224; la d&#233;rive social-lib&#233;rale (et bien que cette vocation de contr&#244;leur des poids et mesure soit peu enthousiasmante), l'addition des forces ne suffit pas. Il y faut une alternative politique incluant programme, alliances, et fonctionnement d&#233;mocratique. C'est sur ces points que &#171; &lt;i&gt;la gauche antilib&#233;ral&lt;/i&gt;e &#187; s'est divis&#233;e, et non par pulsion de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4. &#171; &lt;i&gt;Les r&#233;sultats &#224; gauche du PS&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;La LCR, loin de l&#224;, n'est pas la seule responsable de ce bilan, mais compte tenu de sa place et du fait que nous en sommes des militants, nous nous contenterons de quelques remarques sur sa politique&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La LCR n'est donc pas &#171; &lt;i&gt;la seule responsable&lt;/i&gt; &#187; ? Cette formule de politesse est bien la moindre que l'on puisse attendre de la part de deux de ses militants. Mais, &#233;crivant en priorit&#233; sur ce qu'ils sont cens&#233;s conna&#238;tre, ils se &#171; &lt;i&gt;contenteront&lt;/i&gt; &#187; de quelques remarques sur la politique de la LCR. Les lecteurs (&#233;trangers, rappelons-le) de leur article devront doc s'en contenter avec eux. Curieuse mani&#232;re soliloquante d'aborder un bilan politique. Si la politique est jeu constant d'interactions &#224; plusieurs acteurs, comment tirer le bilan des uns sans prendre en compte les initiatives, les marches et contre marches des autres ? Myst&#232;re. R&#233;duire le bilan d'une campagne &#224; multiples acteurs &#224; un &#171; &lt;i&gt;solo fun&#232;bre&lt;/i&gt; &#187; de la Ligue permet de lui attribuer des responsabilit&#233;s exclusives, donc accablantes. Reprenons donc, en le suivant pas &#224; pas, le bilan &#224; sens unique tir&#233; par les camarades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Seul Olivier Besancenot tire son &#233;pingle du jeu (gagnant m&#234;me 200 000 voix), sur la base d'une campagne qui a eu un &#233;cho r&#233;el et a vu venir &#224; ses meetings des jeunes &#233;tudiants et salari&#233;s, dont c'&#233;tait souvent la premi&#232;re exp&#233;rience politique, et qui compose une partie significative de son &#233;lectorat.&lt;/i&gt; &#187; Olivier a en effet &#171; &lt;i&gt;tir&#233; son &#233;pingle du jeu&lt;/i&gt; &#187;, c'est la formule consacr&#233;e des m&#233;dias. Mais pourquoi ? La diff&#233;rence, comparativement &#224; la mauvaise campagne de Buffet et &#224; celle d&#233;sastreuse de Bov&#233;, tient elle au look, au bagout, &#224; l'&#226;ge du capitaine ? Ou bien a-t-elle un quelconque rapport avec le contenu d'une campagne construite autour de l'urgence sociale et de l'ind&#233;pendance intransigeante envers le PS ? Les camarades se contentent, sans aborder le sujet, d'enregistrer les r&#233;sultats comptables (affluence aux meetings et r&#233;sultat &#233;lectoral &#8211; minor&#233; de 100 000 voix, puisque Olivier a recueilli malgr&#233; l'&#233;norme pression du &#171; &lt;i&gt;vote futile&lt;/i&gt; &#187; 300 000, et non 200 000 voix de plus qu'en 2002). Ce qu'il importe de souligner, c'est qu'il ne s'agit plus tout &#224; fait du m&#234;me &#233;lectorat (la moiti&#233; environ des &#233;lecteurs de 2002 n'ont pas revot&#233; pour lui), mais d'un &#233;lectorat nettement plus populaire et ouvrier (attest&#233; par la r&#233;partition g&#233;ographique des scores), et jeune (50% des &#233;lecteurs ont moins de 35 ans et 28% moins de 25 ans). C'est une diff&#233;rence majeure par rapport aux &#233;lectorats vieillis du PC et de LO&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour plus de d&#233;tail, y compris sur le vote des syndiqu&#233;s, voir le bilan dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#192; partir du r&#233;sultat brut, les camarades rel&#232;vent &#171; &lt;i&gt;deux fa&#231;ons de pr&#233;senter ces r&#233;sultats qui renvoient &#224; des analyses diff&#233;rentes de la conjoncture&lt;/i&gt; &#187;. La premi&#232;re, celle de la direction de la LCR &#171; ne se contente pas de se f&#233;liciter du bon r&#233;sultat de son candidat, elle souligne sa port&#233;e quasi historique. Tout d'abord, dans l'&#233;volution des rapports de force au sein de l'extr&#234;me gauche. Le cycle &#233;lectoral d'Arlette Laguiller est bien termin&#233;, alors que celui d'Olivier Besancenot ne fait que commencer. Par ailleurs, toujours selon cette logique, un processus de d&#233;cantation se serait op&#233;r&#233; &#224; gauche du PS. Certes, la LCR aurait men&#233; une bataille pour l'unit&#233; de la gauche antilib&#233;rale. Mais les divergences &#233;taient trop importantes avec des courants qui n'ont pas clairement affirm&#233; leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du PS. De surcro&#238;t, il faut bien constater que ces courants et militants &#171; &lt;i&gt;&#224; gauche de la gauche&lt;/i&gt; &#187; sont le produit de l'exp&#233;rience pass&#233;e, alors que la LCR, elle, gr&#226;ce notamment &#224; la candidature Olivier Besancenot, est en phase avec les nouvelles g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moins que l'on puisse dire c'est que le r&#233;sum&#233; et l'interpr&#233;tation des arri&#232;re-pens&#233;es de la direction de la LCR est des plus libres. Mieux vaudrait lui demander ce qu'elle pense vraiment en s'appuyant sur des faits et des textes. La Ligue a bien r&#233;sist&#233; dans un contexte de d&#233;faite g&#233;n&#233;rale de la gauche et d'effondrement du PC et des Verts. C'est bien. C'est int&#233;ressant. Il y a quelques pr&#233;cieuses le&#231;ons &#224; en tirer pour l'avenir. Mais il n'y a ni de quoi triompher, ni de quoi y voir un r&#233;sultat &#171; &lt;i&gt;de port&#233;e historique&lt;/i&gt; &#187; (&#224; moins d'entendre par histoire la toute petite : le fait, par exemple, non n&#233;gligeable en soi, qu'Olivier devance Buffet parmi les c&#233;g&#233;tistes &#8211; ce qui aurait &#233;t&#233; consid&#233;r&#233;, il y a vingt ans encore, comme un &#233;v&#233;nement historique). En revanche, qu'il y ait un effet g&#233;n&#233;rationnel Besancenot est un fait constatable. Cela ne veut pas dire qu'il y ait un &#171; &lt;i&gt;cycle Besancenot&lt;/i&gt; &#187;, apr&#232;s un cycle Arlette. Nous n'avons pas l'habitude d'indexer les cycles de la lutte des classes sur l'&#226;ge des individus, et si l'apparition d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration militante est vitale, elle ne signifie pas que l'exp&#233;rience des anciens soit devenue superflue, au contraire notre capacit&#233; &#224; lier des exp&#233;riences g&#233;n&#233;rationnelles diff&#233;rentes devrait &#234;tre pour la Ligue un objectif conscient et un atout pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Que &#171; &lt;i&gt;les divergences &#233;taient trop importantes avec des courants qui n'ont pas clairement affirm&#233; leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du PS&lt;/i&gt; &#187;, cela nous l'assumons tout &#224; fait au vu de la campagne. On nous a dit et r&#233;p&#233;t&#233; que la question &#233;tait pr&#233;matur&#233;e et qu'il serait temps de la poser apr&#232;s la pr&#233;sidentielle. On nous a aussi r&#233;p&#233;t&#233; qu'elle &#233;tait r&#233;solue par les formulations diplomatiques rejetant la participation &#224; un gouvernement &#171; &lt;i&gt; sous h&#233;g&#233;monie social-lib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;. Alors que l'on connaissait la candidate socialiste et son programme, il eut &#233;t&#233; plus simple et plus clair de rejeter explicitement toute coalition parlementaire ou gouvernementale autour d'une telle candidate et d'un tel programme. Puisque c'&#233;tait la condition pos&#233;e par la Ligue, s'il n'y avait r&#233;ellement aucune divergence &#224; ce sujet, mais seulement des m&#233;fiances injustifi&#233;es ou des confusions de formulation, il aurait d&#251; &#234;tre facile de la satisfaire. On a pu v&#233;rifier, au contraire, que l'ambigu&#239;t&#233; d&#233;lib&#233;r&#233;ment entretenue par le PC pour m&#233;nager ses futures n&#233;gociations avec le PS s'est confirm&#233;e tout au long de la campagne, par l'appel r&#233;p&#233;t&#233; au rassemblement de toute la gauche, par l'engagement anticip&#233; au d&#233;sistement (qui contribuait &#224; rendre effectivement inutile le vote du premier tour), par l'orientation de r&#233;&#233;quilibrage d'une nouvelle gauche plurielle. Elle s'est aussi v&#233;rifi&#233;e, de fa&#231;on plus inattendue, par l'attidue de Jos&#233; Bov&#233; entre les deux tours.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Notre analyse est diff&#233;rente. Le bilan est un &#233;chec pour l'ensemble de la gauche unitaire antilib&#233;rale radicale eu &#233;gard au enjeux politiques que repr&#233;sentait la n&#233;cessit&#233; d'une candidature qui, de plus, &#233;tait possible. Le faible r&#233;sultat de l'ensemble des voix &#224; gauche du PS renvoie principalement &#224; l'absence d'une alternative unitaire cr&#233;dible. Le &#171; vote utile &#187; pour S&#233;gol&#232;ne Royal, qui, selon les enqu&#234;tes, &#224; touch&#233; pr&#232;s de la moiti&#233; de l'&#233;lectorat de l'extr&#234;me gauche de 2002, traduit lui-m&#234;me la perception du vote pour l'un(e) des multiples candidats de la gauche radicale comme un &#171; vote inutile &#187;, &#233;troitement identitaire ou protestataire, incapable de peser sur le rapport de forces d'ensemble et d'ouvrir une perspective de rupture &#224; gauche. Car l'enjeu se situait bien &#224; ce niveau, et c'est pourquoi l'abandon de la perspective unitaire &#233;quivalait &#224; un abandon du terrain de l'alternative politique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La confrontation entre les deux positions est d'autant plus ais&#233;e que la seconde s'oppose &#224; une premi&#232;re &#8211; celle de la direction &#8211; largement imaginaire et taill&#233;e sur mesure pour les besoins de l'argumentation. L'&#233;chec (d'une candidature unitaire d&#233;clar&#233;e souhaitable par 80% de l'organisation lors de la CN de juin 2006)&#8230; est un &#233;chec. C'est tautologiquement imparable. D'autant plus, selon les camarades, que le n&#233;cessaire &#233;tait possible. Or, c'est tout le probl&#232;me : ce qui distingue une possibilit&#233; abstraite d'une possibilit&#233; d&#233;termin&#233;e ! Comme les camarades refusent de prendre en consid&#233;ration les raisons pour lesquelles ce fut concr&#232;tement impossible, et ne veulent y voir que mauvais pr&#233;texte, l'impossibilit&#233; ne peut renvoyer selon eux qu'aux pulsions suicidaires irrationnelles ou au sectarisme conservateur de la Ligue (puisque tous les autres ont particip&#233; au vote biais&#233; dans les collectifs). Tout d&#233;coule d&#232;s lors de &#171; &lt;i&gt;l'absence d'une alternative unitaire cr&#233;dible&lt;/i&gt; &#187; : la force du vote utile, et la d&#233;faite de la gauche. Rien que &#231;a ! La mauvaise volont&#233; de la Ligue aurait pes&#233; plus que toutes les d&#233;faites sociales accumul&#233;es depuis 1983, plus que 25 ans de droitisation du PS, plus que la d&#233;composition du PC enseveli sous les gravats du Mur de Berlin. Que le c&#233;l&#232;bre &#171; &lt;i&gt;facteur subjectif&lt;/i&gt; &#187; - ou le facteur tout court &#8211; ait sa part dans la d&#233;termination d'une situation, cela va de soi. Qu'il soit &#224; ce point d&#233;terminant tourne au subjectivisme forcen&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;L'abandon de la perspective unitaire &#233;quivalait &#224; un abandon du terrain de l'alternative politique&lt;/i&gt; &#187; ? On peut essayer de d&#233;finir ce qu'est une politique alternative, mais un terrain de l'alternative ? Qu'il suffirait d'occuper au lieu de l'abandonner ? Mais sur quelle orientation ? Avec quels alli&#233;s ? Pour quoi faire ? On y revient : la perspective unitaire a-t-elle &#233;t&#233; abandonn&#233;e, comme on quitte un champ en friche, ou bien a-t-elle explos&#233; en raison de divergences r&#233;elles ? La dynamique unitaire ne tient pas &#224; la simple addition de (petits) capitaux &#233;lectoraux, mais de l'orientation qui la porte. On sait de longue date (depuis L&#233;nine au moins) que la politique ne rel&#232;ve pas de l'arithm&#233;tique, mais de l'alg&#232;bre. Ceux qui se contentent d'additionner les scores des candidatures antilib&#233;rales veulent l'ignorer. M&#234;me si elle avait &#233;t&#233; possible, la candidature unitaire souhaitable n'aurait pas &#233;t&#233; une candidature &#171; &lt;i&gt;&#224; deux chiffres&lt;/i&gt; &#187;. Sur une base politique solide et clairement ind&#233;pendante du PS, elle aurait peut-&#234;tre pu atteindre un r&#233;sultat sup&#233;rieur &#224; 5 ou 7%, mais certainement pas la somme Besancenot+Buffet+Bov&#233;. Et si ce gain r&#233;el mais modeste, avait vol&#233; en &#233;clats d&#232;s le soir du premier tour, comme l'attitude des uns et des autres en confirme la probabilit&#233;, il aurait co&#251;t&#233; un prix exorbitant : la d&#233;moralisation aurait &#233;t&#233; bien plus importante que le gain &#233;lectoral.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;La LCR s'en sort certes nettement mieux que les autres, mais, justement, cela montre la place qu'elle occupe et les responsabilit&#233;s particuli&#232;res qui sont les siennes. Il semble difficile de consid&#233;rer que le maintien d'Olivier Besancenot autour de 4% des suffrages soit un r&#233;sultat &#224; la hauteur des potentialit&#233;s d'une p&#233;riode de mobilisations sociales et &#233;lectorales exceptionnelles, parfois m&#234;me victorieuses, et alors que, pour la premi&#232;re fois depuis des d&#233;cennies, le social-lib&#233;ralisme &#233;tait ouvertement bouscul&#233; sur sa gauche par le &#171; non &#187; au r&#233;f&#233;rendum et, surtout, par la force de la campagne unitaire du &#171; non &#187; de gauche. Enfin, il est illusoire de croire qu'une nouvelle force politique va se construire essentiellement &#224; partir de &#171; jeunes &#187; qui font leur premi&#232;re exp&#233;rience, en contournant les courants politiques issus du cycle pass&#233;. La LCR, loin de l&#224;, n'est pas la seule responsable de ce bilan. Mais, compte tenu de sa place et du fait que nous en sommes des militants, nous nous contenterons de quelques remarques sur sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Avant de voir comment nous pouvons exercer au mieux &#171; &lt;i&gt; les responsabilit&#233;s particuli&#232;res&lt;/i&gt; &#187; qui sont les n&#244;tres, il serait utile d'examiner pourquoi et comment nous les avons acquises. Il existe probablement un rapport entre les deux. On peut s'interroger ind&#233;finiment sur le fait de savoir si les 1 500 000 voix d'Olivier sont &#224; la hauteur des &#171; &lt;i&gt;potentialit&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Tout d&#233;pend de la mani&#232;re on d&#233;termine les potentialit&#233;s concr&#232;tes, et non les potentialit&#233;s sp&#233;culatives, d'une situation donn&#233;e. Il semble qu'existe une nuance &#8211; au moins - sur ce point, en particulier sur la fa&#231;on d'indexer directement le niveau des potentialit&#233;s sur le r&#233;sultat du Non de gauche. Le Non l'a emport&#233;, et dans le Non, le Non de gauche a pris le dessus sur le Non de droite. C'&#233;tait, dans les circonstances, une grande victoire. Dont il faut cependant nuancer la port&#233;e. D'abord, un r&#233;f&#233;rendum n'est pas une &#233;lection sur un programme pour gouverner le pays. Ensuite, le Non l'a emport&#233;, mais on aurait tort d'oublier la part du non de droite dans cette victoire. Enfin et surtout, il importe de se demander pourquoi le clivage du non a &#233;t&#233; si vite et si facilement effac&#233;, dans le PS d'abord, d&#232;s le congr&#232;s du Mans, et escamot&#233; ensuite de la campagne pr&#233;sidentielle, au point d'appara&#238;tre r&#233;siduel dans les motivations de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; En revanche, on peut &#234;tre d'accord pour consid&#233;rer &#171; &lt;i&gt;illusoire de croire qu'une nouvelle force politique va se construire essentiellement &#224; partir des jeunes qui font leur premi&#232;re exp&#233;rience&lt;/i&gt; &#187;. &#192; condition toutefois de souligner l'adverbe &#171; &lt;i&gt;essentiellement&lt;/i&gt; &#187;, et d'ajouter qu'il serait encore plus illusoire de croire qu'elle puisse se construire essentiellement &#224; partir des vieux soixante-huitards qui font leur derni&#232;re exp&#233;rience. Ce qu'a permis la campagne d'Olivier s'est d'int&#233;resser &#224; la politique une couche non n&#233;gligeable de jeunes. C'est une diff&#233;rence importante par rapport au PC ou &#224; LO. Et c'est une condition, certes insuffisante, mais n&#233;cessaire &#224; la construction d'une nouvelle force politique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt; Retour en arri&#232;re. Pour le dire un peu sch&#233;matiquement, l'&#233;chec des luttes contre la r&#233;forme des retraites en 2003 (comme les effets des difficult&#233;s internationales du mouvement altermondialiste) annonce l'essoufflement de la &#171; phase sociale &#187; et &#171; mouvementiste &#187; du cycle antilib&#233;ral, dans laquelle le mouvement social semblait pouvoir se d&#233;velopper par l'effet de sa seule dynamique propre. S'annonce alors un &#171; retour de la politique &#187; qui s'exprime spectaculairement dans la pouss&#233;e du PS aux &#233;lections r&#233;gionales.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Artous &#171; Un d&#233;calage avec le mouvement r&#233;el &#187;, Critique communiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de l'autosuffisance du mouvement social et l'utopie antipolitique ont du plomb dans l'aile. Certains camarades (comme Francis Sitel) ont contest&#233; la formule du &#171; &lt;i&gt;retour de la question strat&#233;gique&lt;/i&gt; &#187;. Il ne s'agit certes pas du retour &#224; l'identique au d&#233;bat strat&#233;gique des ann&#233;es 70. Nous ne discutons pas de l'&#233;mergence imm&#233;diate de situations de double pouvoir comme on pouvait le faire &#224; propos du Chili ou du Portugal. Mais la question de l'articulation entre mouvement social et d&#233;bouch&#233; politique est &#224; nouveau d'actualit&#233;, et le d&#233;bouch&#233; politique doit &#234;tre en rapport avec une perspective &#224; plus long terme ou avec une hypoth&#232;se strat&#233;gique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faute d'avoir trait&#233; s&#233;rieusement la question, une organisation comme Rifundazione peut concilier une rh&#233;torique radicale dans le mouvement social, et un opportunisme &#233;lectoral et politique sans rivage. La question politique est donc bel et bien de retour, en Am&#233;rique latine comme dans certains pays europ&#233;ens. Mais il y a des mani&#232;res oppos&#233;es d'y r&#233;pondre, y compris au sein de la gauche radicale. Et c'est ce qui &#233;tait en jeu dans les campagnes &#233;lectorales et dans le d&#233;bat sur les candidatures unitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les camarades estiment que le succ&#232;s relatif de la candidature Besancenot en 2002 &#171; &lt;i&gt;r&#233;sidait dans sa capacit&#233; &#224; &#233;pouser l'aspect multiforme du mouvement social pour, en quelque sorte, se positionner comme son aile radicale&lt;/i&gt; &#187;. La Ligue aurait ainsi surf&#233; sur la vague de la remobilisation sociale, alors que &#171; &lt;i&gt;l'accord et de la campagne LCR et LO, lors &#233;lections r&#233;gionales de 2004, montre que la direction de la LCR a du mal &#224; se repositionner par rapport aux d&#233;placements des conflits sur le terrain politique&lt;/i&gt; &#187;. Autrement dit, il se serait agi d'un accord &#224; contretemps. Nous avons essay&#233; de prolonger et d'&#233;largir l'espace ouvert en 2002, c'est vrai. A tort ? A raison ? On en discutera longtemps. Mais si le &#171; &lt;i&gt; retour de la question politique&lt;/i&gt; &#187; marquait un tournant &#8211; &#171; &lt;i&gt; l'essoufflement de la phase sociale et mouvementiste du cycle antilib&#233;ral&lt;/i&gt; &#187;, comme l'&#233;crivent AA et SK -, alors il marque aussi l'essoufflement d'une gauche antilib&#233;rale n&#233;buleuse qui a accompagn&#233; cette phase mouvementiste sans se doter d'une orientation strat&#233;gique &#224; plus long terme. C'est bien ce probl&#232;me qui est apparu au grand jour dans les d&#233;saccords autour de la candidature unitaire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Pour la direction de la LCR, tout se passe comme si l'ensemble des courants existant entre le PS et la LCR expriment, au mieux, un simple processus de d&#233;composition politique sans avenir, au pire, un pont tendu vers le social-lib&#233;ralisme. Il ne s'agit pas de nier la difficult&#233; li&#233;e &#224; l'absence de cristallisation nationale de courants significatifs, autonomes vis-&#224;-vis du PS et/ou critiques vis &#224; vis de la direction du PCF, mais la direction de la LCR a tendance &#224; consid&#233;rer tout processus allant dans ce sens comme un obstacle. Pour elle, au-del&#224; des discours, tout se passe comme si la Ligue &#233;tait la seule alternative politique au PS, capable de polariser directement autour d'elle les militants qui veulent s'engager dans la construction d'une nouvelle force politique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le temps passe et la m&#233;moire d&#233;faille. Le camarade Artous, qui a particip&#233; &#224; de nombreux d&#233;bats sur le sujet, ne peut pourtant pas avoir oubli&#233; les controverses des ann&#233;es 1930 sur la question du centrisme. Le mot peut sembler p&#233;joratif. On peut le laisser tomber. En revanche, le probl&#232;me soulev&#233; par la distinction, alors classique, entre &#171; &lt;i&gt;centrisme juv&#233;nile&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;centrisme s&#233;nile&lt;/i&gt; &#187; demeure. Les ph&#233;nom&#232;nes apparus &#224; partir des gr&#232;ves de 1995 ou de l'&#233;mergence du mouvement alter, avec Attac, avec la radicalisation d'&#233;quipes syndicales, avec les diff&#233;renciations dans le PC, avec un nonisme de gauche dans le PS, traduisait dans une certaine mesure une &#233;volution &#171; &lt;i&gt;juv&#233;nile&lt;/i&gt; &#187;, de droite &#224; gauche, cons&#233;cutive aux mobilisations de 1995 et &#224; leurs suites. Il semble que le balancier soit reparti partiellement dans l'autre sens. C'est clair en Italie. En France, on peut difficilement dire que Salesse, Debons, Drevon, R&#233;my Jean (tous ex de la Ligue), les diff&#233;rentes gauches socialistes, etc, &#233;voluent de droite &#224; gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constater ce retour de balancier, ou son amorce, ne signifie pas que la Ligue soit &#171; la seule alternative au PS capable de polariser directement autour d'elle les militants qui veulent s'engager dans une nouvelle force politique &#187;. Elle n'est certainement pas &#171; la seule &#187; alternative, mais elle est, en l'&#233;tat actuel des forces, le meilleur levier pour y &#339;uvrer, contrairement &#224; ce que pensent nombre de nos partenaires (et m&#234;me de nos propres camarades) qui la consid&#232;rent plut&#244;t - et son candidat avec elle &#8211; comme un obstacle &#224; une recomposition hypoth&#233;tique. Elle ne pr&#233;tend pas polariser autour d'elle tous les militants susceptibles de s'engager dans une nouvelle force politique, mais elle peut en polariser une partie (ce n'est d&#233;j&#224; pas si mal par les temps qui courent).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu d'&#233;voquer abstraitement les &#171; &lt;i&gt;responsabilit&#233;s&lt;/i&gt; &#187; qui nous incombent, les camarades devraient voir concr&#232;tement les obligations que nous cr&#233;e l'arriv&#233;e de nouveaux militants avec des caract&#233;ristiques, sociales et g&#233;ographiques, et des attentes bien diff&#233;rentes de ce que la Ligue est en &#233;tat leur donner. Le potentiel du microcosme ancien a son importance, mais il ne doit pas nous cacher &#171; &lt;i&gt;les potentialit&#233;s&lt;/i&gt; &#187; que la campagne a permis d'explorer parmi les nouvelles g&#233;n&#233;rations militantes. Si nous savons aller &#224; la rencontre ne serait-ce que d'une partie des &#233;lecteurs d'Olivier (voir le blog de campagne), &#224; multiplier les Valence, Aulnay, Lens, etc., et si nous parvenons &#224; r&#233;pondre &#224; ces d&#233;fis nous serons en condition de peser bien mieux sur le contenu du nouveau parti que nous voulons, et surtout d'en faire m&#251;rir les conditions de possibilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La politique est affaire de p&#233;dagogie, sans doute et jusqu'&#224; un certain point, mais elle est aussi et surtout affaire de rapports de forces : certains seront convaincus par des arguments et des textes, bien plus le seront par la d&#233;monstration pratique de ce que l'on fait et peut faire. Autrement dit, une Ligue renforc&#233;e est la premi&#232;re condition pour r&#233;sister &#224; l'appel des sir&#232;nes social-lib&#233;rales et au glissement de la gauche vers le centre. Elle est actuellement le meilleur appui pour affirmer la n&#233;cessit&#233; d'un nouveau parti et pour contraindre nos partenaires, locaux ou nationaux, &#224; une discussion sur le fond politique, au lieu de s'&#233;garer d'une succession de &#171; coups &#187; &#233;lectoraux sans suite ni lendemains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; &lt;i&gt;Une candidature unitaire &#233;tait possible &lt;/i&gt; &#187; gr&#226;ce &#224; &#171; &lt;i&gt;un r&#233;seau de plusieurs centaines de comit&#233;s unitaires, forts de dizaines de milliers de participants (dont une part importante sans affiliation partidaire) couvrant une large partie du territoire national&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a exist&#233; une aspiration unitaire indiscutable et l&#233;gitime dans le prolongement de la campagne du Non de gauche. Elle est importante, mais il est inutile de l'exag&#233;rer en &#233;voquant des &#171; &lt;i&gt;dizaines de milliers de participants&lt;/i&gt; &#187; pour impressionner les lecteurs quant aux &#171; &lt;i&gt;potentialit&#233;s&lt;/i&gt; &#187; suppos&#233;es. Les chiffres sont plus sobres. Il y a eu dans les 12 000 votants (loin d'&#234;tre tous militants au m&#234;me titre) sur le nom du candidat dans les collectifs, dont 60% pour Marie-Georges Buffet. Le pl&#233;biscite internautique (ou bov&#233;thon) en faveur de la candidature Bov&#233; a recueilli plus de 30 000 clics (pour le coup certainement les militants y &#233;taient fortement minoritaires). C'est significatif. Mais si la justesse politique se mesure quantitativement au nombre de clics, autant la mesurer au vote final. On &#233;valuerait alors &#224; 1 500 000 clics le pl&#233;biscite en faveur de la candidature d'Olivier. Ces &#233;valuations comptables ne m&#232;nent pas tr&#232;s loin, car p&#233;titions, votes, et engagement militant dans la construction d'une force politique ne sont pas du m&#234;me ordre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, il fallait un contenu &#224; cette unit&#233; et un projet qui permette de structurer politiquement ce d&#233;but de recomposition sur le terrain militant. La question essentielle &#233;tait celle de l'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du PS : l'affirmation selon laquelle le candidat unitaire et les forces le soutenant ne participeraient pas ni &#224; un gouvernement, ni &#224; une majorit&#233; parlementaire avec le PS. Cette exigence &#233;tait d&#233;fendue (il faut le souligner) par tous les courants de la Ligue. Et d&#232;s septembre 2006, les collectifs (inclus le PCF) adopt&#232;rent un premier texte allant clairement dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est tout simplement faux. A Saint Denis la direction autoproclam&#233;e des collectifs a au contraire refus&#233; m&#234;me de soumette au vote des amendements en ce sens (dits amendements d'Aubagne). Mais nous sommes donc d'accord sur le fait que l'unit&#233; sans contenu ni projet ne suffit pas, et que la question de l'ind&#233;pendance par rapport &#224; une future majorit&#233; parlementaire &#233;tait d&#233;cisive. En revanche nous n'&#233;tions pas d'accord sur le fait que la question &#233;tait &#171; &lt;i&gt;clairement&lt;/i&gt; &#187; r&#233;gl&#233;e par les formulations diplomatiques et contourn&#233;es adopt&#233;es en septembre pour amadouer un PC. Le texte adopt&#233; &#233;tait tr&#232;s explicitement vou&#233; &#224; &#171; &lt;i&gt;gagner toute la gauche &#224; une perspective antilib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;, y compris donc le PS dans son entier. Le PC choisissait en m&#234;me temps l'alliance avec le PS contre la proposition de liste unitaire aux municipales de Bordeaux. La suite a montr&#233; que notre m&#233;fiance et notre exigence de clart&#233; sur ce point ne relevaient pas de la parano&#239;a critique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait possible d'am&#233;liorer ce texte. Surtout si la direction de la Ligue avait explicitement dit qu'elle serait d'accord pour un candidat unitaire si cette condition &#233;tait remplie. Mais elle ne proc&#233;da jamais ainsi, multipliant les surench&#232;res et refusant obstin&#233;ment de prendre la mesure de l'acquis que constituait l'existence du r&#233;seau de comit&#233;s unitaires. Faisant comme si les positions politiques prises par les comit&#233;s n'existaient pas, s'abstenant de la bataille qui s'y est men&#233;e, elle a centr&#233; ses critiques sur l'orientation politique de la direction du PCF qui, effectivement, poussait dans le sens du maintien d'un accord possible avec le PS. Tout en ayant comme objectif (non d&#233;clar&#233; ) de pr&#233;senter Marie-Georges Buffet comme candidat unitaire de la gauche antilib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ici, la discussion est d'abord factuelle. Tout aurait &#233;t&#233; possible si la Ligue avait &#171; &lt;i&gt;explicitement&lt;/i&gt; &#187; dit qu'elle serait d'accord pour un candidat unitaire si cette condition &#233;tait remplie ? Non seulement elle l'a explicitement dit, mais elle l'a r&#233;p&#233;t&#233; dans les m&#233;dias par la bouche d'Olivier, dans les r&#233;solutions, dans les tribunes de presse (cf. entre autres la r&#233;ponse &#224; Michel Onfray dans Lib&#233;, etc.&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Daniel Bensa&#239;d, Une r&#233;ponse &#224; Michel Onfray : Histoires de mains&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;). Non seulement elle l'a explicitement dit, mais elle l'a explicitement vot&#233; lors de sa conf&#233;rence nationale de juin 2006.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pr&#233;sentions Olivier, parce que c'&#233;tait le meilleur candidat dans la continuit&#233; du non de gauche et des luttes sociales, et parce que l'accord sur l'ind&#233;pendance vis &#224; vis du PS n'est pas pour l'heure r&#233;alis&#233;. Mais, &#233;tant donn&#233; qu'il ne pouvait pr&#233;tendre repr&#233;sentet en tant que candidat l'ensemble des composantes des collectifs, nous retirerions sa tr&#232;s bonne candidature pour une moins bonne si cet accord &#233;tait atteint. Il &#233;tait l&#233;gitime que nous exigions en contrepartie des garanties solides sur l'orientation de la campagne, car nous n'entendions pas, comme on le dit vulgairement, mouiller la chemise pour un ou une candidat qui nous entra&#238;nerait au lendemain du premier tour ou du deuxi&#232;me l&#224; o&#249; nous ne voulions pas aller. C'&#233;tait clair, et honn&#234;te : Olivier serait candidat de la Ligue s'il n'y avait pas d'accord, il ne le serait pas s'il y avait accord. Il n'&#233;tait donc pas candidat &#224; la candidature contre Salesse, Bov&#233;, Autain, Buffet, etc. On pouvait difficilement &#234;tre plus &#171; &lt;i&gt;explicite&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si la question des alliances &#233;tait aussi &#171; &lt;i&gt;clarifi&#233;e&lt;/i&gt; &#187; que AA. et SK semblent le penser, il aurait &#233;tait facile aux camarades des collectifs de r&#233;pondre positivement &#224; la demande de clarification de la Ligue, m&#234;me si elle leur semblait exag&#233;r&#233;ment tatillonne : &#233;tait-il aussi important de maintenir &#224; tout prix la formulation de non participation &#224; &#171; &lt;i&gt;un gouvernement sous h&#233;g&#233;monie social-lib&#233;rale &lt;/i&gt; &#187; contre le rejet explicite de toute coalition parlementaire ou gouvernementale avec le PS synth&#233;tis&#233; autour du oui et de S&#233;gol&#232;ne ? Quant &#224; la conviction qu'Olivier &#233;tait de loin le meilleur candidat &#8211; non pas &#171; &lt;i&gt;bien qu'&#224; la Ligue&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, comme certains le conc&#233;daient, mais aussi parce qu'&#224; la Ligue ! - par la clart&#233; de sa position, par sa repr&#233;sentativit&#233; sociale, et m&#234;me par son &#171; &lt;i&gt;potentiel&lt;/i&gt; &#187; &#233;lectoral, elle a &#233;t&#233; plus que confirm&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; expliquer les raisons de cette orientation politique. Au-del&#224; des jeux d'alliance entre divers courants internes de la LCR, deux questions d&#233;cisives apparaissent. La premi&#232;re tient &#224; l'analyse d'ensemble de la conjoncture et de la place de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. Manifestement, la direction de la LCR n'a pas compris les enjeux politiques qui s'y cristallisaient du point de vue de la condensation des rapports de forces entre les classes et, en cons&#233;quences, les enjeux que repr&#233;sentait une candidature unitaire de la gauche radicale. Et c'est d'ailleurs une constante de la LCR durant le cycle pass&#233; de sous-estimer les moments politiques de cristallisation des luttes des classes, au profit d'une approche essentiellement &#171; sociale &#187;, &#171; mouvementiste &#187;, (qui n'est en rien contradictoire &#224; un propagandisme politique abstrait) de ces luttes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y a certainement un d&#233;saccord, ou au moins des nuances, avec les camarades sur l'appr&#233;ciation de la situation et les possibilit&#233;s qu'elle recelait. Encore faudrait-il en &#233;valuer la port&#233;e exacte. En revanche, il est carr&#233;ment faux d'affirmer que nous avons sous-estim&#233; la place et les enjeux de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que nous les estimons &#224; leur juste importance, parce que nous savons &#224; quel point, dans la logique institutionnelle de la Ve r&#233;publique, elle distribue le jeu (a fortiori avec le quinquennat et le calendrier actuel) et d&#233;termine le degr&#233; d'ind&#233;pendance politique et organisationnelle d'un courant politique, que nous avons &#233;t&#233; exigeants sur les conditions d'un compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pr&#233;cis&#233;ment parce que nous pensions, &#224; la lumi&#232;re du contexte international, que la tendance lourde &#224; la transformation blairiste du PS allait s'affirmer et entra&#238;ner dans son sillage une partie de la gauche antilib&#233;rale, que nous avons &#233;t&#233; aussi intransigeants sur la question des alliances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux g&#233;n&#233;ralisations sur &#171; &lt;i&gt;la constante&lt;/i&gt; &#187; qui consisterait, de la part de la Ligue, &#224; sous-estimer &#171; &lt;i&gt;les moments politiques&lt;/i&gt; &#187;, elle m&#233;riterait examen plus attentif. Le moment politique du r&#233;f&#233;rendum a-t-il &#233;t&#233; sous-estim&#233; ? Et la mise en route de la campagne du Non ne doit-elle pas beaucoup &#224; la Ligue ? Il y a certes eu une tendance mouvementiste et syndicaliste de la Ligue dans les ann&#233;es 1980 (non seulement de la part de la majorit&#233;, mais aussi et peut-&#234;tre surtout de camarades qui ont persist&#233; sur cette ligne mouvementiste dans les collectifs et derri&#232;re la candidature Bov&#233; comme candidature du &#171; &lt;i&gt;mouvement&lt;/i&gt; &#187;) et une partie des ann&#233;es 1990. Mais ce que certains camarades regrettent aujourd'hui comme &#171; &lt;i&gt;le tournant de 98-99&lt;/i&gt; &#187;, concr&#233;tis&#233; par la candidature d'Olivier en 2002, traduisait pr&#233;cis&#233;ment une volont&#233; de r&#233;investir le champ politique et d'y r&#233;affirmer la fonction d'une organisation qui ne se r&#233;duise pas un r&#233;seau de militants sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Cette sous-estimation de la dimension politique &#233;tait &#233;troitement li&#233;e &#224; une compr&#233;hension &#171; statique &#187; de la conjoncture r&#233;cente, qui en sous-estimait les &#233;l&#233;ments de crise et d'instabilit&#233;. Cette vision &#171; pessimiste &#187; para&#238;t aujourd'hui confort&#233;e par la victoire de Sarkozy (qui, comme nous l'avons sugg&#233;r&#233; auparavant, a su trancher &#224; vif, et &#224; droite, dans la crise), mais c'est au prix d'un v&#233;ritable refoulement des potentialit&#233;s de la p&#233;riode &#233;coul&#233;e et des responsabilit&#233;s de la gauche radicale dans une issue qui &#233;tait, &#224; notre sens, tout sauf in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette vision &#171; &lt;i&gt;pessimiste&lt;/i&gt; &#187; (ou simplement lucide) ne &#171; &lt;i&gt;para&#238;t&lt;/i&gt; &#187; pas, elle est h&#233;las v&#233;rifi&#233;e par la victoire de Sarkozy, qui n'est pas un accident &#233;lectoral mais rel&#232;ve de tendances plus profondes. Aussi, ce n'est pas parce que nous avions une vision &#171; &lt;i&gt;statique&lt;/i&gt; &#187; de la conjoncture que nous avons d&#233;fendu notre orientation, mais bien parce que nous en avions une vision dynamique. La divergence porte donc, non pas sur une opposition simplifi&#233;e entre statique et dynamique, mais sur l'appr&#233;ciation diff&#233;rente du sens de la dynamique. Bien s&#251;r, l'issue d'une situation n'est jamais &#171; &lt;i&gt;in&#233;luctable&lt;/i&gt; &#187;. Encore faut-il avoir les bons crit&#232;res pour &#233;valuer les chances des possibles assassin&#233;s. La Ligue a des responsabilit&#233;s. &#192; supposer qu'elle s'y soit d&#233;rob&#233;e, une situation aussi riche de &#171; &lt;i&gt;potentialit&#233;s&lt;/i&gt; &#187; aurait certainement d&#251; trouver d'autres voies d'expression (autour de la candidature &#171; &lt;i&gt;unitaire&lt;/i&gt; &#187; de Bov&#233; face &#224; la &#171; &lt;i&gt;bande des onze&lt;/i&gt; &#187;, par exemple, ou autour de la &#171; &lt;i&gt;candidature de la gauche antilib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187; de Buffet).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'accord, il n'y a pas de quoi &#234;tre triomphalistes pour 4% - juste satisfaits du travail accompli. Mais imaginons que le r&#233;sultat ait &#233;t&#233; inverse, que nous ayons obtenu 1,3% et une candidature antilib&#233;rale plus de 4%. Notre score aurait alors &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; sans aucun doute par ces m&#234;mes camarades comme une preuve de faillite d&#233;finitive, et les 4% Bov&#233; ou Buffet comme une confirmation &#233;clatante (ou triomphale) des &#171; &lt;i&gt;potentialit&#233;s de la dynamique unitaire&lt;/i&gt; &#187; ou du redressement du PC. Pourquoi ne pas consid&#233;rer alors le r&#233;sultat de la campagne d'Olivier comme l'illustration des potentialit&#233;s qui auraient pu &#234;tre plus grandes encore si toute la Ligue avait men&#233; la campagne ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections pr&#233;sidentielles ont ainsi &#233;t&#233; prises dans une vision &#171; routini&#232;re &#187;, dont la fonction principale &#233;tait est de faire appara&#238;tre la LCR dans le champ politique, en s'appuyant sur la personnalit&#233; d'Olivier Besancenot et en g&#233;rant au mieux son capital &#233;lectoral. Au demeurant, il est &#224; pr&#233;sent clair que, d&#232;s le d&#233;but, une partie non n&#233;gligeable de la direction pensait qu'il fallait annoncer tout de suite sa candidature (mais cela aurait &#233;t&#233; minoritaire dans la LCR).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La seule ambition de l'orientation majoritaire aurait donc &#233;t&#233; de s'appuyer sur la personnalit&#233; d'Olivier (de faire une op&#233;ration de com., en somme ?) pour g&#233;rer un bas de laine &#233;lectoral. C'est d&#233;politiser compl&#232;tement le contenu de la campagne et minimiser le travail des militants. La majorit&#233; des militants de la Ligue ne s'est pas content&#233;e de &#171; &lt;i&gt;g&#233;rer un capital &#233;lectoral&lt;/i&gt; &#187; (imaginaire au demeurant, puisque ce que &#171; &lt;i&gt;capital&lt;/i&gt; &#187; a fondu sous l'effet du vote utile). Elle a ram&#233; pendant des mois, d'abord pour arracher une &#224; une les signatures de maires, ensuite pendant deux mois suppl&#233;mentaires pour convaincre un million et demi d'&#233;lecteurs, malgr&#233; le chantage &#224; la peur de Le Pen/Sarko (qui a march&#233; sur l'&#233;crasante majorit&#233; de l'intelligentsia &#171; &lt;i&gt;anti-lib&#233;rale&lt;/i&gt; &#187;), de r&#233;sister &#224; la pression du &#171; &lt;i&gt;vote futile&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;mettre un jugement aussi sommaire, il faut avoir regard&#233; passer le train de la campagne du haut de son balcon. Ce qui, de la part de camarades qui ne se privent g&#233;n&#233;ralement pas de reprocher &#224; la Ligue sa passivit&#233; ou son attentisme, ne manque pas d'ironie. Mais l'essentiel n'est pas l&#224;. Il est dans le myst&#232;re d&#233;voil&#233; : &#171; &lt;i&gt;Il est &#224; pr&#233;sent clair&lt;/i&gt; &#187;, disent les camarades, qu'une partie de la direction pensait d&#232;s le d&#233;but qu'il fallait d&#233;clarer la candidature d'Olivier. Ce n'est pas une r&#233;v&#233;lation. Ce qui est &#171; &lt;i&gt;clair &#224; pr&#233;sent&lt;/i&gt; &#187;, c'est qu'il aurait plut&#244;t fallu adopter la position de la CN de juin d&#232;s le congr&#232;s de janvier 2006 : c'est-&#224;-dire &#171; &lt;i&gt;d&#233;clarer la candidature d'Olivier&lt;/i&gt; &#187; comme la meilleure possible, et non comme un pis aller ou un recours par d&#233;faut en cas d'&#233;chec unitaire, et poser clairement d&#232;s ce moment les conditions auxquelles nous &#233;tions pr&#234;ts &#224; la retirer. Nous aurions alors pu mener six mois de bataille dans les collectifs et avec nos &#233;ventuels partenaires, au lieu de laisser l'&#233;quipe dirigeante des collectifs esquiver les d&#233;bats de fond par de mis&#233;rables man&#339;uvres dilatoires (la non soumission au vote de la motion d'Aubagne, ou le l&#226;chage de Bov&#233; au moment du vote dans les collectifs, avec l'illusion que Autain ou Salesse seraient plus acceptables par la direction du PC).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;Et cela &#8211; c'est la seconde question d&#233;cisive - parce que, fondamentalement, sa direction estime que la LCR est la seule alternative politique &#224; gauche du PS.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Voici donc la question d&#233;cisive. Nous ne pensons pas que la Ligue soit &#171; &lt;i&gt;la seule alternative &#224; gauche du PS&lt;/i&gt; &#187;. Mais c'est, en l'&#233;tat actuel des choses la plus solide et la plus coh&#233;rente, donc le meilleur levier pour d&#233;velopper une telle alternative. Le bilan de la campagne le confirme. Et si la Ligue n'est pas la seule alternative, encore faut-il faire l'inventaire de ce que sont les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; LO ? Les camarades sont horrifi&#233;s &#224; l'&#233;vocation d'un accord &#8211; fusse-t-il simplement &#233;lectoral &#8211; avec cette organisation !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Le Parti communiste en tant que tel ? Ils n'y croient pas plus que nous, et nous aurons l'occasion de voir, avec le congr&#232;s extraordinaire annonc&#233;, la polarisation entre les mutants de la mutation (Hue/Gayssot) et les identitaires (Gerin/Bocquet), tous d'accord pour privil&#233;gier malgr&#233; tout l'alliance subalterne avec le PS et pour refuser toute unit&#233; s&#233;rieuse avec la Ligue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Les courants du PC, r&#233;novateurs ou rouges vifs ? Il y a des militants, des cellules, de groupes locaux du PC avec lesquels il est possible de travailler - les municipales seront d'ailleurs un test pour savoir au moins dans les grandes villes ce qui l'emporte entre le ralliement aux listes PS ou la construction d'une alternative &#8211; mais il n'existe pas de courant national organis&#233;. Les refondateurs semblent vou&#233;s &#224; reproduire le sch&#233;ma exp&#233;riment&#233; par plusieurs vagues de r&#233;novation : plus critiques dans le bilan du stalinisme, plus ouverts et unitaires, mais finalement plus droitiers d&#232;s qu'ils rompent les amarres avec la maison m&#232;re (de Fiterman &#224; Herzog en passant par Llabres, la liste est longue et n'est certainement pas close).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La campagne a montr&#233; que, malgr&#233; une situation d&#233;favorable, la n&#233;cessit&#233; d'une alternative (ou d'un nouveau parti) murit et qu'&#233;mergent des &#233;l&#233;ments pour sa construction. Mais ces &#233;l&#233;ments ne sont pas articul&#233;s nationalement et ils risquent de se dissoudre dans le repli localiste si nous ne prenons pas d'initiatives audacieuses. D'o&#249; la campagne de propagande initi&#233;e par Olivier sur la question du nouveau parti &#224; laquelle nous devons donner un contenu programmatique (dans le prolongement du Non de gauche et des campagnes pr&#233;sidentielle et l&#233;gislative), une politique d'alliance (d'ind&#233;pendance vis &#224; vis du PS), et une d&#233;finition organisationnelle d&#233;mocratique (dont la &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocratie&lt;/i&gt; &#187; pl&#233;biscitaire informelle des collectifs constitue le contre exemple).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, d'ailleurs, dans la campagne pour les l&#233;gislatives, qui suivent la pr&#233;sidentielle et o&#249; la gauche radicale, sauf quelques exceptions, se pr&#233;sente de fa&#231;on totalement &#233;clat&#233;e, la LCR s'auto-affirme, face au PS, comme la repr&#233;sentante da la &#171; gauche de combat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le lendemain de la pr&#233;sidentielle, la Ligue est la seule organisation qui se soit adress&#233;e au PC, &#224; LO, aux Collectifs Bov&#233; pour proposer une discussion sur les l&#233;gislatives. Elle n'a re&#231;u &#224; cette proposition &#233;crite que des fins de non-recevoir t&#233;l&#233;phoniques. S'il est juste, au &#171; &lt;i&gt;moment o&#249; le PS annonce qu'il va s'engager dans une refondation en s'ouvrant vers le centre&lt;/i&gt; &#187;, de dire qu'une alternative de la gauche radicale est urgente, se contenter d'affirmer qu'elle &#171; &lt;i&gt;ne peut pas se cristalliser autour de la seule LCR&lt;/i&gt; &#187; est insuffisant. Une simple n&#233;gation (ne peut pas autour de la Ligue&#8230;) ne fait pas une politique : autour de quoi et de qui, dans la situation concr&#232;te, peut-elle se cristalliser ? En politique comme en physique l'attraction est proportionnelle &#224; la masse. Cesser d'h&#233;siter avec les h&#233;sitants, et renforcer la Ligue n'est pas une condition suffisante, mais c'est une condition n&#233;cessaire au d&#233;blocage de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec les camarades AA et SK, nous avons un d&#233;saccord, et m&#234;me plusieurs (d'appr&#233;ciation des potentialit&#233;s de la situation, de m&#233;thode, de conception de l'organisation). Attribuer &#224; la majorit&#233; de la Ligue une orientation reconstruite id&#233;ologiquement, sans citer les textes ni interpr&#233;ter les faits pr&#233;cis intervenus en cours de campagne, n'aide pas &#224; cerner ces d&#233;saccords, &#224; les pr&#233;ciser et &#224; les discuter s&#233;rieusement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;duit &#224; un bilan imaginaire d'une politique imaginaire, le &#171; &lt;i&gt;bilan de la gauche du PS&lt;/i&gt; &#187; propos&#233; au lecteur &#233;tranger, revient &#224; attribuer &#224; la Ligue, en escamotant le r&#244;le des autres acteurs, une responsabilit&#233; presque exclusive et d&#233;mesur&#233;e dans le d&#233;labrement de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est certainement pas intentionnel de la part des camarades, mais leur bilan finit ainsi, involontairement sans doute, par devenir un bilan truqu&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Nous renvoyons &#224; ce propos aux multiples d&#233;clarations d'Olivier Besancenot pendant la campagne, aux textes de Pierre Rousset sur le &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article4979&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bov&#233;thon&lt;/a&gt; et &#224; sa pol&#233;mique avec Pierre Khalfa, aux textes de Samy Johsua, &#224; la correspondance de Daniel Bensa&#239;d avec Michel Husson, et aux tribunes dans Lib&#233;, au texte bilan de Fran&#231;ois Duval, etc. &#8212; Tous ces textes se trouvent sur le site d'&lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ESSF&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir Fran&#231;ois Duval : &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article5976&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quelques remarques post 6 mai 2007&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour plus de d&#233;tail, y compris sur le vote des syndiqu&#233;s, voir le bilan dans Rouge &#8212; sur ESSF : &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article5833&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pr&#233;sidentielle : les r&#233;sultats de la LCR&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article6355&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les r&#233;sultats de la LCR : en progr&#232;s, doit poursuivre ses efforts...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Artous &#171; Un d&#233;calage avec le mouvement r&#233;el &#187;, &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt; n&#176; 173, &#233;t&#233; 2004 ; Stathis Kouv&#233;lakis &#171; Un nouveau cycle politique &#187;, &lt;i&gt;ContreTemps&lt;/i&gt; n&#176;11, septembre 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Daniel Bensa&#239;d, Une r&#233;ponse &#224; Michel Onfray : &lt;a href=&#034;http://www.europe-solidaire.org/spip.php?article4205&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Histoires de mains&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>France 2007 : les le&#231;ons d'une d&#233;faite</title>
		<link>https://lcr.quefaire.lautre.net/France-2007-les-lecons-d-une</link>
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		<dc:date>2009-09-28T14:31:39Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antoine Artous, Stathis Kouv&#233;lakis</dc:creator>


		<dc:subject>Regroupement</dc:subject>
		<dc:subject>PCF</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les r&#233;sultats de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en France marquent un tournant politique majeur dans ce pays. D'abord par la tr&#232;s nette victoire de Sarkozy. Ensuite par l'&#233;chec qu'elle traduit pour la gauche, pour le PS avant tout, mais aussi pour la gauche radicale et antilib&#233;rale. En fait, la pr&#233;sidentielle cl&#244;t ce que certains analystes ont appel&#233; le &#171; cycle politique antilib&#233;ral &#187; qui marquait la vie politique et sociale depuis 1993/94. &lt;br class='autobr' /&gt; Cela, on le verra, n'est pas synonyme pour nous d'une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no06-septembre" rel="directory"&gt;Que Faire ? - LCR - n&#176;06 - Septembre / Novembre 2007&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Regroupement" rel="tag"&gt;Regroupement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/PCF" rel="tag"&gt;PCF&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les r&#233;sultats de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle en France marquent un tournant politique majeur dans ce pays. D'abord par la tr&#232;s nette victoire de Sarkozy. Ensuite par l'&#233;chec qu'elle traduit pour la gauche, pour le PS avant tout, mais aussi pour la gauche radicale et antilib&#233;rale. En fait, la pr&#233;sidentielle cl&#244;t ce que certains analystes ont appel&#233; le &#171; &lt;i&gt;cycle politique antilib&#233;ral&lt;/i&gt; &#187; qui marquait la vie politique et sociale depuis 1993/94&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir, par exemple, St&#233;phane Roz&#232;s, &#171; Penser la radicalit&#233; de la p&#233;riode &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cela, on le verra, n'est pas synonyme pour nous d'une &#171; &lt;i&gt;droitisation&lt;/i&gt; &#187; de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Reste qu'il s'agit d'un tournant dont les effets vont bien au-del&#224; des fronti&#232;res, compte tenu de la situation particuli&#232;re qu'a connu ce pays dans la p&#233;riode pass&#233;e. Et cela engage des analyses et des discussions, notamment dans la gauche radicale, qui ne font que commencer. Cet article, &#233;crit avant de conna&#238;tre les r&#233;sultats des &#233;lections l&#233;gislatives, vise simplement &#224; souligner quelques points qui nous semblent importants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Sarkozy, une victoire strat&#233;gique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Sarkozy est d'ordre strat&#233;gique : apr&#232;s plus d'une d&#233;cennie de crise sociale et politique, elle permet &#224; la droite fran&#231;aise de s'unifier, se reconstruire et se mettre en ordre de combat pour d&#233;velopper une politique ultralib&#233;rale. Depuis 25 ans, le m&#233;canisme de l'alternance se traduisait par un d&#233;saveu du pouvoir en place. Or, alors que l'UMP gouverne le pays depuis 2002, Sarkozy obtient l'un des meilleurs scores de la droite sous la V&#7497; R&#233;publique. Il mord fortement sur l'&#233;lectoral de Le Pen, r&#233;duisant ainsi la nuisance du Front national pour la droite. Alors que durant l'&#232;re Jacques Chirac, la droite semblait politiquement paralys&#233;e et sur la d&#233;fensive, la victoire de Sarkozy traduit une dynamique importante de renouvellement de ses &#233;quipes dirigeantes, mais &#233;galement une rupture politique et id&#233;ologique avec cette &#232;re. Selon une formule souvent r&#233;p&#233;t&#233;e, la droite est &#224; pr&#233;sent &#171; &lt;i&gt;d&#233;complex&#233;e&lt;/i&gt; &#187; et a la volont&#233; d'assumer clairement, au plan politique comme id&#233;ologique, un n&#233;olib&#233;ralisme dur, ouvertement autoritaire. Le ralliement &#224; la majorit&#233; pr&#233;sidentielle de la plupart des d&#233;put&#233;s UDF qui avaient soutenu Bayrou &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle renforce l' h&#233;g&#233;monie de Sarkozy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il a jou&#233; la &#171; &lt;i&gt;rupture&lt;/i&gt; &#187; au plan politico-id&#233;ologique, il n'en f&#251;t pas de m&#234;me en ce qui concerne les institutions de la V&#7497; R&#233;publique, alors que Bayrou, puis S&#233;gol&#232;ne Royal, avan&#231;aient des &#233;l&#233;ments de &#171; &lt;i&gt;modernisation&lt;/i&gt; &#187;, en proposant notamment d'introduire une dimension de proportionnelle dans l'&#233;lection des d&#233;put&#233;s. Sans entrer ici dans les d&#233;tails, il faut souligner que ces institutions &#233;taient devenues un facteur d'immobilisme et de crise. Notamment, &#224; cause du verrouillage politique produit par le syst&#232;me du bipartisme, les deux grands partis se transformant eux-m&#234;mes en &#233;curies des deux candidats (UMP et PS) &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle. D'o&#249; un d&#233;calage important entre le &#171; &lt;i&gt;pays r&#233;el&lt;/i&gt; &#187; et le &#171; &lt;i&gt;pays l&#233;gal&lt;/i&gt; &#187; et des r&#233;actions &#171; &lt;i&gt;antisyst&#232;me&lt;/i&gt; &#187; &#224; l'origine, parmi d'autres facteurs, de la forte pouss&#233;e de Le Pen en 2002. En 2007, la r&#233;action anti-syst&#232;me s'est surtout exprim&#233;e &#224; travers la mont&#233;e (impr&#233;vue) de Bayrou, d'autant qu'il n'existait pas de candidature cr&#233;dible &#224; gauche du PS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sarkozy n'entend pas remettre en cause le bipartisme, il lui permet de structurer son h&#233;g&#233;monie sur la droite, tout en maintenant la polarisation politique entre la droite et la gauche (PS). Toutefois, l'accent fortement populiste de sa campagne &#233;tait une fa&#231;on de r&#233;pondre au d&#233;calage entre le &#171; &lt;i&gt; pays r&#233;el&lt;/i&gt; &#187; et le &#171; &lt;i&gt;pays l&#233;gal&lt;/i&gt; &#187;. Il va poursuivre dans ce sens, en accentuant ce que l'on appelle la &#171; pr&#233;sidentialisation &#187; des institutions. Pour le dire vite, le Pr&#233;sident de la r&#233;publique ne se donnera pas la figure d'un arbitre, mais deviendra un &#171; &lt;i&gt;super premier ministre&lt;/i&gt; &#187;, dirigeant l'action politique quotidienne. Tout en gardant un statut &#224; part, puisqu'il est &#233;lu au suffrage universel, tout en ayant le droit de dissoudre l'Assembl&#233;e nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que classiquement, dans la V&#7497; R&#233;publique, le Premier ministre jouait le r&#244;le d'un &#171; &lt;i&gt;fusible&lt;/i&gt; &#187;, Sarkozy sera donc directement expos&#233;. Mais cela correspond bien &#224; son orientation qui vise &#224; mettre en oeuvre une politique ultra-lib&#233;rale, sans craindre la conflictualit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au contraire, il veut plut&#244;t en jouer et y r&#233;pondre par une forme autoritaire de pr&#233;sidentialisme, appuy&#233;e sur une forte dimension populiste (s&#233;curit&#233;, immigration, identit&#233; fran&#231;aise).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une &#171; &lt;i&gt;droitisation&lt;/i&gt; &#187; de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La rupture est donc importante. Pour autant, peut-on dire - comme on l'entend souvent, et pas seulement dans les m&#233;dias - que le succ&#232;s de Sarkozy est le simple reflet d'une &#171; &lt;i&gt;droitisation&lt;/i&gt; &#187; de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise ? Au cycle anti-lib&#233;ral succ&#233;derait ainsi un cycle lib&#233;ral : le lib&#233;ralisme serait devenu dominant dans le corps social. Cette th&#232;se nous semble erron&#233;e, non pas au sens o&#249; elle serait fausse, mais parce qu'elle s'av&#232;re unilat&#233;rale. La victoire de Sarkozy n'est certes pas un accident, elle a des racines profondes, notamment id&#233;ologiques. Elle s'inscrit dans des tendances ant&#233;rieures au durcissement des politiques n&#233;olib&#233;rales, qu'elle radicalise &#224; son tour. Pour autant, cette victoire n'est en rien un simple prolongement lin&#233;aire et in&#233;luctable de ces tendances. Les gouvernements auxquels a particip&#233; Sarkozy ont connu des d&#233;faites importantes dans toutes les &#233;lections interm&#233;diaires depuis 2002. Ils ont &#233;t&#233; confront&#233;s &#224; de fortes mobilisations sociales, et si la droite a marqu&#233; des points en 2003 (retraites), elle a d&#251; &#224; nouveau reculer d&#233;but 2006 (sur le CPE). Par ailleurs, s'il existe des fractures au sein des classes populaires (exclusion, pr&#233;carit&#233;, ch&#244;mage..) favorisant le discours populiste de Sarkozy, du point de vue politico-id&#233;ologique la situation n'a pas qualitativement chang&#233;e. Le Front national en jouait d'ailleurs depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s de Sarkozy r&#233;side dans sa capacit&#233; &#224; transformer les coordonn&#233;es d'une situation, en intervenant activement dans ses contradictions, et pas simplement &#224; les refl&#233;ter ou les consolider. Les contradictions port&#233;es par le cycle anti-lib&#233;ral s'&#233;taient concentr&#233;es sur le plan politique central (nous y revenons plus loin). Saisissant l'enjeu politique particulier de cette &#233;lection pr&#233;sidentielle dans cette conjoncture, Sarkozy a compris qu'elle ne pouvait pas se gagner &#171; &lt;i&gt;au centre&lt;/i&gt; &#187;. Il fallait apporter une r&#233;ponse &#171; &lt;i&gt;radicale&lt;/i&gt; &#187; &#224; une situation prolong&#233;e de crise politique et sociale que connaissait la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise depuis plus d'une d&#233;cennie. Si Bayrou a essay&#233; de surfer sur les r&#233;actions &#171; anti-syst&#232;me &#187; de l'&#233;lectorat, Sarkozy a su, lui, avancer une perspective de sortie de crise : &#171; &lt;i&gt;la rupture&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pourquoi le caract&#232;re non-pr&#233;d&#233;termin&#233;, activement construit, de la victoire de Sarkozy n'est en rien une bonne nouvelle : s'il ne se contente pas de &#171; &lt;i&gt;traduire&lt;/i&gt; &#187; &#233;lectoralement une droitisation pr&#233;existante, Sarkozy est d'autant mieux plac&#233; pour la faire advenir et l'inscrire durablement dans la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Rien ne serait plus illusoire que de penser que les r&#233;sistances sociales pourront faire face seules &#224; cette l&#233;gitimit&#233; nouvelle, construite sur le terrain politique. Avec son arriv&#233;e au pouvoir devient pr&#233;cis&#233;ment envisageable, en France, ce que les rapports de forces &#233;tablis au cours de la p&#233;riode pass&#233;e &#233;taient parvenus &#224; mettre en &#233;chec, &#224; savoir une th&#233;rapie de choc &#224; la Thatcher. Th&#233;rapie dont il faut souligner que, en Grande-Bretagne m&#234;me, elle n'&#233;tait en rien in&#233;vitable, m&#234;me apr&#232;s le premier succ&#232;s des conservateurs (1979). La contre-r&#233;forme thatch&#233;rienne d&#251;t &#234;tre gagn&#233;e de haute lutte (notamment contre les mineurs en 1984-85) et, malgr&#233; toutes les th&#233;orisations sur le caract&#232;re pr&#233;tendument &#171; &lt;i&gt;h&#233;g&#233;monique&lt;/i&gt; &#187; de son &#171; &lt;i&gt;populisme autoritaire&lt;/i&gt; &#187;, elle ne s'appuyait en rien sur une adh&#233;sion majoritaire de la population &#224; la liquidation de l'&#201;tat social.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du c&#244;t&#233; du PS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; sa pouss&#233;e spectaculaire lors des &#233;lections r&#233;gionales, le PS s'est trouv&#233; dans une situation d'impasse et de crise, qui faisait suite au bilan calamiteux du gouvernement de la &#171; &lt;i&gt;gauche plurielle&lt;/i&gt; &#187; et de l'&#233;limination de Jospin au second tour de la pr&#233;sidentielle de 2005. Sa division ouverte au moment du r&#233;f&#233;rendum sur le TCE, avec l'apparition de courants significatifs remettant en cause l'orientation n&#233;olib&#233;rale, en a &#233;t&#233; l'expression manifeste. Laurent Fabius, qui s'&#233;tait prononc&#233; pour le &#171; &lt;i&gt;non&lt;/i&gt; &#187; en 2005, entendait se situer dans le prolongement de l'&#232;re mitterrandienne, en maintenant l'encrage du PS &#224; &#171; &lt;i&gt;gauche&lt;/i&gt; &#187;. Mais, outre la faible cr&#233;dibilit&#233; du personnage, qui avait &#233;t&#233; une des figures &#233;minentes du social-lib&#233;ralisme, la perspective, du point de vue du PS, paraissait peu cr&#233;dible. Les anciens alli&#233;s de la &#171; g&lt;i&gt;auche plurielle&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;taient effondr&#233;s et/ou avaient pris des distances. Le PS lui-m&#234;me, parti traditionnellement priv&#233; des structures de masse de la sociald&#233;mocratie, est devenu largement autonome de la base sociale de la gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Happ&#233; par les institutions &#233;tatiques et le jeu des alternances gouvernementales, d&#233;pourvu de r&#233;elle substance militante, il est &#233;troitement contr&#244;l&#233; par un appareil central fortement bureaucratis&#233; et un pl&#233;thorique contingent d'&#233;lus. C'est la gauche radicale et antilib&#233;rale qui occupait l'espace politique &#224; gauche du PS. Mais, pour cette m&#234;me raison, et du fait des divisions internes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lors du r&#233;f&#233;rendum interne de novembre 2004, 42 % des membres du PS (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;, la direction du PS ne pouvait poursuivre de fa&#231;on ouverte sa marche au social-lib&#233;ralisme, surtout apr&#232;s la victoire du non au TCE.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#233;gol&#232;ne Royal a donc lanc&#233; sa candidature en contournant le parti. Elle a jou&#233; sur l'aspiration au renouvellement (et la candidature d'une femme), la &#171; &lt;i&gt;modernisation&lt;/i&gt; &#187; de la d&#233;mocratie (d&#233;mocratie participative, etc.), faisant des clins d'oeil sur sa gauche et/ou vers les couches moyennes, tout en reprenant &#224; son compte une version att&#233;nu&#233;e de la th&#233;matique sarkozyenne des &#171; &lt;i&gt;valeurs&lt;/i&gt; &#187; : ordre, travail, identit&#233; nationale, &#233;loge de la famille. Sur les questions &#233;conomiques et sociales, elle a oscill&#233; entre un projet initial inspir&#233; de Tony Blair, et peu distinct sur le fond de celui de Sarkozy, (&#171; &lt;i&gt; r&#233;conciliation avec les entreprises &lt;/i&gt; &#187;, remplacement des droits sociaux par un discours compassionnel et moralisant, d&#233;nonciation de l'&#171; &lt;i&gt;assistanat&lt;/i&gt; &#187; et r&#233;habilitation &#171; &lt;i&gt;&#233;thique&lt;/i&gt; &#187; du &#171; &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; &#187;) et des concessions, souvent de pure circonstance, &#224; des &#233;l&#233;ments plus classiquement social-d&#233;mocrates, sous la pression de son parti ou de la n&#233;cessit&#233; de s'adresser &#224; l'&#233;lectorat de gauche. Et lorsque la pouss&#233;e Bayrou s'est accentu&#233;e dans les sondages, elle a clairement fait appara&#238;tre son orientation : en finir avec l'h&#233;ritage de l'&#232;re Mitterrand pour se tourner vers le centre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle orientation, agr&#233;ment&#233;e de zig-zags, n'&#233;tait en rien capable de proposer une &#171; &lt;i&gt;rupture&lt;/i&gt; &#187;, alternative &#224; celle de Sarkozy. Elle a, au contraire, acc&#233;l&#233;r&#233; le d&#233;litement id&#233;ologique du PS et confort&#233; la posture offensive de la droite, ravie de voir le d&#233;bat sur les &#171; &lt;i&gt;valeurs&lt;/i&gt; &#187; se substituer aux choix en mati&#232;re de politique &#233;conomique et sociale. Si S&#233;gol&#232;ne Royal a engrang&#233; au premier tour une partie des voix &#171; &lt;i&gt;anti-sarkozy&lt;/i&gt; &#187; (le &#171; &lt;i&gt;vote utile&lt;/i&gt; &#187; contre la droite), les votes &#171; anti-syst&#232;me &#187; ont &#233;t&#233; principalement capt&#233;s par Bayrou. Son score m&#233;diocre fait appara&#238;tre que le rel&#226;chement des liens entre le PS et des secteurs d&#233;cisifs de son &#233;lectorat s'est non seulement poursuivi mais qu'il s'est m&#234;me s'accentu&#233; : &#224; la s&#233;cession des couches populaires est venue s'ajouter la distanciation d'une partie significative du salariat interm&#233;diaire et intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au second tour, le r&#233;sultat de Royal est, certes, presque identique &#224; celui de Jospin en 1995. Toutefois, alors que Jospin et le PS se trouvaient au centre d'un dispositif strat&#233;gique (d'alliances, d'orientation etc.), qui allait d&#233;boucher sur &#171; &lt;i&gt;la gauche plurielle&lt;/i&gt; &#187; deux ans plus tard, le PS sort de cette d&#233;faite profond&#233;ment d&#233;sorient&#233; et d&#233;pourvu de perspectives lisibles. Une crise de &#171; &lt;i&gt;refondation&lt;/i&gt; &#187; est en train de s'ouvrir, dont il est trop t&#244;t de d&#233;finir les contours pr&#233;cis. Toutefois, compte tenu du ph&#233;nom&#232;ne Bayrou ( et audel&#224; du devenir politique propre du personnage et du parti qu'il vient de lancer) et de l'affaissement de ses anciens partenaires de gauche (PCF, Verts), la tendance largement dominante de l'appareil sera celle d'un tournant vers le &#171; &lt;i&gt;centre&lt;/i&gt; &#187;, dans le sens d'une rencontre entre le social-lib&#233;ralisme et le lib&#233;ralisme-social qui se d&#233;veloppe d'ailleurs au niveau europ&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La marginalisation de la gauche antilib&#233;rale lors de ces &#233;lections donne, naturellement, de l'espace pour une telle orientation. Sa politique autosuicidaire, dont la fragmentation est &#224; la fois le r&#233;sultat et l'une des causes, qui a men&#233; &#224; cette marginalisation n'aura pas seulement des effets, qui se font d&#233;j&#224; fortement sentir, &#171; &lt;i&gt;&#224; gauche de la gauche&lt;/i&gt; &#187;. C'est une donn&#233;e qui a pes&#233; sur l'ensemble de la situation politique ; et donc de sa dynamique &#224; venir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le bilan des r&#233;sultats &#224; gauche du PS&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au premier tour de la pr&#233;sidentielle, Olivier Besancenot (LCR) atteint 4,08 %, contre 4,25 % en 2002, Arlette Laguiller (LO) 1,33 % contre 5,72 %, G&#233;rard Schivardi (PT) 0,34 % contre 0,45 % pour le candidat du PT en 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les voix d'extr&#234;me gauche passent donc de 10,4 % &#224; 5,75 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie Georges Buffet (PCF), obtient 1,93 % contre 3,37 % pour le candidat du PCF en 2002 et Jos&#233; Bov&#233;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Bov&#233; est un ancien dirigeant de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne et leader (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; 1,32 %3. Enfin, les Verts passent de 5,3 % &#224; 1,57 %. Le constat est sans appel : par rapport &#224; 2002, le recul des voix qui se sont port&#233;es &#224; gauche du PS est consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul Olivier Besancenot tire son &#233;pingle du jeu (gagnant m&#234;me 200 000 voix), sur la base d'une campagne qui a eu un &#233;cho r&#233;el et a vu venir &#224; ses meetings des jeunes &#233;tudiants et salari&#233;s, dont c'&#233;tait souvent la premi&#232;re exp&#233;rience politique, et qui compose une partie significative de son &#233;lectorat. Il existe deux fa&#231;ons de pr&#233;senter ces r&#233;sultats qui renvoient &#224; des analyses diff&#233;rentes de la conjoncture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La direction de la LCR ne se contente pas de se f&#233;liciter du bon r&#233;sultat de son candidat, elle souligne sa port&#233;e quasi historique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Tout d'abord, dans l'&#233;volution des rapports de force au sein de l'extr&#234;me gauche. Le cycle &#233;lectoral d'Arlette Laguiller est bien termin&#233;, alors que celui d'Olivier Besancenot ne fait que commencer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Par ailleurs, toujours selon cette logique, un processus de d&#233;cantation se serait op&#233;r&#233; &#224; gauche du PS. Certes, la LCR aurait men&#233; une bataille pour l'unit&#233; de la gauche antilib&#233;rale. Mais les divergences &#233;taient trop importantes avec des courants qui n'ont pas clairement affirm&#233; leur ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du PS. De surcro&#238;t, il faut bien constater que ces courants et militants &#171; &lt;i&gt;&#224; gauche de la gauche&lt;/i&gt; &#187; sont le produit de l'exp&#233;rience pass&#233;e, alors que la LCR, elle, gr&#226;ce notamment &#224; la candidature Olivier Besancenot, est en phase avec les nouvelles g&#233;n&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre analyse est diff&#233;rente. Le bilan est un &#233;chec pour l'ensemble de la gauche radicale eu &#233;gard au enjeux politiques que repr&#233;sentait la n&#233;cessit&#233; d'une candidature unitaire antilib&#233;rale qui, de plus, &#233;tait possible. Le faible r&#233;sultat de l'ensemble des voix &#224; gauche du PS renvoie principalement &#224; l'absence d'une alternative unitaire cr&#233;dible. Le &#171; &lt;i&gt;vote utile&lt;/i&gt; &#187; pour S&#233;gol&#232;ne Royal, qui, selon les enqu&#234;tes, &#224; touch&#233; pr&#232;s de la moiti&#233; de l'&#233;lectorat de l'extr&#234;me-gauche de 2002, traduit lui-m&#234;me la perception du vote pour l'un(e) des multiples candidats de la gauche radicale comme un &#171; &lt;i&gt;vote inutile&lt;/i&gt; &#187;, &#233;troitement identitaire ou protestataire, incapable de peser sur le rapport de forces d'ensemble et d'ouvrir une perspective de rupture &#224; gauche. Car l'enjeu se situait bien &#224; ce niveau, et c'est pourquoi l'abandon de la perspective unitaire &#233;quivalait &#224; un abandon du terrain de l'alternative politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La LCR s'en sort certes nettement mieux que les autres, mais, justement, cela montre la place qu'elle occupe et les responsabilit&#233;s particuli&#232;res qui sont les siennes. Il semble difficile de consid&#233;rer que le maintien d'Olivier Besancenot autour de 4% des suffrages soit un r&#233;sultat &#224; la hauteur des potentalit&#233;s d'une p&#233;riode de mobilisations sociales et &#233;lectorales exceptionnelles, parfois m&#234;me victorieuses, et alors que, pour la premi&#232;re fois depuis des d&#233;cennies, le social-lib&#233;ralisme &#233;tait ouvertement bouscul&#233; sur sa gauche par le &#171; &lt;i&gt;non&lt;/i&gt; &#187; au r&#233;f&#233;rendum et, surtout, par la force de la campagne unitaire du &#171; non &#187; de gauche. Enfin, il est illusoire de croire qu'une nouvelle force politique va se construire essentiellement &#224; partir de &#171; &lt;i&gt;jeunes&lt;/i&gt; &#187; qui font leur premi&#232;re exp&#233;rience, en contournant les courants politiques issus du cycle pass&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La LCR, loin de l&#224;, n'est pas la seule responsable de ce bilan. Mais, compte tenu de sa place et du fait que nous en sommes des militants, nous nous contenterons de quelques remarques sur sa politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour en arri&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;clairer ce qui s'est jou&#233;, il faut entrer plus en d&#233;tail dans la p&#233;riode pass&#233;e et souligner l'inflexion dans les cordonn&#233;es de la situation politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire un peu sch&#233;matiquement, l'&#233;chec des luttes contre la r&#233;forme des retraites en 2003 (comme les effets des difficult&#233;s internationales du mouvement altermondialiste) annonce l'essoufflement de la &#171; &lt;i&gt;phase sociale&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;mouvementiste&lt;/i&gt; &#187; du cycle antilib&#233;ral, dans laquelle le mouvement social semblait pouvoir se d&#233;velopper par l'effet de sa seule dynamique propre. S'annonce alors un &#171; &lt;i&gt;retour de la politique&lt;/i&gt; &#187; qui s'exprime spectaculairement dans la pouss&#233;e du PS aux &#233;lections r&#233;gionales&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Antoine Artous &#171; Un d&#233;calage avec le mouvement r&#233;el &#187;, Critique communiste (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 1995, la force de la LCR - et le succ&#232;s de la candidature d'Olivier Besancenot en 2002 en &#233;tait l'expression - r&#233;sidait dans sa capacit&#233; &#224; &#233;pouser l'aspect multiforme du mouvement social pour, en quelque sorte, se positionner comme son aile radicale. Toutefois, l'&#233;chec de 2003 fait appara&#238;tre les limites d'un tel profil politique articul&#233; autour de deux axes : une bataille pour les luttes et la pr&#233;paration d'une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et un discours propagandiste sur la n&#233;cessaire &#171; &lt;i&gt;rupture&lt;/i&gt; &#187; avec le syst&#232;me capitaliste. Le contenu de l'accord et de la campagne LCR et LO lors &#233;lections r&#233;gionales de 2004 montre que la direction de la LCR a du mal &#224; se repositionner par rapport aux d&#233;placements des conflits sur le terrain politique. En effet, elle pr&#233;sente ces listes comme le seul vote de gauche utile au premier tour contre la droite. C'est une vision un peu hallucin&#233;e de la r&#233;alit&#233; : du point de vue du vote utile contre la droite, les &#233;lecteurs ont choisi le PS. Mais, au second tour, la LCR n'appelle pas &#224; voter pour le PS (ni m&#234;me simplement &#224; battre la droite). La politique unitaire vis-&#224;-vis de LO ne s'est pas poursuivie. Par contre, une certaine vision du champ politique &#224; gauche du PS s'est de plus en plus clairement affirm&#233;e. Pour la direction de la LCR, tout se passe comme si l'ensemble des courants existant entre le PS et la LCR expriment, au mieux, un simple processus de d&#233;composition politique sans avenir, au pire, un pont tendu vers le social-lib&#233;ralisme. Il ne s'agit pas de nier la difficult&#233; li&#233;e &#224; l'absence de cristallisation nationale de courants significatifs, autonomes vis&#224;- vis du PS et/ou critiques vis &#224; vis de la direction du PCF, mais la direction de la LCR a tendance &#224; consid&#233;rer tout processus allant dans ce sens comme un obstacle. Pour elle, au-del&#224; des discours, tout se passe comme si la Ligue &#233;tait la seule alternative politique au PS, capable de polariser directement autour d'elle les militants qui veulent s'engager dans la construction d'une nouvelle force politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avec ce profil que la LCR s'engage dans la bataille contre le Trait&#233; constitutionnel, lors du r&#233;f&#233;rendum de mai 2005. Conform&#233;ment &#224; ses traditions (et contrairement &#224; LO), elle est tr&#232;s active dans la campagne unitaire pour un &#171; n&lt;i&gt;on de gauche&lt;/i&gt; &#187;. Cela, naturellement, est important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois lorsque, au-del&#224; de l'unit&#233; d'action r&#233;alis&#233;e sur le terrain, il s'agit de prendre la mesure des enjeux de la conjoncture ouverte par la victoire du non et les enjeux politiques ouvert pour la gauche radicale, alors des probl&#232;mes apparaissent &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le regroupement des partisans d'un &#171; &lt;i&gt;non de gauche au TCE&lt;/i&gt; &#187; avait certes un aspect h&#233;t&#233;rog&#232;ne : un courant de &#171; &lt;i&gt;gauche&lt;/i&gt; &#187; du PS (PRS, dirig&#233; par Jean- Luc M&#233;lenchon), la gauche des Verts, le PCF, la LCR, des courants et des personnalit&#233;s &#224; gauche du PCF, ATTAC, une personnalit&#233; comme Jos&#233; Bov&#233;, embl&#233;matique de l'altermondialisme... Mais il apparaissait comme l'expression d'une gauche radicale, se d&#233;marquant nettement du social-lib&#233;ralisme du PS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi s'y est reconnue une part tr&#232;s importante des militants critiques (syndicalistes, associatifs, altermondialistes..) qui avaient &#233;t&#233; des &#171; &lt;i&gt;animateurs&lt;/i&gt; &#187; des mobilisations pass&#233;es. Il en est r&#233;sult&#233; une innovation importante, un r&#233;seau de plusieurs centaines de comit&#233;s unitaires, forts de dizaines de milliers de participants (dont une part importante sans affiliation partidaire) et couvrant une large partie du territoire national. Ce r&#233;seau a permis, pour la premi&#232;re fois sans doute depuis les ann&#233;es 1970, de d&#233;passer la fragmentation entre courants oppos&#233;s et de poser concr&#232;tement la question d'une recomposition politique en rupture avec le social-lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, il fallait un contenu &#224; cette unit&#233; et un projet qui permette de structurer politiquement ce d&#233;but de recomposition sur le terrain militant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question essentielle &#233;tait celle de l'ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du PS. L'affirmation selon laquelle le candidat unitaire et les forces le soutenant ne participeraient pas ni &#224; un gouvernement, ni &#224; une majorit&#233; parlementaire avec le PS. Cette exigence &#233;tait d&#233;fendue (il faut le souligner) par tous les courants de la Ligue. Et d&#232;s septembre 2006, les collectifs (inclus le PCF) adopt&#232;rent un premier texte allant clairement dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait possible d'am&#233;liorer ce texte. Surtout si la direction de la Ligue avait explicitement dit qu'elle serait d'accord pour un candidat unitaire si cette condition &#233;tait remplie. Mais elle ne proc&#233;da jamais ainsi, multipliant les surench&#232;res et refusant obstin&#233;ment de prendre la mesure de l'acquis que constituait l'existence du r&#233;seau de comit&#233;s unitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisant comme si les positions politiques prises par les comit&#233;s n'existaient pas, s'abstenant de la bataille qui s'y est men&#233;e, elle a centr&#233; ses critiques sur l'orientation politique de la direction du PCF qui, effectivement, poussait dans le sens du maintien d'un accord possible avec le PS. Tout en ayant comme objectif (non d&#233;clar&#233;) de pr&#233;senter Marie-Georges Buffet comme candidat unitaire de la gauche antilib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une candidature unitaire &#233;tait possible&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La politique de la direction de la LCR laissa alors de grandes marges de man&#339;uvre &#224; celle de la direction du PCF, surtout apr&#232;s l'annonce officielle de la candidature d'Olivier Besancenot (juin 2006), qui s'est traduite par le retrait de facto du processus des candidatures unitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Ligue se trouva dans l'incapacit&#233; de peser dans la crise du PCF qui devenait de plus en plus ouverte, touchant m&#234;me sa direction nationale et de nombreux &#233;lus, qui se sont d&#233;clar&#233;s pour une candidature unitaire et non pour celle de M.G Buffet&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fin 2007, M.G. Buffet s'autoproclame candidate unitaire de la gauche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait illusoire de croire que le PCF dans son ensemble allait se rallier &#224; une candidature unitaire sur la base d'une claire ind&#233;pendance vis-&#224;-vis du PS. Par contre, il est apparu qu'une telle candidature &#233;tait possible sur la base d'une crise ouverte du PCF, en regroupant une partie tr&#232;s importante de ses militants (et une partie de sa direction et de ses &#233;lus) et l'ensemble des autres composantes du mouvement ; &#224; l'exception possible du courant &#171; &lt;i&gt;gauche&lt;/i&gt; &#187; du PS, m&#234;me si une telle candidature aurait un impact sur des militants socialistes. Compte tenu de sa place, la LCR avait ici un r&#244;le cl&#233; &#224; jouer. Notamment, au plan politique car il est &#233;vident que sa pr&#233;sence active au sein de ce mouvement unitaire &#233;tait une garantie de son profil et de sa dynamique politique. Il n'en a rien &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; expliquer les raisons de cette orientation politique de la LCR. Au-del&#224; des jeux d'alliance entre divers courants internes, deux questions d&#233;cisives apparaissent. La premi&#232;re tient &#224; l'analyse d'ensemble de la conjoncture et de la place de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifestement, la direction de la LCR n'a pas compris les enjeux politiques qui s'y cristallisaient du point de vue de la condensation des rapports de forces entre les classes et, en cons&#233;quences, les enjeux que repr&#233;sentait une candidature unitaire de la gauche radicale. Et c'est d'ailleurs une constante de la LCR durant le cycle pass&#233; de sous-estimer les moments politiques de cristallisation des luttes des classes, au profit d'une approche essentiellement &#171; &lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;mouvementiste&lt;/i&gt; &#187;, (qui n'en en rien contradictoire &#224; un propagandisme politique abstrait) de ces luttes. Cette sous-estimation de la dimension politique &#233;tait &#233;troitement li&#233;e &#224; une compr&#233;hension &#171; &lt;i&gt;statique&lt;/i&gt; &#187; de la conjoncture r&#233;cente, qui en sous-estimait les &#233;l&#233;ments de crise et d'instabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette vision &#171; &lt;i&gt;pessimiste&lt;/i&gt; &#187; para&#238;t aujourd'hui confort&#233;e par la victoire de Sarkozy (qui, comme nous l'avons sugg&#233;r&#233; auparavant, a su trancher &#224; vif, et &#224; droite, dans la crise), mais c'est au prix d'un v&#233;ritable refoulement des potentialit&#233;s de la p&#233;riode &#233;coul&#233;e et des responsabilit&#233;s de la gauche radicale dans une issue qui &#233;tait, &#224; notre sens, tout sauf in&#233;luctable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;lections pr&#233;sidentielles ont ainsi &#233;t&#233; prises dans une vision &#171; routini&#232;re &#187;, dont la fonction principale &#233;tait, est de faire appara&#238;tre la LCR dans le champ politique, en s'appuyant sur la personnalit&#233; d'Olivier Besancenot et en g&#233;rant au mieux son capital &#233;lectoral. Au demeurant, il est &#224; pr&#233;sent clair que, d&#232;s le d&#233;but, une partie non n&#233;gligeable de la direction pensait qu'il fallait annoncer tout de suite sa candidature (mais cela aurait &#233;t&#233; minoritaire dans la LCR). Et cela - c'est la seconde question d&#233;cisive - parce que, fondamentalement, sa direction estime que la LCR est la seule alternative politique &#224; gauche du PS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, d'ailleurs, dans la campagne pour les l&#233;gislatives, qui suivent la pr&#233;sidentielle et o&#249; la gauche radicale, sauf quelques exceptions, se pr&#233;sente de fa&#231;on totalement &#233;clat&#233;e, le LCR s'auto-affirme, face au PS, comme la repr&#233;sentante da la &#171; &lt;i&gt;gauche de combat&lt;/i&gt; &#187;. Et, outre l'appel &#224; la mobilisation et l'unit&#233; qu'elle propose &#224; l'ensemble de la gauche des syndicats contre les futurs mauvais coups de Sarkozy, elle s'adresse aux jeunes &#233;tudiants et travailleurs qui ont vot&#233; pour Olivier Besancenot afin de construire une nouvelle force anticapitaliste, dont elle serait le creuset. Cela au moment o&#249; le PS annonce qu'il va s'engager dans une refondation, en s'ouvrant vers le centre, renfor&#231;ant ainsi le besoin d'une alternative de la gauche radicale qui, &#224; moins d'avoir une vision d&#233;form&#233;e de la r&#233;alit&#233;, ne peut se cristalliser autour de la seule LCR... Mais ici commence une autre histoire et d'autres d&#233;bats...&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;France 1995-2007 : quelques dates cl&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1995 : Pr&#233;sidentielle : &#233;lection de Chirac (contre Jospin), gr&#232;ves de novembre/d&#233;cembre qui mettent en &#233;chec le plan du premier ministre Jupp&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 1997 : Chirac dissout l'Assembl&#233;e, victoire de la gauche, gouvernement Jospin de la &#171; &lt;i&gt;gauche plurielle&lt;/i&gt; &#187; (PS+ PCF + Verts)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2002 : Forte pouss&#233;e de l'extr&#234;me gauche aux &#233;lections pr&#233;sidentielles d'avril-mai (10,4%), effondrement du PCF (3,4%), Le Pen au second tour, le PS &#233;limin&#233;, Chirac &#233;lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2003 : fortes mobilisations sociales au printemps contre la r&#233;forme des retraites, qui se soldent par un &#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2004 : &#233;lections r&#233;gionales de mars, d&#233;faite de la droite, le PS devient majoritaire dans la quasi-totalit&#233; des r&#233;gions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2005 : victoire du non au r&#233;f&#233;rendum de mai sur le TCE ( Trait&#233; constitutionnel europ&#233;en), &#171; &lt;i&gt;&#233;meutes&lt;/i&gt; &#187; dans les quartiers populaires &#224; l'automne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2006 : de l'hiver au printemps, gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale &#233;tudiante et mobilisations de masse des syndicats font reculer le gouvernement sur le TCE (contrat de travail pr&#233;caire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; 2007 : &#233;lections pr&#233;sidentielles d'avril-mai, avec une tr&#232;s forte participation &#233;lectorale (8 millions d'&#233;lecteurs suppl&#233;mentaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier tour, Nicolas Sarkozy (UMP, droite) obtient 31,18 % des voix et S&#233;gol&#232;ne Royal (PS) 25,87 %. Le centriste Bayrou (UF) obtient 18, 57 % des voix, contre 6,8 % en 2002, alors que Le Pen (Front national recule &#224; 10,44 % contre 6,84 en 2002. M&#234;me si Ollivier Besancenot (LCR) fait un bon score par rapport aux autres candidats &#224; gauche du PS, la gauche radicale et antilib&#233;rale recule fortement (9,1% contre 13,8% en 2002).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au second tour, Nicolas Sarkozy est &#233;lu avec 53,06 % contre 46,94 % pour S&#233;gol&#232;ne Royal. Sarkozy l'emporte largement parmi les retrait&#233;s, les agriculteurs, les artisans et les commer&#231;ants, mais aussi les cadres, et il obtient plus de 40% des voix parmi les classes populaires (ouvriers, employ&#233;s), un niveau comparable &#224; celui de Chirac en 1995. Royal l'emporte nettement parmi les jeunes et, de fa&#231;on moins nette, dans les classes populaires et le salariat interm&#233;diaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://www.vientosur.info/" class="spip_out"&gt;Article publi&#233; dans Viento Sur et reproduit avec l'accord de leurs auteurs.&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir, par exemple, St&#233;phane Roz&#232;s, &#171; Penser la radicalit&#233; de la p&#233;riode &#187;, &lt;i&gt;ContreTemps&lt;/i&gt; n&#176;11, septembre 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Lors du r&#233;f&#233;rendum interne de novembre 2004, 42 % des membres du PS s'&#233;taient prononc&#233;s contre le TCE.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Jos&#233; Bov&#233; est un ancien dirigeant de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne et leader altermondialiste tr&#232;s m&#233;diatis&#233; en France, Jos&#233; Bov&#233; &#233;tait le candidat de militants des comit&#233;s pour une candidature antilib&#233;rale unitaire qui ne se reconnaissait pas dans la candidature d'O. Besancenot et de M.G Buffet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Antoine Artous &#171; Un d&#233;calage avec le mouvement r&#233;el &#187;, &lt;i&gt;Critique communiste&lt;/i&gt; n&#176; 173, &#233;t&#233; 2004 ; Stathis Kouv&#233;lakis &#171; Un nouveau cycle politique &#187;, &lt;i&gt;ContreTemps&lt;/i&gt; n&#176;11, septembre 2004&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Fin 2007, M.G. Buffet s'autoproclame candidate unitaire de la gauche antilib&#233;rale, des courants critiques du PCF et certains &#233;lus iront alors jusqu'au soutien de la candidature de Jos&#233; Bov&#233;, d&#233;clar&#233; tr&#232;s peu de temps avec l'&#233;lection.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>LCR : sortir de l'impasse</title>
		<link>https://lcr.quefaire.lautre.net/LCR-sortir-de-l-impasse</link>
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		<dc:date>2009-09-24T22:37:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		


		<dc:subject>Regroupement</dc:subject>
		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>PCF</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;P&#233;riode de crise politique. La base de compr&#233;hension de toute la p&#233;riode est la crise structurelle du capitalisme des ann&#233;es 60. Elle est &#224; l'origine de la restructuration du capitalisme et l'offensive lib&#233;rale qui a pu se faire sur base des d&#233;faites des ann&#233;es 70 et du reflux des luttes des ann&#233;es 80. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors que la classe dirigeante n'a pas r&#233;ussi &#224; r&#233;soudre les contradictions &#224; l'origine de la crise, elle doit, depuis la fin des ann&#233;es 90, faire en plus face &#224; un retour des r&#233;sistances. (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no05-novembre-2006" rel="directory"&gt;Que Faire ? - LCR - n&#176;05 - Novembre 2006&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Regroupement" rel="tag"&gt;Regroupement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Crise" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/PCF" rel="tag"&gt;PCF&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;P&#233;riode de crise politique. La base de compr&#233;hension de toute la p&#233;riode est la crise structurelle du capitalisme des ann&#233;es 60. Elle est &#224; l'origine de la restructuration du capitalisme et l'offensive lib&#233;rale qui a pu se faire sur base des d&#233;faites des ann&#233;es 70 et du reflux des luttes des ann&#233;es 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la classe dirigeante n'a pas r&#233;ussi &#224; r&#233;soudre les contradictions &#224; l'origine de la crise, elle doit, depuis la fin des ann&#233;es 90, faire en plus face &#224; un retour des r&#233;sistances.&lt;br class='autobr' /&gt;
D'o&#249; la crise politique qui se traduit de plus en plus comme crise de l'h&#233;g&#233;monie sur la soci&#233;t&#233; (fin du consensus conservateurs-social-d&#233;mocratie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise touche particuli&#232;rement les directions traditionnelles du mouvement ouvrier qui sont des relais, m&#234;me contradictoires, de l'h&#233;g&#233;monie sur le mouvement ouvrier (social-d&#233;mocratie et stalinisme). Ceci explique l'&#233;mergence d'Attac &#224; la fin des ann&#233;es 90 et le succ&#232;s de la candidature Besancenot en 2002.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la part des classes dirigeantes, diff&#233;rentes strat&#233;gies sont mises en &#339;uvre pour reconqu&#233;rir cette h&#233;g&#233;monie. Ces strat&#233;gies sont &#224; analyser et sans doute se combinent et se succ&#232;dent : cooptation de fractions du mouvement ouvrier, bonapartisme, fascisme&#8230;&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans notre camp, nous devons analyser le ph&#233;nom&#232;ne de radicalisation. En rester au simple constat d'une radicalisation n'est pas en soi suffisant. C'est pour cela qu'il est plus juste de l'analyser en tant que polarisation de classe. Il ne suffit pas de dire que nous ne sommes pas dans p&#233;riode r&#233;volutionnaire ou que s'opposeraient simplement deux analyses de la p&#233;riode : une optimiste et une pessimiste. Nous sommes dans une p&#233;riode de rupture avec les ann&#233;es de reflux mais c'est une p&#233;riode de transition qui combine des &#233;l&#233;ments du pass&#233; (qui p&#232;sent plus sur secteurs traditionnels et forces organis&#233;es) et un nouvel esprit de riposte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; pr&#233;sent, nous avons plut&#244;t connut des d&#233;faites que des victoires. Mais nous avons aussi connu des victoires, m&#234;me si elles ne touchaient pas le c&#339;ur de la classe et pas les couches les plus organis&#233;es : jeunesse (victoire contre le CPE), les sans, les intellectuels. Cela nourrit la combinaison de gauchisme et de pessimisme. La victoire contre le TCE a elle d&#233;montr&#233; qu'il &#233;tait possible de toucher fortement le c&#339;ur de notre classe, m&#234;me si ce n'&#233;tait qu'&#233;lectoralement. La campagne du 29 mai est donc une &#233;tape politique cl&#233; dans l'&#233;mergence d'une alternative politique au social lib&#233;ralisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise dans la LCR&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une crise touche la LCR. C'est une organisation nettement plus petite et plus jeune mais elle subit avec retard la crise qui a d&#233;j&#224; touch&#233; le PCF ou les syndicats. Cette crise se cristallise sur la question du regroupement et des candidatures unitaires. Cette crise strat&#233;gique est &#224; la fois une crise actuelle d'orientation et mais aussi une crise th&#233;orique plus profonde.&lt;br class='autobr' /&gt;
Deux grandes orientations dominent dans la LCR. L'une est la diff&#233;renciation permanente vis &#224; vis de la dynamique du regroupement. L'autre exprime la tendance &#224; substituer la perspective d'un regroupement &#224; la construction de la LCR. Ces deux orientations (qui ne s'expriment pas par des blocs homog&#232;nes au sein de l'organisation) se nourrissent respectivement : la crainte d'une dilution de la LCR dans un regroupement plus large justifiant le repli tandis que l'absence de politique offensive de la LCR dans le regroupement justifie une tendance &#224; l'autonomisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux orientations ne naissent pas du vide. Il y a une double pression &#224; l'origine de la crise d'orientation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Celle du mouvement pour &#224; la fois l'unit&#233; et la recherche d'une r&#233;ponse politique &#224; la crise. Le r&#233;formisme y est pr&#233;sent car il prend ses racines dans les id&#233;es dominantes au sein de la classe (qui sont celles de la classe dominante ! ), et pas simplement par les appareils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; La crise th&#233;orique qui frappe particuli&#232;rement la LCR sur quel type de parti construire et notamment sur le lien parti-mouvement (cf. d&#233;bats strat&#233;giques)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Unit&#233; et combat politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'exemple du Br&#233;sil montre le basculement d'une position de soutien au PT sans construction d'un r&#233;el courant r&#233;volutionnaire &#224; l'assimilation au PT qui prend un cours social-lib&#233;ral d'une part importante de DS (courant de la 4&#232;me Internationale au Br&#233;sil). En Italie, des d&#233;bats importants naissent dans la gauche de Rifundazione &#224; propos de l'attitude des 3 parlementaires membres de la 4&#232;me Internationale qui peuvent faire tomber le gouvernement du lib&#233;ral Prodi en s'opposant au vote des cr&#233;dits de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, il y a une grande importance mise dans les d&#233;bats interne de la Ligue sur la direction du PCF et en m&#234;me temps des d&#233;bats pour savoir si le PCF a une quelconque importance. Il y a d'une certaine mani&#232;re sur et sous estimation du r&#244;le jou&#233; par le PCF, sous estimation des opportunit&#233;s actuelles et sous estimation de l'importance du combat politique &#224; mener contre le r&#233;formisme au sein du mouvement unitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;bats actuels se cristallisent sur question de regroupement antilib&#233;ral mais ils existent potentiellement aussi dans la LCR sur le positionnement vis &#224; vis de la r&#233;sistance &#224; imp&#233;rialisme (cf d&#233;bats sur Hezbollah) ou sur l'islamophobie. Ceci affleure dans toute question concr&#232;te : comment articuler construction unitaire d'un mouvement (antilib&#233;ral, anti imp&#233;rialiste, syndical&#8230;) o&#249; coexistent, voir m&#234;me dominent, des id&#233;es que nous ne partageons pas et bataille politique des r&#233;volutionnaires. On retrouve ce m&#234;me d&#233;bat sur les suites &#224; donner au mouvement anti-CPE dans la jeunesse.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; la crise d'orientation : une troisi&#232;me voie pour la LCR&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est que se reconstituent &#224; la fois mouvement ouvrier et direction r&#233;volutionnaire au sein de ce mouvement dans ces nouvelles conditions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se traduit par le regroupement et le parti &#8211; la campagne pour collectifs unitaires (et actuellement les candidatures unitaires) et la construction de la LCR. Nous pensons que les diff&#233;rentes &#233;tapes du regroupement constituent des m&#233;diations vers une nouvelle force dans le cadre d'une strat&#233;gie r&#233;volutionnaire visant &#224; construire un parti de masse. C'est un processus qui prendra du temps. Cette orientation est la base pour laquelle nous construisons la PF4.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de convaincre au fur et mesure des &#233;v&#233;nements pour que l'orientation esquiss&#233;e par la PF4 puisse &#234;tre celle de l'organisation. Nous devons d&#233;velopper la PF4 dans cette optique c'est-&#224;-dire comme troisi&#232;me voie, comme orientation alternative pour toute la LCR donc alternative &#224; la fois aux orientations actuelles de la PF1/2 et &#224; la PF3 (ce qui n'emp&#234;che pas des alliances).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des avanc&#233;es ou des &#233;checs &#224; court-terme cette question d'orientation pour la LCR va continuer &#224; se poser :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; partir de la question sp&#233;cifique de la dynamique des collectifs unitaires&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; &#224; partir d'autres questions (orientation dans la jeunesse, mouvement anti-guerre, intervention dans les syndicats&#8230;)&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;R&#233;pondre &#224; la crise th&#233;orique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;veloppement de la PF4 devra s'appuyer sur le d&#233;veloppement d'une r&#233;ponse au d&#233;bat soulev&#233; dans la LCR sur les questions strat&#233;giques. Cela n&#233;cessite de mener un combat th&#233;orique sur les questions soulev&#233;es dans la LCR : d&#233;bat strat&#233;gique sur la n&#233;cessit&#233; ou pas de parti, caract&#233;risation de la p&#233;riode, question nationale, d&#233;veloppement de la conscience&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La revue &#171; &lt;i&gt;Que faire ?&lt;/i&gt; &#187; est un outil central. Elle vise &#224; &#234;tre un outil en d&#233;veloppant les d&#233;bats soulev&#233;s dans la LCR sur son orientation et sa strat&#233;gie et en les nourrissant th&#233;oriquement dans un cadre le plus ouvert possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;laboration d'une strat&#233;gie nouvelle passe par la discussion et la confrontation. Son objectif est d'unir autour de la revue militant-e-s de la LCR qui se battent et &#233;laborent dans le sens de cette &#8216;troisi&#232;me voie' au sens large.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le PCF face &#224; ses contradictions</title>
		<link>https://lcr.quefaire.lautre.net/Le-PCF-face-a-ses-contradictions</link>
		<guid isPermaLink="true">https://lcr.quefaire.lautre.net/Le-PCF-face-a-ses-contradictions</guid>
		<dc:date>2009-09-15T13:51:54Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Hendrik Davi</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;formisme</dc:subject>
		<dc:subject>PCF</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Du 24 au 27 mars derniers, le PCF a tenu au Bourget son 33&#232;me congr&#232;s. Apr&#232;s les ann&#233;es Hue qui manqu&#232;rent de d&#233;truire le parti, la strat&#233;gie d'ouverture et de radicalisation de Buffet, lui a permis de retrouver des forces. N&#233;anmoins ses contradictions internes ne lui permettent pas de d&#233;finir une orientation claire. Etats des lieux d'un parti, qui du NON &#224; la constitution europ&#233;enne &#224; la lutte contre le CPE, a &#233;t&#233; ces derniers temps un alli&#233;. &lt;br class='autobr' /&gt; Depuis 1995, nous observons un renouveau des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no03-avril-juin-2006" rel="directory"&gt;Que Faire ? - LCR - n&#176;03 - Avril/juin 2006&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Reformisme" rel="tag"&gt;R&#233;formisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/PCF" rel="tag"&gt;PCF&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du 24 au 27 mars derniers, le PCF a tenu au Bourget son 33&#232;me congr&#232;s. Apr&#232;s les ann&#233;es Hue qui manqu&#232;rent de d&#233;truire le parti, la strat&#233;gie d'ouverture et de radicalisation de Buffet, lui a permis de retrouver des forces. N&#233;anmoins ses contradictions internes ne lui permettent pas de d&#233;finir une orientation claire. Etats des lieux d'un parti, qui du NON &#224; la constitution europ&#233;enne &#224; la lutte contre le CPE, a &#233;t&#233; ces derniers temps un alli&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis 1995, nous observons un renouveau des luttes, associ&#233;es &#224; une radicalisation et &#224; une g&#233;n&#233;ralisation politique d'une partie de ce qu'on appelait commun&#233;ment le &#8216;peuple de gauche'. Dans la sph&#232;re des id&#233;es, ceci s'est traduit par la renaissance d'un r&#233;formisme radical (port&#233; par Attac) et une augmentation de l'audience des id&#233;es r&#233;volutionnaires. Ce renouvellement, &#224; gauche est aussi permis par la poursuite du d&#233;clin du PCF et sa perte d'h&#233;g&#233;monie. Pour enrayer ce d&#233;clin, sous la pression de sa base et suite &#224; une analyse critique de ses diff&#233;rentes participations aux gouvernements de gauche, le PCF a fortement radicalis&#233; son discours. Le 32&#232;me congr&#232;s du PCF a marqu&#233; un tournant, M.-G. Buffet y a rappel&#233; avec insistance la n&#233;cessit&#233; d'une r&#233;volution (elle a utilis&#233; six fois la phrase &#171; &lt;i&gt;il y a besoin de r&#233;volution&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte de cl&#244;ture du 32&#232;me congr&#232;s du PCF, 6 avril 2003, Marie George Buffet, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cette radicalisation associ&#233;e &#224; une ouverture aux mouvements sociaux lui a permis de rebondir lors des &#233;lections r&#233;gionales et surtout lors de la campagne victorieuse contre le r&#233;f&#233;rendum portant sur la constitution europ&#233;enne. Mais ce processus accentue la contradiction entre la base radicalis&#233;e et les int&#233;r&#234;ts &#233;lectoralistes, qui rendent la compromission avec le PS quasi indispensable. La recomposition &#224; gauche rend possible l'&#233;mergence d'une nouvelle force en rupture avec le lib&#233;ralisme. Le choix des tactiques &#224; adopter en vue de la cr&#233;ation de cette nouvelle force requiert toutefois une analyse d&#233;taill&#233;e de la nature et de l'histoire des parties qui composent la gauche radicale ; le PCF, en est l'&#233;l&#233;ment partisan central. Sa situation actuelle et son histoire donnent des &#233;clairages sur les tactiques que les r&#233;volutionnaires peuvent engag&#233;es vis-&#224;-vis de lui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;tat du PCF et nature des contradictions qui le traversent.&lt;/h2&gt;&lt;div class='spip_document_16 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L400xH448/petitpcf-b57c5.jpg?1296303459' width='400' height='448' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Figure 1 et 2
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le PCF compte aujourd'hui pr&#232;s de 135 000 membres (voir figure 1) et p&#232;se entre 5 et 10 % dans l'&#233;lectorat (figure 2). Ce parti est en fort d&#233;clin. Pour m&#233;moire, il comptait 800 000 adh&#233;rents &#224; la Lib&#233;ration et faisait plus de 25 % aux &#233;lections l&#233;gislatives. Ce d&#233;clin se traduit par une baisse du nombre de militants, une chute des scores &#233;lectoraux, une diminution du lien partisan et un renforcement du processus d'institutionnalisation. Une enqu&#234;te r&#233;alis&#233;e au Cevipof montre que les adh&#233;rents communistes ont aussi profond&#233;ment &#233;volu&#233; entre 1979 et 1997. Le PCF est aujourd'hui vieillissant, avec environ un quart (24,4 %) d'adh&#233;rents &#226;g&#233;s de 60 ans ou plus, et 10,5 % de moins de 30 ans. Pr&#232;s du quart (24,5 %) des adh&#233;rents communistes est retrait&#233;. La majorit&#233; des communistes (61 %) est arriv&#233;e au Parti communiste avant 1990. Parmi les communistes qui exercent une activit&#233; professionnelle, le poids des ouvriers s'amenuise : ils repr&#233;sentaient 45,5 % des adh&#233;rents en 1979, ils ne sont plus que 31,3 % aujourd'hui. Les professions ind&#233;pendantes (agriculteurs, commer&#231;ants) ont quasiment disparu et ne repr&#233;sentent plus que 4,8 % de l'ensemble des adh&#233;rents. En revanche, la part des employ&#233;s (32,9 %), des professions interm&#233;diaires et cadres moyens (19,8 %), des professions lib&#233;rales et cadres sup&#233;rieurs (11,3 %) augmente. Si le PCF reste un parti &#224; dominante ouvri&#232;re et employ&#233;e, ce qui fait toujours sa singularit&#233;, il enregistre les transformations de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. 23,5 % des adh&#233;rents communistes de 1997 sont ch&#244;meurs ou inactifs (principalement &#233;tudiants), proportion moindre cependant que dans la population fran&#231;aise globale. La seule caract&#233;ristique que le PCF d'aujourd'hui conserve intacte par rapport &#224; 1979 est sa forte f&#233;minisation, avec 39,6 % d'adh&#233;rentes. Le lien militant est devenu plus faible, environ un tiers des communistes n'a pas d'activit&#233; militante r&#233;elle. Les adh&#233;rents r&#233;cents, jeunes, ouvriers et employ&#233;s sont moins investis dans la vie partisane que les hommes, &#226;g&#233;s de plus de 40 ans, adh&#233;rents depuis plus de 10 ans. De plus, au cours des ann&#233;es 80, avec la diminution de l'engagement politique, le processus d'institutionnalisation du PCF s'est accentu&#233;. Les 11 000 &#233;lus (sur 135 000 encart&#233;s) repr&#233;sentent un poids organisationnel et financier important. Un ancien responsable du parti dans le bassin de Longwy rapporte : &#171; &lt;i&gt; Les &#233;lus aujourd'hui c'est la queue de la com&#232;te, c'est la seule chose qui reste au PCF, (&#8230;). La f&#233;d&#233;ration est une coquille vide&lt;/i&gt; &#187;. Julian Mischi dans son analyse du PCF ajoute &#171; &lt;i&gt;Dans les f&#233;d&#233;rations, la pr&#233;sence militante s'efface, les r&#233;unions se tiennent avant 18H et les b&#233;n&#233;voles de l'institution laissent la place &#224; des professionnels absents le week-end : permanents, personnels administratifs, &#233;lus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La recomposition identitaire du PCF : modernisation du parti et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais parall&#232;lement, il se produit aussi une distanciation id&#233;ologique et pratique (moins de m&#233;diation par le biais de la bureaucratie du parti) entre l'adh&#233;rent et le parti. De ce fait, les membres et les sympathisants du PCF sont plus ouverts pour des actions communes avec les r&#233;volutionnaires. Malgr&#233; tout, le PCF dispose encore d'un capital de sympathie et d'un appareil militant tr&#232;s important comparativement aux autres forces de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Historiquement le PCF a &#233;t&#233; le parti de la classe ouvri&#232;re. Le parti du congr&#232;s de Tours &#233;tait un parti repr&#233;sentatif de la classe moyenne avec une sur-repr&#233;sentation des intellectuels de masse (instituteurs), mais sous l'impulsion de l'Internationale, le PCF va avoir une politique volontariste de recrutements et de promotions des ouvriers. La prol&#233;tarisation du parti va s'effectuer avec succ&#232;s au d&#233;but des ann&#233;es 20 : en 1920, 19 % des membres du comit&#233; central sont ouvriers, ils sont 52 % en 1936. Cette ouvri&#233;risation du parti a eu comme corollaire une implantation historique forte dans l'&#233;lectorat ouvrier. Implantation qui malgr&#233; une d&#233;saffiliation existe encore aujourd'hui. Rappelons qu'aux r&#233;gionales 2004, 38 % des ouvriers ont vot&#233; pour les listes PS-PCF ou Verts (et 41 % des gens ayant des revenus de moins de 760 &#8364;), contre 32 % pour le FN et 11 % pour les listes LO-LCR (Sondage Sofres). Le d&#233;crochage de la classe ouvri&#232;re vis-&#224;-vis de la gauche r&#233;formiste et du PCF est donc encore relatif. Une autre caract&#233;ristique du PCF, est son lien organique avec le mouvement ouvrier organis&#233; (notamment la CGT). Ce lien organique entre le parti et le syndicat ne s'est pas fait d&#232;s la cr&#233;ation du PCF mais apr&#232;s sa bolchevisation. En effet, l'ancienne direction du PC, issue de la SFIO &#233;tait attach&#233;e &#224; l'ind&#233;pendance syndicale. Le PCF n'acheva donc la conqu&#234;te de la direction de la CGTU qu'en 1930. Les liens avec la CGT demeurent encore aujourd'hui forts m&#234;me si la CGT n'est plus une simple courroie de transmission. Entre 1999 et 2003, B. Thibault (secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de la CGT) s'est s'attel&#233; &#224; d&#233;faire les liens officiels entre le PCF et la CGT. La rupture du lien organique avec le PCF est une r&#233;ponse au d&#233;clin du PCF et au repositionnement strat&#233;gique de la CGT dans l'espace laiss&#233; vacant par la CFDT. N&#233;anmoins, les liens officieux demeurent tr&#232;s importants. Rappelons que Thibault &#233;tait membre du conseil national du PCF. En 1999, 15 membres sur 17 du bureau conf&#233;d&#233;ral de la CGT, &#233;taient au PCF. Aujourd'hui encore, 80 % des secr&#233;taires d'unions d&#233;partementales ont leur carte au parti. Si le PCF est peu implant&#233; dans &#8216;la nouvelle' classe ouvri&#232;re (employ&#233;s pr&#233;caires dans les services), il garde donc une forte influence dans certains grands bastions (SNCF, RATP, m&#233;tallurgie, automobile).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Id&#233;ologiquement, le PCF est depuis un grand nombre d'ann&#233;es acquis au r&#233;formisme. Il t&#226;cha d'&#233;viter la confrontation avec l'Etat dans les luttes en 1936, 1945 et 1968, il a toujours fait reprendre le travail aux gr&#233;vistes, utilisant un discours &#171; &lt;i&gt;responsable&lt;/i&gt; &#187; qui prot&#233;geait constamment in fine les institutions et l'&#201;tat fran&#231;ais. Apr&#232;s 1945, au pouvoir, il couvrit les pires exactions de la France coloniale (Alg&#233;rie en 1945, Indochine en 1946, Madagascar en 1947). Il participa &#224; de nombreux gouvernements de gauche dans l'apr&#232;s guerre (1945 et 1957) et depuis 1981. Enfin, dans les ann&#233;es 1970, il assuma un virage id&#233;ologique vers le r&#233;formisme qui s'est traduit par une s&#233;rie de th&#233;ories &#233;conomiques sur l'am&#233;nagement du capitalisme : la sph&#232;re financi&#232;re serait responsable du gaspillage des richesses et une politique de nationalisations permettrait de remettre de l'ordre dans l'&#233;conomie&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid 2.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#167; Herzog en 1982, dirigeant du PCF, a m&#234;me une formule pour le moins r&#233;v&#233;latrice : &#171; &lt;i&gt;Si des sacrifices pouvaient &#234;tre efficaces, les travailleurs les consentiraient, ils ont le sens du devoir national.&lt;/i&gt; &#187; Un autre exemple est la politique de collaboration de classes qui se traduit par un soutien aux PME face aux multinationales &#034;d&#233;moniaques&#034;. Le d&#233;passement du capitalisme est toujours envisag&#233;, mais de fa&#231;on &#8216;graduelle'. Parti de la r&#233;sistance, le PCF a toujours eu un discours nationaliste. Par exemple, dans les ann&#233;es 80-90, la r&#233;ponse du PCF au ch&#244;mage n'est pas la r&#233;duction du temps de travail, mais le &#171; &lt;i&gt;Produisons fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parti encore symbolique pour la classe ouvri&#232;re, le PCF est tiraill&#233; entre une base radicalis&#233;e par les luttes et un appareil dont la survie d&#233;pend de ses &#233;lus. La dynamique &#224; la base devrait permettre un d&#233;crochage du PCF vis-&#224;-vis du PS, mais ce projet est contradictoire avec le maintien d'un grand nombre d'&#233;lus qui rend n&#233;cessaire les accords &#233;lectoraux avec les socio-lib&#233;raux. Une autre contradiction est issue de la r&#233;forme de R. Hue, qui a pouss&#233; &#224; l'ouverture du Parti alors que l'appareil, mis en difficult&#233; &#224; cause du repli &#233;lectoral, est loin de vouloir c&#233;der la place. Enfin, le discours radical du PCF d&#233;bouche presque toujours sur des propositions &#224; faire adopter par les institutions : parlant de la guerre en Irak, M-G. Buffet indiquait &#171; &lt;i&gt;Une guerre qui en fait, couvre des luttes d'int&#233;r&#234;t, des volont&#233;s de domination qui sont les fondements du capitalisme. C'est dans la guerre qu'il d&#233;voile son visage le plus terrible. Le conflit en Irak n'a que trop dur&#233;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid 3&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Ces propos r&#233;sument la politique du PCF : radicalit&#233; du discours, voux incantatoires, confiance dans les institutions capitalistes les plus antid&#233;mocratiques et forme de nationalisme. En actes, cela revient presque toujours &#224; limiter l'auto-organisation des masses. N&#233;anmoins, ce discours r&#233;formiste &#224; un &#233;cho et une certaine coh&#233;rence malgr&#233; ses contradictions. Lors d'une remont&#233;e des luttes &#233;conomiques et politiques le PCF peut b&#233;n&#233;ficier de la situation et &#234;tre le pilier d'un p&#244;le radical. Ce fut notamment le cas pendant la campagne du 29 mai.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Retour sur le congr&#232;s de Tours :&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment dans le pass&#233; les r&#233;volutionnaires ont tir&#233; parti des contradictions existantes dans la SFIO.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PCF est n&#233; au congr&#232;s de Tours en 1920 de la scission de la SFIO (Section fran&#231;aise de l'internationale ouvri&#232;re). Cette scission a comme double origine, l'incapacit&#233; de la II&#232;me Internationale &#224; emp&#234;cher la guerre de 1914-1918 et la victoire des Bolcheviks en 1917. La scission a eu lieu lorsque la question de l'adh&#233;sion &#224; la III&#232;me Internationale s'est pos&#233;e. Cette adh&#233;sion &#233;tait soumise &#224; l'adoption de 21 conditions, visant &#224; transformer les anciens partis sociaux d&#233;mocrates europ&#233;ens en des partis r&#233;volutionnaires dont l'organisation et le fonctionnement &#233;taient calqu&#233;s sur le parti bolchevique. Ces organisations devaient &#234;tre des organisations de combat permettant l'extension de la r&#233;volution. Au congr&#232;s de Tours, la SFIO est un parti de 180 000 membres o&#249; coexistent trois grandes tendances : &#224; &#8216;droite' les socialistes ayant justifi&#233; l'union sacr&#233;e auxquels appartenait la majorit&#233; des &#233;lus (mais aussi Jouhaux le secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la CGT), au centre les pacificateurs ou reconstructeurs hostiles &#224; la guerre mais m&#233;fiant vis-&#224;-vis des bolcheviques et &#224; gauche les pro-bolcheviks&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le PCF et l'&#233;conomie, Michel Husson, Critique communiste. Histoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Les bolcheviks &#233;tant minoritaires, une adh&#233;sion &#224; la III&#232;me internationale sur des bases claires et sans alliance ne semblait pas possible. L'adh&#233;sion va &#234;tre permise par une alliance entre le centre et la gauche du parti. Mais la base de cette adh&#233;sion est floue et le demeurera plusieurs ann&#233;es : les 21 conditions et donc la nature du nouveau parti ne sont pas clairement mentionn&#233;es dans les textes du congr&#232;s de Tours. A ce sujet, P. Robrieux rapporte : &#171; &lt;i&gt;Pour d'autres, les plus nombreux, il suffisait d'ouvrir la vieille maison &#224; l'air du temps. Il s'agissait de r&#233;nover et non de r&#233;volutionner le Parti. Se proclamant fid&#232;les &#224; l'esprit de synth&#232;se qui avait anim&#233; Jaur&#232;s, ceux-l&#224; voulait injecter du bolchevisme dans l'organisme du vieux socialisme fran&#231;ais&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid 5&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Au moment o&#249; s'ouvre le congr&#232;s de Tours, chacun sait que l'adh&#233;sion est acquise mais nul ne pr&#233;voit qui acceptera de suivre la majorit&#233;. Apr&#232;s de longs d&#233;bats, la droite de la SFIO quitte le nouveau PCF ; mais elle entra&#238;ne avec elle qu'une minorit&#233; des militants (40 000 adh&#233;rents) et la majorit&#233; des &#233;lus. Alors que les r&#233;volutionnaires sont minoritaires, une majorit&#233; de l'ex SFIO adh&#232;re &#224; la III&#232;me Internationale. &#171; &lt;i&gt;Plus que telle ou telle interpr&#233;tation doctrinale du marxisme, le prestige de la premi&#232;re grande r&#233;volution socialiste victorieuse, la col&#232;re des n&#233;s de la guerre, la soif d'actions et la volont&#233; de renouvellement et les aspirations (&#8230;) au grand r&#232;glement de compte avec le socialisme d'union sacr&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid 5&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ont permis cette adh&#233;sion massive. Mais le congr&#232;s de Tour n'en est pas moins un compromis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1921, le nouveau PCF est un parti jeune de 120 000 membres avec 150 000 &#224; 200 000 sympathisants. Il poss&#232;de cinq quotidiens, 40 hebdomadaires et l'Humanit&#233; tire &#224; 200 000 exemplaires&#8230; C'est un parti qui repr&#233;sente essentiellement la classe ; le premier comit&#233; directeur ne comprend que deux ouvriers et une majorit&#233; d'instituteurs. Apr&#232;s la bolchevisation du parti, la direction essaiera de corriger &#8216;ce travers' par une politique ouvri&#233;riste. Le compromis de Tours va &#234;tre paradoxalement p&#233;renne d&#233;but 1921 et ce pour plusieurs raisons : la direction de la gauche du parti (Souvarine et Loriot) est en prison depuis le congr&#232;s suite &#224; l'affaire des ch&#232;ques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aide du Kominterm intercept&#233;e par la police avant le congr&#232;s de Tours.&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Le clivage entre la gauche et la droite portait sur le caract&#232;re r&#233;volutionnaire du parti et sa soumission totale &#224; l'internationale. Or d&#233;but 1921 la direction russe de l'internationale n'intervient plus dans les affaires internes du PCF, car elle est occup&#233;e par les suites de la r&#233;volte de Kronstadt et par la mise en place de la NEP. De plus, les ann&#233;es 1920-1921 marquent un tournant dans la lutte des classes &#224; l'&#233;chelle internationale, apr&#232;s l'&#233;chec des r&#233;volutions italiennes et allemandes on assiste &#224; un reflux des luttes. Le caract&#232;re r&#233;volutionnaire du parti n'appara&#238;t plus autant d'actualit&#233; et le parti ne se transforme pas v&#233;ritablement. Dans un premier temps, il conserve les statuts de la SFIO et notamment le droit de tendance et l'&#233;lection de la direction &#224; la proportionnelle des tendances. La subordination au Komintern va se faire progressivement. Au d&#233;but c'est surtout l'autorit&#233; morale des dirigeants sovi&#233;tiques et leur soutien financier qui p&#232;se. La pression s'accentue durant l'&#233;t&#233; de 1921, Trotsky &#233;crit une lettre au comit&#233; directeur du PCF demandant l'ouvri&#233;risation du parti, sa professionnalisation, sa centralisation et sa discipline. Les d&#233;bats vont se focaliser sur la cr&#233;ation d'un bureau politique restreint, mieux &#224; m&#234;me de diriger le parti que le comit&#233; directeur d'une trentaine de membres. Au cours de l'automne, trois autres d&#233;bats vont enflammer le parti : le lien avec les syndicats, le contr&#244;le de la presse et la tactique du front unique. Les membres du centre et de l'ultra gauche vont fortement s'opposer &#224; ces demandes faites par l'Internationale. La tactique du front unique est notamment incompr&#233;hensible pour un parti issu de la scission de la SFIO et la libert&#233; de la presse, ainsi que l'ind&#233;pendance syndicale, sont tr&#232;s ancr&#233;es dans les traditions de la gauche fran&#231;aise. Les critiques du centre vont se focaliser sur Souvarine, membre historique de la tendance bolchevique du PCF et charg&#233; des relations avec l'Internationale. La pression de l'Internationale va en r&#233;action aboutir lors du 1er congr&#232;s du PCF (25 d&#233;cembre 1921) &#224; l'affaiblissement de la gauche du parti et &#224; l'&#233;viction de Souvarine. Ce dernier &#233;tait pourtant un des seuls &#224; avoir une formation marxiste et &#224; entrevoir une bolchevisation &#171; intelligente &#187; du PCF. N&#233;anmoins, l'Internationale va r&#233;ussir &#224; prendre le contr&#244;le de la direction du PCF au IV&#232;me congr&#232;s mondial &#224; Moscou en 1922. Pour cela, elle va en divisant le centre, r&#233;organiser la direction sortante du PCF, issue du second congr&#232;s d'octobre 1922 (50 % centre, 50 % gauche). Ce pr&#233;c&#233;dent est tr&#232;s grave, un congr&#232;s de l'Internationale r&#233;organise une direction &#233;lue d'un des partis avec des pratiques pour le moins douteuses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour arriver &#224; ces fins, Trotsky utilisera le fait qu'une partie des membres (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ; il marque le d&#233;but de la russification du parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce bref rappel historique, on doit d'abord noter que le PCF se construit en terme de militants, d'id&#233;ologie et d'organisation &#224; partir de l'ancienne SFIO. D'autre part, le PCF est le seul parti communiste de masse &#224; s'&#234;tre d&#233;velopp&#233; dans un contexte d&#233;mocratique avant la guerre (le PCI ne deviendra un parti de masse qu'apr&#232;s la guerre et le KPD ne survivra pas au nazisme). Le processus de sa fondation est int&#233;ressant &#224; plusieurs niveaux. C'est un processus composite qui n'est pas id&#233;ologiquement pur ; il est permis par une radicalisation massive de la base qui s'oppose &#224; un appareil r&#233;formiste discr&#233;dit&#233; par la guerre et par l'existence d'un p&#244;le r&#233;volutionnaire. Ce processus est certes inachev&#233; mais il repr&#233;sente dans un premier temps une r&#233;ussite, qui donne &#224; la classe un outil militant puissant (malheureusement dans une phase o&#249; le reflux s'amorce). Cela donne ainsi une id&#233;e des m&#233;canismes qui peuvent contribuer &#224; des ruptures au sein du r&#233;formisme et entra&#238;ner une portion importante des masses lors de p&#233;riodes de radicalisation. D'autre part, analyser le caract&#232;re r&#233;formiste du PCF &#224; partir de sa seule stalinisation est faux. Il n'y a pas un PCF r&#233;volutionnaire bolchevique pur qui serait int&#233;gralement devenu r&#233;formiste &#224; partir de sa stalinisation, par la soumission des int&#233;r&#234;ts de la classe aux int&#233;r&#234;ts de l'URSS. C'est un processus plus complexe o&#249; le caract&#232;re r&#233;formiste/ r&#233;volutionnaire est demeur&#233; non tranch&#233; depuis son origine. De la m&#234;me fa&#231;on, ses caract&#233;ristiques comme l'ouvri&#233;risme ou son r&#233;publicanisme, viennent en partie de ces origines et sont des caract&#233;ristiques de la gauche fran&#231;aise avant 1920 (anarcho-syndicalisme et socialisme r&#233;publicain). Enfin, la russification du parti prend ses racines avant la d&#233;rive stalinienne. Les leaders de l'Internationale accul&#233;s par une situation d&#233;favorable se r&#233;fugieront m&#233;caniquement dans la reproduction de ce qui avait fonctionn&#233; en terme d'organisation en Russie. L&#233;nine alors malade reconna&#238;tra partiellement cette erreur lors du quatri&#232;me congr&#232;s de l'Internationale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelles le&#231;ons ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Revenir sur l'histoire du PCF aujourd'hui pr&#233;sente deux int&#233;r&#234;ts. L'analyse de son histoire permet tout d'abord de mieux comprendre comment se construit un parti, une identit&#233; et une direction politique. Le PCF se situe &#224; la fois dans la continuit&#233; de la gauche fran&#231;aise (ouvri&#233;risme et anti-intellectualisme) et en rupture avec celle-ci (organisation du parti, encadrement des membres, lien avec les syndicats). Sa cr&#233;ation a &#233;t&#233; un processus composite, qui a permis malgr&#233; tous ces d&#233;fauts, une organisation et une repr&#233;sentation de la classe ouvri&#232;re. Les Bolcheviks fran&#231;ais ont su gagner la majorit&#233; du parti issue de la SFIO par une alliance avec le centre et en s'appuyant sur les &#233;l&#233;ments radicalis&#233;s de la classe ouvri&#232;re. Ce succ&#232;s donne des pistes pour les recompositions en cours dans la gauche europ&#233;enne. Il est aussi int&#233;ressant de voir que le PCF s'est &#233;loign&#233; de la classe ouvri&#232;re en refusant d'appliquer au d&#233;but la tactique du front unique et quand il a op&#233;r&#233; la strat&#233;gie classe contre classe sectaire vis-&#224;-vis des autres socialistes. Les dirigeants du PCF se sont tromp&#233;s sur l'extinction du Parti socialiste fran&#231;ais. Trotsky &#224; ce sujet notait que &#171; &lt;i&gt;Il est bien trop facile de parler du Parti socialiste fran&#231;ais comme moribond et de dire que seuls quelques travailleurs voteront pour lui. C'est une illusion. Le Parti socialiste fran&#231;ais est l'organisation &#233;lectorale d'une fraction consid&#233;rables de masses ouvri&#232;res passives et semi passives. Les communistes, avec une organisation et une presse bien plus forte, ont obtenu consid&#233;rablement moins de voix que les socialistes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me point int&#233;ressant est l'analyse de l'&#233;tat actuel du PCF et la r&#233;solution probable des contradictions existantes en son sein qui d&#233;terminera son avenir. Il ne faut pas envisager la r&#233;solution de ces contradictions de mani&#232;re m&#233;caniste mais dialectique. Son d&#233;clin, son pass&#233; r&#233;formiste, le poids de l'institutionnalisation laisse pr&#233;sager une transformation r&#233;formiste comme celle qui s'est produite au parti communiste italien. C'est cette orientation, prise par la ligne de Hue, qui amen&#233; le PCF dans la gauche plurielle. Pourtant, cette ligne a &#233;t&#233; temporairement rejet&#233;e. Pourquoi ? Premi&#232;re explication, la base a &#233;t&#233; redynamis&#233;e par la remont&#233;e des luttes et offre un contrepoids organisationnel aux &#233;lus. Deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment, la logique d'adossement au PS m&#232;ne &#224; l'impasse &#233;lectorale aussi car petit &#224; petit le PS grignote l'&#233;lectorat du PC. Troisi&#232;mement, l'existence d'une dynamique ouverte &#224; gauche du PC (politique de front unique de la part de l'extr&#234;me gauche et initiatives unitaires) emp&#234;che une reconversion totalement r&#233;formiste du PC. Ceci explique l'&#233;quilibre relatif de la direction actuelle qui m&#233;nage &#224; la fois alliance avec le PS, combativit&#233; et discours anticapitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sens de la r&#233;solution des contradictions historiques du PCF d&#233;pend maintenant du cours de la lutte des classes et des initiatives des r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les &#171; tendances &#187; du PCF aujourd'hui&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(source Wikip&#233;dia)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les tendances n'existent pas au sein du PCF. &#192; l'origine, ceci &#233;tait li&#233; &#224; la conception centraliste d&#233;mocratique du Parti. Cependant, cette interdiction est demeur&#233;e apr&#232;s le 28&#232;me congr&#232;s qui, en 1994, a officiellement rompu avec le centralisme d&#233;mocratique. Les nouveaux statuts du PCF, issus du 31&#232;me congr&#232;s, stipulent : &#171; &lt;i&gt;Ainsi, nous faisons le choix de faire du pluralisme de droit un principe de notre mode de fonctionnement. Pour autant, les communistes ne veulent pas que cela se traduise par un fonctionnement en tendances.&lt;/i&gt; &#187;. Cependant, on peut identifier au sein du PCF des &#171; &lt;i&gt;tendances&lt;/i&gt; &#187; ainsi que des groupes politiques, qui s'affirment notamment lors des votes internes (adh&#233;sion au Parti de la Gauche europ&#233;enne, constitution des listes, textes d'orientation, ...).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1) Les &#034;tendances&#034; li&#233;es &#224; l'actuelle majorit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la ligne politique de Marie-George Buffet : ils dirigent le parti et d&#233;fendent le principe d'une autonomie par rapport au Parti socialiste, tout en en faisant un alli&#233; potentiel, au m&#234;me titre que les autres forces de gauche (LCR, Verts, alternatifs), que les altermondialistes (Attac&#8230;) ainsi que toutes les composantes du mouvement social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans de la ligne politique de Robert Hue ou &#034;Huistes&#034; : ils d&#233;fendent le principe d'une alliance privil&#233;gi&#233;e avec le Parti socialiste dans le cadre de la &#034;Gauche plurielle&#034;. Le r&#244;le du PCF serait d'influer sur l'orientation de la &#8216;Gauche plurielle', pour une meilleure repr&#233;sentation du monde du travail. Il devrait mener liste commune avec le PS, au moins lors des &#233;ch&#233;ances nationales et r&#233;gionales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#8216;refondateurs ' (r&#233;novateurs) proches de Patrick Braouezec et Roger Martelli, alli&#233;s critiques de la direction Buffet, qui souhaitent un d&#233;passement de la forme-parti, et une r&#233;flexion sur de nouvelles logiques d'organisation fond&#233;es sur le mouvement social. Des militants proches de ce courant &#233;ditent le bulletin Communisme en mouvement.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ces trois premiers groupes forment la majorit&#233; du Parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2) Les minoritaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens partisans de la ligne politique de Georges Marchais comme Nicolas Marchand et Yves Dimicoli ont form&#233; le r&#233;seau Action Novation R&#233;volution : ils d&#233;fendent le principe d'un PCF autonome par rapport au PS tout en &#233;tant en faveur d'une nouvelle Union de la Gauche avec un r&#233;&#233;quilibrage de l'alliance en faveur du PCF. Ils s'opposent moins &#224; la direction sur les actions politiques et les campagnes que sur les questions strat&#233;giques et sur la vis&#233;e de fond du PCF (ANR s'affirme r&#233;volutionnaire et remet en cause les orientations de la direction, qu'ils jugent &#233;volutionnistes ou r&#233;formistes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#8216;orthodoxes' de la f&#233;d&#233;ration du Pas-de-Calais &#233;taient au d&#233;part oppos&#233;s &#224; l'appareil et se sont rapproch&#233;s depuis de la ligne majoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gauche communiste de Jean-Jacques Karman Fi&#232;r(e)s d'&#234;tre Communistes, regroupement de l'aile gauche du PCF qui r&#233;pond ainsi a un slogan de la direction &#171; fier d'&#234;tre &#224; gauche &#187;, avec comme personnalit&#233;s Andr&#233; Gerin, Jacky H&#233;nin, Freddy Huck, Henri Martin, Jean-Jacques Karman, Jean-Claude Danglot. Elle s'oppose &#224; ce qu'elle appelle la mutation r&#233;formiste et propose de remettre le parti &#224; l'avant-garde en revenant aux fondamentaux marxistes. Elle s'oppose fondamentalement &#224; toute candidature unique et &#224; plusieurs campagnes de la direction actuelle, en particulier celle des forums populaires. Des militants de ce r&#233;seau ont ouverts le site Altercommunistes .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Col&#232;re et espoir&lt;/i&gt;, association fond&#233;e par Maxime Gremetz. Elle s'oppose &#224; la majorit&#233; sur plusieurs points, notamment sur la cr&#233;ation du Parti de la Gauche europ&#233;enne et se prononce pour une &#171; &lt;i&gt;reconstruction&lt;/i&gt; &#187; du PCF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Section du PCF Paris 15e, elle s'oppose fondamentalement &#224; la mutation r&#233;formiste qu'elle estime engag&#233;e depuis 1994 et propose la rupture en remettant le PCF sur les rails de la lutte des classes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Texte de cl&#244;ture du 32&#232;me congr&#232;s du PCF, 6 avril 2003, Marie George Buffet, Secr&#233;taire Nationale du PCF&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.afsp.msh-paris.fr/activite/groupe/germm/germm03mischi.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La recomposition identitaire du PCF : modernisation du parti et d&#233;politisation du lien partisan&lt;/a&gt;, Julian Mischi, Docteur en science, Communisme (N&#176;72-73, 2003, pp. 71-99).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt; 2.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt; 3&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://hussonet.free.fr/ecopc.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le PCF et l'&#233;conomie&lt;/a&gt;, Michel Husson, Critique communiste. Histoire int&#233;rieure du parti communiste 1920-1945. Philippe Robrieux. Editions Fayard. 571p&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt; 5&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid 5&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Aide du Kominterm intercept&#233;e par la police avant le congr&#232;s de Tours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Pour arriver &#224; ces fins, Trotsky utilisera le fait qu'une partie des membres du centre du comit&#233; directeur du PCF &#233;tait &#224; la Franc Ma&#231;onnerie...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Messali Hadj et le mouvement nationaliste alg&#233;rien</title>
		<link>https://lcr.quefaire.lautre.net/Messali-Hadj-et-le-mouvement</link>
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		<dc:date>2009-09-06T11:09:48Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nick Barrett</dc:creator>


		<dc:subject>Imp&#233;rialisme</dc:subject>
		<dc:subject>Religion</dc:subject>
		<dc:subject>PCF</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Avec l'explosion des discours et attaques racistes ces derni&#232;res ann&#233;es et les difficult&#233;s que rencontre la gauche, y compris anticapitaliste &#224; y r&#233;pondre proprement, la question de l'organisation autonome des racis&#233;-e-s se repose de mani&#232;re br&#251;lante. Une bonne connaissance des exp&#233;riences historiques men&#233;es dans ce sens devrait &#233;clairer ce d&#233;bat crucial aujourd'hui. Cet article revient sur la figure de Messali Hadj et de L'&#201;toile Nord-Africaine.&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/que-faire-lcr-no01-juin-septembre" rel="directory"&gt;Que Faire ? - LCR - n&#176;01 - Juin/septembre 2005&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Imperialisme" rel="tag"&gt;Imp&#233;rialisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/Religion" rel="tag"&gt;Religion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://lcr.quefaire.lautre.net/PCF" rel="tag"&gt;PCF&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://lcr.quefaire.lautre.net/local/cache-vignettes/L150xH140/arton46-fc747.jpg?1296303459' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='140' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;L'occupation anglo-am&#233;ricaine de l'lrak et la r&#233;sistance irakienne &#224; propuls&#233; de nouveau la question nationale sur les devants de la sc&#232;ne. L'analyse de la nature progressiste ou non des mouvements de lib&#233;ration nationale, les rapports entre le mouvement national et le mouvement ouvrier et avec ses organisations, la place d'id&#233;ologies contradictoires telle que la religion et l'attitude des r&#233;volutionnaires &#224; l'&#233;gard des mouvements de lib&#233;ration nationale sont toutes des questions d&#233;battues dans le nouveau contexte de l'lrak occup&#233;e aujourd'hui.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il peut &#234;tre int&#233;ressant de revenir sur des aspects du mouvement de lib&#233;ration en Alg&#233;rie, et ce par le biais de son fondateur, Messali Hadj, et les organisations qu'il &#224; contribu&#233; &#224; construire. D'une part ce n'est que tr&#232;s r&#233;cemment qu'on &#224; commenc&#233; &#224; admettre &#224; une plus grande &#233;chelle la brutalit&#233; de la colonisation de l'Alg&#233;rie et de la guerre de lib&#233;ration nationale. La sortie r&#233;cente du film La bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo en est un symbole. Mais l'analyse du mouvement national alg&#233;rien peut aussi &#233;clairer les d&#233;bats actuels par rapport &#224; la lutte de lib&#233;ration nationale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;toile Nord-africaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re organisation &#224; revendiquer l'ind&#233;pendance pour l'Alg&#233;rie est l'&#233;toile Nord-africaine (ENA). Entre 1920 et 1924, 120 000 travailleurs immigr&#233;s maghr&#233;bins, dont 100 000 Alg&#233;riens, s'installent en France et pour beaucoup dans la r&#233;gion parisienne. L'ENA est fond&#233;e en 1924 parmi les travailleurs immigr&#233;s alg&#233;riens sous l'impulsion du Parti communiste fran&#231;ais et suite &#224; une d&#233;cision du 6e comit&#233; ex&#233;cutif de l'Internationale communiste (IC). Le PCF avait pr&#233;sent&#233; Hadj Ali AbdelKader aux &#233;lections l&#233;gislatives de 1924, et il lui manqua seulement 20 voix pour &#234;tre &#233;lu. Selon les rapports de police, le travail du PCF parmi ces travailleurs alg&#233;riens &#224; port&#233; ses fruits : on estime &#224; 8 000 le nombre de musulmans sympathisants ou adh&#233;rents du PCF. Le m&#234;me rapport les cite comme &#171; les r&#233;giments de choc du bolch&#233;visme &#187;. Hadj Ali, un communiste, sera le premier dirigeant de l'ENA. Le Journal de l'ENA l'Ikdam est imprim&#233; par la CGTU (syndicat d'ob&#233;dience communiste). Messali Hadj rejoint l'organisation en 1926 et deviendra le principal dirigeant du mouvement national alg&#233;rien pendant 30 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contexte politique est important. Cela se passe sept ans seulement apr&#232;s l'espoir soulev&#233; par la R&#233;volution russe. La crise &#224; la fin de la guerre &#224; vu l'&#233;mergence de partis communistes dans la plupart des pays industrialis&#233;s, des tentatives de r&#233;volution en Allemagne, en Hongrie, en Italie, et des soul&#232;vements dans les colonies. Avec la guerre du Rif, la r&#233;volution chinoise en 1925-27, un vent de libert&#233; souffle dans les colonies et semble faire &#233;cho au premier congr&#232;s des peuples &#224; Bakou en 1920, organis&#233; &#224; l'apog&#233;e de l'lnternationale communiste. Mais &#224; partir du milieu de la d&#233;cennie le mouvement communiste international entre en crise. En Russie la politique du &#171; socialisme dans un seul pays &#187; &#224; pris le pas sur le d&#233;veloppement de la r&#233;volution mondiale, et l'&#233;puration et la bureaucratisation du parti bolchevik est bien en cours. Au niveau international, les g&#233;n&#233;raux du Kuomintang, soutenus par PIC, occupent Shangha&#239; en 1927 puis massacrent les ouvriers du parti communiste chinois tuant dans l'&#339;uf la r&#233;volution chinoise. La strat&#233;gie des partis communistes fut dict&#233;e par la n&#233;cessit&#233; pour Moscou de forger des alliances avec des bourgeoisies et donc de freiner les revendications les plus radicales. Ce tournant marque tout le d&#233;veloppement du mouvement nationaliste alg&#233;rien.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Radicalisation et rupture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Messali Hadj &#233;merge comme principal dirigeant de l'ENA en 1926-27, notamment &#224; partir du congr&#232;s international de Bruxelles, organis&#233; par TIC. Il d&#233;veloppe les revendications centrales pour les peuples opprim&#233;s et en particulier pour l'Alg&#233;rie, opposant celle de l'ind&#233;pendance totale &#224; celle soutenue par la gauche fran&#231;aise d'une autonomie avec un parlement indig&#232;ne. L'influence internationaliste de la r&#233;volution russe est bien pr&#233;sente dans les tentatives de rapprochements avec les organisations du mouvement ouvrier fran&#231;ais, notamment le PCF, mais aussi dans la revendication d'ind&#233;pendance pour la Tunisie et pour le Maroc, et pour l'unit&#233; du Maghreb. Cette derni&#232;re revendication est aussi un signe pr&#233;curseur &#233;vident du panarabisme de Nasser dans les ann&#233;es 50.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ores et d&#233;j&#224;, l'islam, m&#233;pris&#233; par le colonisateur, appara&#238;t comme un agent culturel susceptible d'&#234;tre un facteur d'unit&#233; dans la lutte de lib&#233;ration nationale : &#171; &lt;i&gt; la France a laiss&#233; les Alg&#233;riens dans l'ignorance de leur propre religion (...) heureusement le peuple arabe, inspir&#233; par une foi ardente (...) ne pliera jamais devant la force mat&#233;rielle&lt;/i&gt; &#187;. &#192; ce stade, la base sociale de l'ENA ce sont les ouvriers alg&#233;riens travaillant en France. Le PCF favorise sa construction en fournissant des militants et des moyens financiers (Messali est pay&#233; comme permanent pendant plus d'un an par le PCF). Des centaines de musulmans, membres du Parti communiste fran&#231;ais s'associent &#224; la construction de l'ENA. Au niveau de la propagande, de l'agitation et des meetings l'organisation s'inspire largement des structures des partis communistes. Mais en 1927, le d&#233;saccord sur la revendication centrale d'ind&#233;pendance ou d'autonomie m&#232;ne &#224; la rupture avec le PCF. C'est pr&#233;cis&#233;ment &#224; ce moment que la doctrine du &#171; &lt;i&gt;socialisme dans un seul pays&lt;/i&gt; &#187; est adopt&#233;e par Staline. Dor&#233;navant sa politique sera conditionn&#233;e par la recherche d'alliances avec des bourgeoisies europ&#233;ennes, tout soutien &#224; une r&#233;volution dans les colonies est alors &#224; proscrire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Atteignant rapidement plusieurs milliers d'adh&#233;rents, l'ENA influence largement des dizaines de milliers de travailleurs alg&#233;riens. Elle est dissoute par l'Etat fran&#231;ais en 1929, mais les structures de l'organisation lui permettent de r&#233;sister &#224; la r&#233;pression pour r&#233;appara&#239;tre en 1933.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ENA participe activement au front anti-fasciste du 12 f&#233;vrier 1934 au nom de la d&#233;fense de la d&#233;mocratie, et pour la premi&#232;re fois noue des liens avec la gauche non communiste, notamment l'aile gauche de la SFIO de Pivert et Gu&#233;rin. Des milliers d'Alg&#233;riens &#171; &lt;i&gt;indig&#232;nes&lt;/i&gt; &#187; participent aux manifestations antifascistes qui se d&#233;roulent &#224; Alger en 1934.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre 1934 et 1936, la radicalisation des masses &#224; gauche m&#232;ne &#224; la victoire &#233;lectorale du Front populaire. Cette nouvelle situation &#233;l&#232;ve l'espoir d'ind&#233;pendance des Alg&#233;riens. La pol&#233;mique &#171; ind&#233;pendance ou autonomie &#187; revient au premier plan autour du projet Blum-Viollette en 1936. Le gouvernement du Front populaire propose une assembl&#233;e indig&#232;ne avec une forme de suffrage censitaire. Messali et l'ENA rejettent cette r&#233;forme car elle cr&#233;erait des divisions entre riches et pauvres en Alg&#233;rie, et au sein du mouvement nationaliste. lis r&#233;clament l'ind&#233;pendance totale. Sans le soutien de la majorit&#233; de la SFIO et du PCF, l'ENA est de nouveau dissoute, mais cette fois-ci par un gouvernement de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ann&#233;e 1936 voit aussi la perc&#233;e de l'ENA en Alg&#233;rie, les meetings de Messali Hadj sont de v&#233;ritables moments de mobilisation de masse, alimentant la crise politique au sein du Front populaire sur la question de l'ind&#233;pendance pour les colonies.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du massacre de S&#233;tif &#224; la lutte arm&#233;e&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Opposant de Vichy, l'ENA maintient n&#233;anmoins la revendication d'ind&#233;pendance. Le mouvement refait surface en 1945 &#224; S&#233;tif. Les manifestations du 8 mai expriment &#224; la fois une d&#233;fense de la d&#233;mocratie et l'aspiration &#224; l'in-d&#233;pendance. Parmi les revendications on trouve notamment la lib&#233;ration de Messali Hadj, d&#233;tenu par l'Etat fran&#231;ais de Vichy depuis 1941. La r&#233;pression fait plusieurs dizaines de milliers de morts, et le Parti communiste alg&#233;rien traite les militants du parti de Messali Hadj d'&#171; &lt;i&gt;agents hitl&#233;riens &#187; et r&#233;clame qu'ils soient &#171; ch&#226;ti&#233;s conform&#233;ment aux lois en vigueur&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut pas assez souligner l'importance du tournant de S&#233;tif. Pour beaucoup de jeunes alg&#233;riens c'est la confirmation que l'ind&#233;pendance ne peut &#234;tre acquise que par la force des armes. C'est aussi la raison pour laquelle ils commencent &#224; s'impatienter avec la politique de Messali Hadj qui soulignait la n&#233;cessit&#233; de compter sur les masses, sans n&#233;anmoins exclure pour autant la lutte arm&#233;e. Enfin, pour les militants nationalistes les &#233;v&#232;nements de S&#233;tif marquent une rupture quasi d&#233;finitive avec une part importante de la gauche fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vitrine l&#233;gale du PPA (Parti populaire alg&#233;rien) de Messali Hadj, le MTLD (Mouvement pour le triomphe des libert&#233;s d&#233;mocratiques) fond&#233; en 1946, effectue une perc&#233;e impressionnante lors des &#233;lections de 1946. Mais l'obtention d'&#233;lus pose un nouveau probl&#232;me : le danger de cooptation dans le syst&#232;me colonial. Un d&#233;fenseur de l'Alg&#233;rie fran&#231;aise de l'&#233;poque, J.Chavallier, conscient des enjeux, critique en 1956 les tentatives faites pour chasser les &#233;lus Messalistes de l'assembl&#233;e : &#171; &lt;i&gt;...tant qu'ils d&#233;fendaient chez nous leurs id&#233;es, avec violence, mais verbalement, ils ne dirigeaient pas les commandos pour la lib&#233;ration de leur pays.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois courants commencent &#224; s'afficher au congr&#232;s du MTLD en 1953. Le courant r&#233;formiste dit centraliste, compos&#233; de la majorit&#233; des membres du comit&#233; central du MTLD, axe sur la bataille &#233;lectorale. Le courant messaliste qui regroupe la plupart des cadres politiques historiques du mouvement, cr&#233;e une organisation paramilitaire, l'organisation sp&#233;ciale (OS), et n'exclut plus la lutte arm&#233;e. Enfin un courant rassemblant des jeunes favorables &#224; l'insurrection imm&#233;diate et qui rejettent les anciennes divisions dans le mouvement. Un premier pas vers ce qui deviendra le FLN est la fondation par Mohammed Boudiaf &#224; l'age de 26 ans du comit&#233; r&#233;volutionnaire pour l'unit&#233; d'action, le CRUA. En 1954, d'autres futurs dirigeants politiques comme Ahmed Ben Bella et Hocine A&#239;t Ahmed le rejoignent. Tous les futurs cadres du FLN passeront par le MTLD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Messalistes tiennent un congr&#232;s &#224; Hornu (Belgique) en 1954 qui confirme la scission et qui d&#233;cide de pr&#233;parer une insurrection. Dans les faits le FLN les prendra de vitesse. Hornu est aussi un congr&#232;s qui voit des positions politiques s'affirmer et qui seront d&#233;terminantes dans la guerre d'ind&#233;pendance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le FLN et la guerre fratricide&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces positions refl&#232;tent dans une certaine mesure les mutations en oeuvre dans la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne de l'apr&#232;s guerre. Bien que l'emploi agricole concerne encore 60-70 % de la population, le r&#244;le des villes est de plus en plus important. Une classe ouvri&#232;re, d'abord d'origine europ&#233;enne puis musulmane se d&#233;veloppe. La bourgeoisie alg&#233;rienne naissante est de plus en plus d&#233;pendante du rattachement &#224; la France. Stora la d&#233;crit comme une bourgeoisie comprador. Cependant, il se d&#233;veloppe aussi une petite bourgeoisie urbaine (&#233;tudiants, intellectuels, quelques professions lib&#233;rales) qui commence &#224; articuler des revendications d'ind&#233;pendance nationale pour leur pays. Les effets de cette diff&#233;renciation sociale ne sont pas analys&#233;s par Messali Hadj ou au mieux abord&#233;s de fa&#231;on empirique sur le moment. Par exemple les critiques du mouvement de Ferhat Abbas, l'union d&#233;mocratique du manifeste alg&#233;rien (l'UDMA) ne tient pas compte de sa base sociale. Messali insiste sur l'unit&#233; du peuple ou de &#171; peuple-classe &#187; dans la lutte nationale. Le FLN, issu du CRUA, portera le m&#234;me d&#233;faut. Ayant pr&#233;c&#233;d&#233; tout le reste du mouvement dans l'action avec l'insurrection du 1er novembre 1954, il devient le centre de la lutte de lib&#233;ration nationale et rallie les communistes alg&#233;riens, les oul&#233;mas et l'UDMA. Aucun de ces courants n'avait comme revendication principale l'ind&#233;pendance compl&#232;te de l'Alg&#233;rie mais ils se rallient au FLN devenu h&#233;g&#233;monique et qui b&#233;n&#233;ficie d'un soutien important &#224; l'&#233;tranger, notamment de l'Egypte. Messali refuse de rallier le FLN sans clarification sur les revendications politiques et fonde son propre mouvement de lutte, le MNA (Mouvement national alg&#233;rien).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;faite militaire de la France en Indochine &#224; Dien-Bien-Phu marque un tournant. Deux ans apr&#232;s, la crise de Suez constitue une nouvelle d&#233;faite pour l'imp&#233;rialisme fran&#231;ais et propulse Nasser &#224; la t&#234;te des mouvements anti-coloniaux, marquant aussi la perc&#233;e du panarabisme. Nasser (Egypte) et Bourguiba (Tunisie) arment ouvertement le FLN. Celui-ci dispose de moyens consid&#233;rables mais ses ressources politiques sont faibles et ses cadres sont peu form&#233;s et peu exp&#233;riment&#233;s. Une guerre fratricide se d&#233;veloppe entre le FLN et le MNA pour l'h&#233;g&#233;monie du mouvement de lib&#233;ration nationale. Ce qui est d&#233;j&#224; en jeu est l'apr&#232;s-guerre. Cette rivalit&#233; tragique fait des milliers de morts, dont l'&#233;pisode le plus connu est le massacre en mai 1957 de 300 villageois de M&#233;louza soup&#231;onn&#233;s de sympathies Messalistes. Beaucoup de cadres du MNA sont aussi assassin&#233;s. Comme par exemple Ahmed Bekhat, le premier secr&#233;taire du premier syndicat de travailleurs alg&#233;riens (USTA) qu'il &#224; fond&#233; en 1956 avec Messali Hadj. En r&#233;ponse &#224; l'USTA le FLN fonde l'UGTA.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les divisions du mouvement nationaliste sont &#233;videmment encourag&#233;es par la France, mais les m&#233;thodes employ&#233;es sont de mauvais augure pour la d&#233;mocratie dans le futur Etat alg&#233;rien du FLN. D&#233;j&#224; face &#224; la r&#233;pression de l'arm&#233;e fran&#231;aise le prix pay&#233; par les nationalistes alg&#233;riens en termes de cadres politiques tu&#233;s &#233;tait tr&#232;s &#233;lev&#233;. Mais la guerre fratricide en a rajout&#233;, laissant la voie ouverte aux hommes avec peu d'exp&#233;rience politique et plus d'exp&#233;rience militaire comme Boum&#233;di&#232;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre est tellement sanglante que Messali Hadj finit par d&#233;clarer qu'il faut n&#233;gocier avec de Gaulle, renon&#231;ant momentan&#233;ment &#224; la revendication nationaliste de l'ind&#233;pendance totale. En 1958 il d&#233;clare &#171; &lt;i&gt;il y a des ouvertures susceptibles de permettre la cr&#233;ation d'un &#233;tat alg&#233;rien, pour aller ensuite &#224; un Commomvealth (...) France-Maghreb (...) &#187;. Dans un entretien avec Pierre Lambert de l'organisation trotskyste, l'OCI, il explique : &#171; Il y a la guerre, le flot de sang qui coule (...) Il faut arr&#234;ter la guerre&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il revient sur cette position en 1962 pour soutenir de nouveau l'ind&#233;pendance, mais est totalement marginalis&#233; par le FLN qui devient le seul interlocuteur pour l'Alg&#233;rie au niveau international. Pour beaucoup de militants du FLN, Messali Hadj a trahi la cause nationale.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Limites du mouvement national&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La nature de l'ENA/PPA/MTLD/MNA et celle du FLN &#233;tait la m&#234;me : un mouvement de lib&#233;ration nationale qui visait &#224; r&#233;unir le peuple entier derri&#232;re cette revendication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, Messali Hadj, plus politique, &#224; largement sous-estim&#233; l'influence d'abord des intellectuels, des nouvelles classes moyennes en Alg&#233;rie mais aussi l'impatience de la plus jeune g&#233;n&#233;ration marqu&#233;e non pas par quinze ans de lutte politique patiente mais par le massacre de S&#233;tif et par le manque de solidarit&#233; de la part de la gauche fran&#231;aise. Le FLN visait &#224; r&#233;unir et dominer l'ensemble des organisations anticoloniales. Mais pour cela il lui fallait gommer les diff&#233;rences sociales, par exemple avec les tr&#232;s conservateurs oul&#233;mas. Il d&#233;fendait la lutte arm&#233;e comme principe pour arracher l'ind&#233;pendance, et laissait en suspens complet les questions sociales. Vu le niveau de d&#233;veloppe-ment du mouvement ouvrier alg&#233;rien il aurait &#233;t&#233; difficile d'apporter des r&#233;ponses aux questions sociales, mais elles auraient pu au moins &#234;tre pos&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement nationaliste &#224; su forger une id&#233;ologie face &#224; l'occupation coloniale. Sa grande faiblesse &#233;tait l'absence de courants d&#233;mocratiques et r&#233;volutionnaires capables d'argumenter pour une extension sociale de la lutte et de faire face politiquement &#224; la confiscation de la r&#233;volution alg&#233;rienne. Elle eu lieu d'abord en partie par Ben Bella lors de la dissolution du gouvernement provisoire de la r&#233;publique alg&#233;rienne pendant l'&#233;t&#233; 1962 et la r&#233;pression des militants de l'int&#233;rieur de la IIIe wilaya (la Kabylie), puis, et avant tout, par le coup d'&#233;tat de Boum&#233;di&#232;ne en 1965 qui mettait fin aux expressions d&#233;mocratiques d'opposition et ouvrait la voie au syst&#232;me &#233;tatique dirig&#233; par l'appareil du FLN.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La gauche fran&#231;aise&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233; avec la lutte de lib&#233;ration nationale aurait du &#234;tre automatique pour la gauche fran&#231;aise. Les ravages du stalinisme et le chauvinisme de la social-d&#233;mocratie ont, au contraire, contribu&#233; &#224; isoler l'ENA du mouvement ouvrier fran&#231;ais. Le recours de Messali Hadj &#224; l'id&#233;e du &#171; peuple-classe &#187; &#233;tait alors d'autant plus fort, au lieu du d&#233;veloppement d'un nouvel internationalisme qui aurait pu s'articuler avec la revendication d'ind&#233;pendance. Les faiblesses d'analyses politiques de Messali Hadj comme celles des dirigeants du FLN tels que Ben Bella et Boudiaf sont &#233;videntes, bien qu'in&#233;gales. Boudiaf et Hocine A&#239;t Ahmed ont refus&#233; de cautionner l'action de Ben Bella en 1962 et se sont exil&#233;s, comprenant bien de mani&#232;re presque proph&#233;tique les dangers encourus par la nouvelle r&#233;publique alg&#233;rienne en termes de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la religion n'a presque &#224; aucun moment &#233;t&#233; un obstacle au d&#233;veloppement du mouvement nationaliste. Pourtant, elle &#233;tait omnipr&#233;sente dans les discours des dirigeants nationalistes. C'&#233;tait la revendication elle-m&#234;me d'ind&#233;pendance qui posait probl&#232;me pour la gauche fran&#231;aise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait heureusement des exceptions : les porteurs de valise, une partie de l'extr&#234;me gauche, les Jeanson, Sartre, l'UNEF. Mais ils repr&#233;sentaient une minorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'attitude de la gauche par rapport au FLN lors du tournant vers le terrorisme en 1955 ne pouvait pas non plus se r&#233;sumer uniquement &#224; une condamnation des attentats, mais devait continuer &#224; d&#233;velopper une solidarit&#233; avec la lutte d'ind&#233;pendance comme question prioritaire. Entre 1924, date de la fondation de l'ENA, et 1962, seule une minorit&#233; de la gauche fran&#231;aise &#224; su articuler une solidarit&#233; juste avec le mouvement nationaliste alg&#233;rien. Si elle avait &#233;t&#233; plus importante le co&#251;t en termes de vie humaine de la guerre aurait &#233;t&#233; sans doute moins &#233;lev&#233;. En outre, des dialogues &#233;tablis avec le mouvement auraient encourag&#233; et renforc&#233; des courants d&#233;mocratiques d'inspiration socialiste et r&#233;volutionnaire au sein du mouvement, peut-&#234;tre en d&#233;finitive le seul garant d'un processus menant &#224; une v&#233;ritable lib&#233;ration nationale et sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le d&#233;fi qui est pos&#233; pour la r&#233;sistance, complexe et diff&#233;renci&#233;e (sur des bases de classe, d'ethnie ou de religion), &#224; l'occupation anglo-am&#233;ricaine de l'Irak. La responsabilit&#233; des courants de gauche dans les pays occidentaux est particuli&#232;rement importante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule une minorit&#233; de la gauche fran&#231;aise a su articuler une solidarit&#233; juste avec le mouvement nationaliste alg&#233;rien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Une grande partie des notes qui pr&#233;c&#232;dent s'appuient sur l'excellent livre de Benjamin Stora &lt;i&gt;Messali Hadj (1898-1974)&lt;/i&gt; Hachette 2004.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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